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Société | Ivry-sur-Seine | 26/04
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Casse tête diplomatique autour du combat de Claude Mangin

Casse tête diplomatique autour du combat de Claude Mangin © Fb
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Depuis 8 jours, Claude Mangin-Asfari a élu domicile dans l'hôtel de ville d'Ivry-sur-Seine. C'est là qu'elle s'astreint à une grève de la faim dans l'espoir d'obtenir une autorisation d'entrer au Maroc pour voir son mari emprisonné. Des initiatives se préparent pour donner de l'ampleur à ce jeûne symbolique, mais l'épineux dossier du Sahara occidental crispe les autorités étatiques.

« Vous avez vu mon nouvel appartement ? » plaisante Claude Mangin-Asfari en montant l’escalier monumental de l’hôtel de ville avant de se diriger vers la salle où elle est hébergée pendant sa grève de la faim. Une malafa, une pièce de tissu colorée très répandue parmi les peuples bédouins du Sahara marque un séparation entre son bureau et l’endroit où elle dort. C’est ici qu’elle reçoit tous les jours de 10 heures à 19 heures des visiteurs venus témoigner leur soutien et prendre de ses nouvelles. « J’avais déjà fait l’expérience de deux jeûnes de 8 jours, mais maintenant que j’entre dans la deuxième semaine, je suis un peu dans l’inconnu. La nouvelle de ma grève de la fin n’a pas réjoui mon médecin traitant mais je bénéficie d’un suivi médical d’un médecin du centre municipal de santé et l’on fait en sorte que je ne sois jamais seule. Il est important pendant le jeûne de ne pas perdre le mouvement, alors, deux fois par jours, je marche », détaille l’enseignante en histoire-géographie de 61 ans. « J’en aurai 62 dans une quinzaine de jours et j’espère bien pouvoir les fêter avec Naâma ». A quatre reprises, depuis l’automne 2016, les autorités ont refusé à cette habitante d’Ivry le droit d’entrer sur le territoire marocain pour aller rendre visite à son mari emprisonné. Une interdiction qui coïncide, selon Claude Mangin-Asfari avec le dépôt de plainte de Naâma Asfari devant le comité des Nations Unies contre la torture. Cette procédure a d’ailleurs entraîné la condamnation du Maroc pour violation de la convention ratifiée par le royaume chérifien. Depuis, le régime de détention de Naâma Asfari s’est durci, avec un éloignement dans des prisons trop éloignées pour qu’ils reçoivent des visites, et toutes sortes d’humiliations.

« Nous savons que cette grève de la faim ne permettra pas d’obtenir la libération de Naâma, ou de régler la question du Sahara occidental, le seul but est d’obtenir le droit que Claude puisse visiter son époux. Nous avons demandé le soutien du président de la République par le biais de courriers mais n’avons pas eu de réponse pour le moment. Je réfléchis à d’autres formes d’actions plus originales pour attirer son attention, notamment par le soutien d’une personnalité inhabituelle », indique Philippe Bouyssou, maire d’Ivry. Tous les moyens diplomatiques sont bons pour tenter d’obtenir le feu vert des autorités marocaines. Ainsi, l’évêque de Créteil, Michel Santier, a écrit une lettre pour solliciter le représentant du pape en France et l’évêque de Rabat. L’Acat, une organisation non gouvernementale contre la torture invite les gens à participer à un jeûne de soutien. En grève de la faim illimitée, Claude Mangin-Asfari souhaite que son action dure le moins de temps possible pour ne pas léser ses collégiens. « J’ai aussi écrit une lettre à Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation Nationale, pour qu’il prévienne son collègue du Quai d’Orsay s’il souhaite me voir revenir en cours au plus vite », ironise-t-elle.

En arrière plan, le dossier épineux du Sahara occidental

Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental est aujourd’hui administré à 80% par le Maroc, le reste du territoire étant contrôlé par la République arabe sahraouie démocratique, non reconnue par l’ONU, mais État membre de l’Union Africaine. Après un conflit larvé jusqu’au début des années 90, les deux acteurs sont parvenus à un cessez-le-feu, mais les sahraouis, peuple bédouin, estime être considéré par le pouvoir comme un peuple de seconde zone, à tel point que les activistes parlent de cette région comme « la dernière colonie d’Afrique ». En octobre 2010, 15 à 20 000 sahraouis se se sont rassemblées pour protester contre leurs conditions de vie, vivant dans un campement de tentes à une dizaine de kilomètre du chef-lieu de région, Laâyoune. A la suite de heurts, le camp a été démantelé par les autorités marocaines et il y a eu des morts dans les deux camps. Naâma Asfari fait parti des sahraouis arrêtés et condamnés sur la base d’aveux obtenus sous la torture pour la mort des policiers pendant l’évacuation du campement.

« Je ne comprends pas que le Maroc s’enferme dans ce nationalisme qui n’a plus de raison d’être. Aujourd’hui, c’est un État souverain, qui a ses entrées partout et avec lequel les pays européens entretiennent de bonnes relations commerciales. Les intérêts croisés franco-marocains passent par la libération des prisonniers sahraouis et le droit à l’autodétermination de ce peuple », défend Régine Villemont, présidente de l’association des amis de la République Arabe Sahraouie Démocratique (AARASD) et responsable du comité de suivi de la grève de la faim de Claude Mangin-Asfari.

Pour le Quai d’Orsay, « la base sérieuse et crédible [pour parvenir à] une solution juste, durable et mutuellement agréée au Sahara occidental, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies », reste le plan d’autonomie proposé par le roi du Maroc depuis 2007. Or, les sahraouis, dont une part de la diaspora est installée en Île-de-France (dont les trois femmes en photo autour de Claude), réclament non pas l’autonomie, mais l’indépendance.

 

 

 

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