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Politique | Alfortville | 14/03
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Sûr de l’avenir du PS, Luc Carvounas trace sa route

Ce jeudi 15 mars, Luc Carvounas ne part pas favori au vote militant du PS qui départagera les textes d’orientation des quatre prétendants au poste de premier secrétaire. Peu importe, le député du Val-de-Marne, parti en campagne le premier en sillonnant les fédérations, s’est offert un bon tour de chauffe. Le PS n’est pas mort et reste une belle monture à ménager pour voyager loin.  Entretien.

D’une dizaine de militants présents à Niort à plus de 200 à Marseille, le parlementaire s’est frotté au contact direct des adhérents, hors de son fief alfortvillais et val-de-marnais, allant au devant d’une quarantaine de fédés et bien décidé à poursuivre sa longue marche après l’élection. « On m’a parlé beaucoup du bilan mais j’ai vu des militants qui à chaque fois avaient le même message :  ne pas achever le PS. A Marseille par exemple, je me souviendrai toute ma vie de Viviane, une militante de 94 ans, ancienne de la SFIO, fille de général et éducatrice spécialisée qui m’a confié être triste que le PS meurt avec elle!  Je crois toutefois que les militants réalisent qu’il y a une génération qui n’a pas quitté le navire! »  A 46 ans, le parlementaire compte bien faire partie de cette nouvelle génération qui incarnera le parti, à l’instar de ses concurrents et camarades Emmanuel Maurel, Olivier Faure et Stéphane Le Foll, également candidats à la tête du parti.

L’explosion du PS, écartelé entre sa droite et sa gauche au point de terminer en dessous de 7% aux présidentielles, le pire score de l’histoire du PS, l’élu en est bien-sûr conscient. « Je l’ai constaté physiquement à Alfortville. Les 5000 voix qui ont manqué à Hamon entre 2012 et 2017 se sont partagées à 2500 chacune entre LFI et LREM. Mais l’histoire se répéterait-elle aujourd’hui ? Je n’en suis pas si sûr au vu des dernières partielles« , rebondit le député.

Réinventer la social démocratie européenne : une page à écrire

Comment redonner envie aux anciens sympathisants PS, aux futurs ? Là reste la question, au-delà de la déception à venir vis-à-vis des grands gagnants de 2017. Sur les valeurs et l’identité du PS, le candidat fixe un cadre général, recentré à gauche mais pas souverainiste, et articule un certain nombre de propositions dans son dense texte d’orientation de 9 pages.  La refondation en profondeur, il la projette néanmoins à partir du congrès d’Aubervilliers.

Ne pas bouder la cure d’opposition

Alors que le parti à la rose démarre sa cure d’opposition, l’élu entend d’abord profiter pleinement de cet espace pour s’affranchir des brides d’un « parti de gouvernement » et  « faire ce que l’on attend d’un responsable de gauche ». C’est dans ce sens que le parlementaire a voté contre le discours de politique générale d’Edouard Philippe. « Il nous faut nommer ce qu’est le Macronisme qui cherche à tout dépolitiser« . Retrouver le clivage droite-gauche en positionnant Macron à droite, la ligne est claire. « Macron a su détricoter le code du travail par ordonnance mais ne sait pas toucher au code général des impôts pour réagir aux Paradise Papers« , cite l’ancien sénateur-maire d’Alfortville. Un recentrage à gauche qui passe même par un peu d’inventaire sur la période Hollande. « Quand Terra Nova nous explique en 2012 que notre électorat ne se trouve plus dans les classes populaires, c’est une vision totalement boboisée de la gauche, exclusivement tournée vers les centres urbains. Nous nous sommes enfermés là-dedans, moi y compris, trouvant normal que François Hollande aille chercher Jean-Pierre Jouyet (ndlr, nommé en 2014 secrétaire général de la Présidence de la République), alors qu’il était déjà au gouvernement du temps de Sarkozy. » Pas question de tout dézinguer quand même. « Les deux points de croissance de 2017, c’est le travail de ce dernier quinquennat. Aujourd’hui, ce-sont 30 milliards d’euros de plus qui appellent des arbitrages politiques. Faut-il uniquement les consacrer à la diminution de la dette publique ou peut-on en consacrer une partie pour investir dans les Ehpad par exemple? »

Du pognon pour les fédés

Concernant l’inventaire sur les manies d’appareil d’un grand parti, le candidat, qui défendait sans broncher le parachutage d’un Julien Dray aux régionales de 2015, semble vacciné, qui prône dans les statuts l’interdiction de parachutage sans le consentement des militants locaux. Après son tour de France des fédés, qui ne sont pas en meilleure situation financière que le parti et revendent aussi leur siège chacune leur tour, le candidat propose également d’utiliser la trésorerie dégagée par la vente de Solférino pour donner un peu de marge de manœuvre locale.

Ne pas diaboliser Mélenchon pour partager l’espace

A gauche, le chantre d’une gauche arc-en-ciel se démarque de la ligne souverainiste de Mélenchon mais n’en fait pas un ennemi et n’entend surtout pas lui laisser accaparer tout l’espace. « Nous avons su nous retrouver sur certains sujets depuis neuf mois et ferons front commun le 22 mars prochain à l’occasion de la mobilisation pour les services publics. » 

Valls, et alors ?

Alors qu’il traîne comme boulet le qualificatif « d’ex-porte-flingue de Valls », l’élu aborde de lui-même son long compagnonnage avec l’ancien Premier ministre devenu soutien de Macron. Valls était était candidat aux primaires, il a perdu et c’était la règle du jeu de soutenir Hamon. Il s’en était déjà expliqué. Le parti, toujours le parti, rien que le parti, les limites sont posées. A propos de Manuel Valls, Luc Carvounas rappelle aussi que son engagement premier à ses côtés a démarré quand il était député-maire d’Evry, occasion d’insister sur l’importance des élus locaux, lesquels constituent désormais le trésor de guerre du PS alors que le groupe socialiste à l’Assemblée nationale a fondu.

Alfortville, le camp de base

« Dans cette campagne, j’ai essayé d’apporter la vision d’un maire, d’un élu local. Ce qui manque beaucoup au parti. J’ai essayé d’apporter cette valeur ajoutée« , insiste l’ancien maire de la ville qui avait repris le témoin de René Rouquet en mars 2012, quelques mois après avoir été élu sénateur dans le fauteuil que devait occuper Patrick Sève, l’ex-maire PS de L’Haÿ-les-Roses, démissionnaire en raison d’une mise en examen. A l’époque déjà, l’élu alfortvillais avait grimpé vite. Elu conseiller départemental en 2008, il avait réussi à faire consensus autour de sa candidature à la tête du PS 94 la même année. Fin 2012, le sénateur-maire rejoignait également le secrétariat national du parti.  Cinq ans plus tard, en juin 2017, le voilà qui succède à nouveau à René Rouquet, cette fois dans l’hémicycle. Il doit en revanche lâcher sa mairie en même temps, à contrecœur, pour respecter la loi sur le non-cumul des mandats que son parti a voté. « Je voulais rester maire. Mon déclic a été le 8 mai dernier. Ce jour là, j’ai vu 5 personnes de la République en Marche venir déposer une gerbe au monument au morts. Je me suis rendu compte qu’ils voulaient tout, que si je me présentais pas, j’aurais une députée LREM qui ouvrirait une permanence en face de la mairie avec 2020 en ligne de mire. » Pas question pour autant de changer de bureau, celui qui s’ouvre directement devant le grand escalier d’honneur de la mairie. La seule différence est qu’il est devenu sa permanence parlementaire officielle,  louée chaque mois un plus de 500 euros à la ville (prix des domaines avec une augmentation de 2% chaque année précise le locataire). « Je suis toujours impliqué dans la ville et dans ses projets et continue de le faire, mais je ne m’y trompe pas, il n’y a qu’un maire. »   

Parmi ses soutiens, l’ancrage alfortvillais est très fort. La moitié des un peu plus de 400 personnes qui le soutiennent dans le département sont de la ville. L’élu est aussi adoubé par les maires socialistes du Val-de-Marne, à commencer par Laurent Cathala, à Créteil, mais aussi Régis Charbonnier à Boissy-Saint-Léger, Marie Chavanon à Fresnes et bien-sûr Michel Gerchinovitz à Alfortville. Jean-Yves Le Bouillonnec, maire de Cachan, n’a pas signé, mais sa directrice de cabinet- conseillère régionale et sa première adjointe, Dominique Barjou et Hélène de Comarmond le soutiennent. Côté parlementaires, Sophie Taillé-Polian a signé sa motion et le candidat dispose aussi du soutien d’une majorité de secrétaires de section et du premier fédéral Jonathan Kienzlen, ainsi que des conseillers régionaux et départementaux socialistes. La députée européenne Christine Revault-d’Allonnes a en revanche choisi Olivier Faure, tout comme Caroline Adomo ou Gilles-Maurice Bellaiche. Emmanuel Maurel, lui, compte essentiellement ses soutiens à Villeneuve-Saint-Georges (plus d’une trentaine de signatures de sympathisants) et peut aussi s’appuyer sur Axel Urgin, maire adjoint de Créteil, ou Nadia Brahimi, maire adjointe de Choisy-le-Roi.

 

 

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