Formation | Créteil | 19/01
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Blocage à l’Upec: l’impossibilité d’une présidence

La situation s’enlise à l’université de Crétéil (Upec), toujours sans budget ni président. Ce vendredi 19 janvier, quatre nouveaux tours de vote et le désistement d’une des candidates n’ont pas suffi à débloquer la situation, le tout dans une ambiance à couteaux tirés.

Pour rappel du contexte et des épisodes précédents, voir article de ce vendredi avec les interviews des candidats. Pour précision également, le Conseil d’administration compte 32 membres et il faut une majorité absolue des membres, soit 17 voix, pour être élu.

Alors que trois des quatre candidats qui s’étaient déjà présentés en décembre étaient à nouveau en lice, le premier tour de vote a reconduit un scrutin très partagé entre 12 voix pour le doyen de la fac de médecine, Jean-Luc Dubois-Randé, qui soutenait il y a deux ans la liste de l’ancien président Olivier Montagne (qui a démissionné en novembre pour raisons de santé), ainsi que 10 voix ex-aequo pour Caroline Ollivier-Yaniv, professeure en sciences de l’information et de la communication et co-directrice du Ceditec (colistière de l’ancien président Luc Hittinger lors des élections générales il y a deux ans), et Vérène Chevalier, sociologue, maîtresse de conférences en STAPS et responsable du M2 Management du sport, qui était tête de la liste Stoppons la fusion lors des élections générales. Alors que les candidates suggéraient une possible démission des deux-tiers du Conseil d’administration pour sortir de l’impasse et convoquer des élections générales, la solution n’a pas été retenue, des modalités juridiques étant évoquées. Le second tour a donné le même score au doyen mais départagé les deux candidates, plaçant Caroline Ollivier-Yaniv à 11 et Vérène Chevalier à 9.

Accord « Tout sauf Randé »

Afin de sortir du blocage, Vérène Chevalier s’est désistée avant le troisième tour, en vertu d’un accord de retrait conclu avec Caroline Ollivier-Yaniv mais ne constituant pas une alliance, rappelle-t-elle, les positions des candidates étant radicalement différentes sur certains sujets à commencer par le rapport à la Comue Université Paris Est (qui fédère un certain nombre d’entités dont l’Upem et l’Upec) . Rappelons que lors des élections générales, la liste de Vérène Chevalier était « Stoppons la fusion » alors que Caroline Ollivier-Yaniv était colistière de Luc Hittinger, le précédent président qui avait porté la fusion avec l’Upem (Université Paris Est Marne-la-Vallée). Dans ce contexte, l’accord de désistement visait exclusivement à sortir du blocage en s’accordant sur le principe de quelques « lignes rouges » à ne pas dépasser, évoque Vérène Chevalier. Il reflétait aussi un consensus contre le troisième candidat. Du côté de la candidate se désistant, ces lignes rouges visaient quatre principes : la préservation de l’intégrité organisationnelle de l’Upec –qu’il s’agisse de diplômes, laboratoires ou composantes, pas de modification des règles de fonctionnement de la démocratie universitaire, pas de remise en cause des statuts de la fonction publique et pas de gel de poste. Si le désistement avait eu lieu dans l’autre sens, la ligne rouge était, sur le plan institutionnel et partenarial, qu’il n’y ait pas de blocage à la reprise du dialogue avec la Comue dès lors que l’intégrité organisationnelle de l’Upec était respectée. L’accord prévoyait également le principe de discussion autour d’un problème en cas de désaccord, la liberté complète de vote et un poste de présidence de la commission des moyens pour la liste de la candidate s’étant retirée. « Avant le troisième tour, j ’ai appelé mes électeurs et mes électrices à ne pas voter Jean-Luc Dubois-Randé, avec une série de considérants éthiques », indique Vérène Chevalier.  Restait, pour ceux qui ne voulaient vraiment pas voter pour Caroline Ollivier-Yaniv, la possibilité de s’abstenir.  « Les candidates appellent cela comme elles veulent, c’est un accord d’alliance avec des postes négociés! fustige Jean-Luc Dubois-Randé. Mais cet habillage pour remporter les votes n’a pas marché en raison du mélange des contraires entre des personnes qui se sont battues, l’une contre la fusion, l’autre pour, il y a deux ans. Le Conseil d’administration n’a pas adhéré« , commente le doyen de la fac de médecine, qui a aussi perçu cette position comme une alliance « tout sauf la médecine« ,  et admet que cela pose la question d’une dissolution du Conseil d’administration pour sortir de l’impasse. Au-delà des clivages sur la stratégie structurelle de l’université, les rapports de force entre  la médecine, composante de poids de l’université, et les autres pôles, semblent en effet s’être faits sentir en toile de fond de cet après-midi sous tension.

Des abstentions qui ont bloqué l’issue du scrutin

Au troisième tour de vote, Caroline Ollivier-Yaniv est arrivée en tête avec 16 voix tandis que Jean-Luc Dubois-Randé en obtenait 12, et qu’apparaissaient 4 abstentions. A ce stade, l’élection semblait près du but, puisqu’il faut 17 voix minimum pour être élu. Mais au dernier tour, le score de la candidate est redescendu à 13 et celui du candidat est remonté à 14, avec cette fois 5 abstentions. De quoi y perdre son latin… « Les voix sont extrêmement volatiles et les engagements oraux pas vérifiés. C’est très perturbant, on a l’impression de repartir à zéro« , commente le doyen, qui confie avoir besoin de réfléchir ce weekend pour comprendre ce qui s’est passé et analyser ces résultats avec son équipe. 

Pressions ?

Du côté des étudiants, c’est la consternation. « Ce ne sont pas les professeurs ni les personnels qui vont pâtir de la situation mais les étudiants », regrette Mihai Guyard (Fac) qui témoigne aussi de pressions des uns sur les autres durant la séance. « Nous nous n’avons pas eu de pression car la ligne de l’Unef est claire, nous soutenions Vérène Chevalier lors des premiers tours et nous sommes abstenus ensuite faute d’éléments suffisants de la part de la candidate, concernant le plan étudiant notamment« , indique Cécilia Koch, de l’Unef, qui espère que le blocage fera peut-être émerger une nouvelle personnalité qui fera consensus.  D’autant que les élections étudiantes, qui se tiennent tous les deux ans, ont lieu en mars. « Nous aimerions savoir d’ici là qui est le président ou la présidente, et avoir un cap clair », indique Cécilia Koch. Les élus locaux sont aussi perplexes, qu’il s’agisse de Didier Dousset, maire Modem du Plessis-Trévise et représentant de la région, ou de Jeannick Le Lagadec, conseillère départementale LFI du Val-de-Marne, qui ont tous deux évité de s’abstenir pour tenter de débloquer la situation.

Le président par Intérim convoque les administrateurs

Constatant l’échec du scrutin après les huit premiers tours de vote des 22 décembre et 19 janvier, le président par intérim, Frédéric Gervais, a annoncé qu’il allait convoquer les administrateurs et les administratrices représentant les différents groupes de listes en début de semaine et qu’un Conseil d’administration exceptionnel serait à nouveau organisé dans les prochaines semaines. « L’ensemble de l’équipe présidentielle renouvelle son engagement à rester mobilisé pour assurer la continuité du service et le bon fonctionnement de l’établissement jusqu’à l’élection de la nouvelle présidente ou du nouveau président« , commente sobrement le président par intérim.

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