Environnement | Val de Marne | 14/09
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Au-delà de la récup : débat sur le World Cleanup day

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Ramasser les déchets et après ? Comment participer au World Cleanup day, la grande opération ramassage des déchets de ce samedi, sans tomber dans l'éco-blanchiment (green washing) ? Débat entre citoyens, associations, écologistes locaux...

Ce samedi 15 septembre, on se retrousse tous les manches pour aller ramasser les déchets et encourager le civisme à l’occasion du World Cleanup day, une initiative lancée par un entrepreneur letton il y a dix ans et désormais déclinée dans 130 pays. En Val-de-Marne, l’opération a été relayée par une dizaine de particuliers, communes, associations… de Joinville-le-Pont à Choisy-le-Roi.

Alors que les communes investissent régulièrement dans les campagnes d’affichage et les animations pour sensibiliser les habitants à la propreté et leur  faire prendre conscience du volume constitué par la somme des petites incivilités, Vitry-sur-Seine a ainsi joué le jeu en organisant plusieurs points de départ dans la ville. A Champigny-sur-Marne, c’est une élue écologiste de la ville, Chrysis Caporal, qui a relayé l’initiative. « C’est la troisième mobilisation autour du ramassage des déchets cette année. La première fois, l’idée était venue du Conseil de quartier. Nous avions été sur les berges de la Marne à la suite des inondations. Les gens étaient très choqués et mobilisés. Cette fois, nous allons commencer par le parking du Tremblay. »

Opération sensibilisation sur les mégots jetés à Nogent en 2017

Sensibiliser, inciter au civisme

Des associations ont aussi décidé d’impliquer leurs adhérents dans la cause. C’est le cas d’Hyppolite Thiebot à Fontenay-sous-Bois par exemple, dont l’association Parkour propose de d’ordinaire de s’approprier la ville en sautant et courant d’un espace urbain à l’autre (une discipline popularisée au début des années 2000 par le film Yamakasi). « Pour moi, cette action s’inscrit dans la dynamique de la marche pour le climat, nous avons voulu sensibiliser nos adhérents« , motive-t-il. « Nous commençons devant la mairie et allons aller dans des lieux où nous pratiquons comme le parc de la mairie, le Bois Cadet… Tous les sites ne sont pas encore définis. » A Vincennes, Marion Abeille, éducatrice canine (La meute canine) a décidé de joindre l’utile à l’agréable en emmenant ses clients faire du ramassage au bois de Vincennes, tout en promenant leur chien. « C’est l’occasion de sensibiliser les maîtres autour des déjections canines« , défend l’entrepreneure qui a sacrifié une demi-journée de travail pour se consacrer à cette initiative. « Je ne pourrais pas faire cela tous les mois mais je suis prête à la faire plusieurs fois par an« , se propose-t-elle. En moyenne, une dizaine à une vingtaine de personnes se sont déjà inscrites aux différentes initiatives de ramassage. Et le bouche à oreille n’est pas terminé.

Ramasser les déchets ou les réduire ?

La diffusion sur France 2, quelques jours avant cet événement, de l’émission Cash Investigation montrant les liens entre certaines associations de ramassage des déchets et des lobbys de l’emballage, a toutefois semé le trouble chez certains citoyens, parfois parmi les plus motivés. L’émission expliquait, comme l’avait fait quelques mois plus tôt l’enquête de Corporate Europe Observatory, que les entreprises les plus motivées pour continuer à emballer avec du plastique préféraient porter l’attention sur le ramassage des déchets, sponsorisant largement les initiatives en ce sens pour axer la communication sur le ramassage et le recyclage plutôt que sur la phase amont de production des emballages. « Cette émission m’a fait prendre conscience de la culpabilisation des consommateurs pour ne pas regarder l’origine du problème. Il est évident qu’il ne faut pas jeter ses ordures par terre et être civique, mais le producteur du déchet n’est pas que le consommateur. Une opération qui ne consiste qu’à ramasser les déchets manque de sens car elle ne porte pas le message essentiel sur l’origine de ces déchets. Les bateaux qui vont dépolluer les océans c’est bien, mais il faut arrêter de polluer les océans! », témoigne ainsi une habitante du Perreux-sur-Marne.

Ne pas opposer les démarches

Chez Zéro Waste France, on tempère le propos. « Les campagnes de nettoyage et de ramassage sont toujours extrêmement utiles en termes de sensibilisation, à condition d’y associer un message très fort au niveau de l’amont, c’est à dire de questionner d’où viennent ces déchets et comment les réduire en amont, pose Flore Berlingen, directrice de l’association qui milite pour le zéro déchets. Nous ne nous sommes pas associés au World Cleanup Day France car le message de réduction des déchets n’était pas présent alors que pour nous il est fondamental. Pour autant, certains de nos membres et de nos groupes locaux vont participer et ce n’est pas un souci car si on le fait avec cet objectif en tête, c’est efficace. Nous les encourageons par exemple à documenter les déchets et identifier les marques afin d’interpeller ensuite ceux qui sont responsables de la mise sur le marché de ces produits« , poursuit la directrice. A propos de sensibilisation autour des emballages, l’association a en revanche participé aux opérations déballage, désormais baptisées Plastic Attacks, qui consistent à retirer tous les emballages plastiques de ses courses en passant à la caisse et à les laisser sur place. Pour Annie Lahmer, conseillère régionale EELV du Val-de-Marne, toutes les initiatives sont bonnes à prendre pour sensibiliser les citoyens même s’il faut toujours faire attention de ne pas tomber dans l’éco-blanchiment. « Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas« , rappelle-t-elle. « Mais il ne faut pas opposer les démarches. Essayons au contraire d’associer le zéro déchet à ces initiatives en allant toujours plus loin. Dans les cantines par exemple, c’est bien que les enfants trient les déchets. Mais marquer le poids de ces déchets leur permet de prendre conscience et de progresser pour réduire ces déchets« , défend l’élue. « Il est vrai que lorsque l’on ramasse, c’est gratifiant car le résultat est immédiatement visible« , reconnaît Flore Berlingen.

Une action au long cours

Un adepte du ramassage qui n’a pas attendu le World Cleanup day, c’est Edouard Feinstein. Le jeune quinqua, qui a créé l’association Ose dans les années 1990 et ratisse depuis partout où il passe, sans faiblir, a basculé alors qu’il avait à peine 16 ans, à une époque où cela ne se faisait pas ! « Tout a commencé par une bagarre à la sortie de la patinoire de Charenton (ndlr, fermée en 1997 pour laisser place à l’espace Nelson Paillou). On s’est dit qu’on valait mieux que cela et que l’on pourrait plutôt se rendre utile. Ainsi naît une première association, OPF (Organisation People Flower). « On voulait protéger les animaux, aider les sans abri, ramasser les déchets…  Avec une quinzaine d’amis au départ, nous avons commencé à ramasser dans le bois de Vincennes, en faisant des petits tas que l’on plaçait à côté des poubelles. A l’époque, cela ne se faisait pas et notre action intriguait, au point que nous avons été convoqués par la mairie du 12ème! » se souvient Edouard Feinstein. Avec l’association Ose (Organisation de sauvetage écologique) quelques années plus tard, le ramassage se poursuit, à Alfortville, où il habite à l’époque, Ivry-sur-Seine… tout le le long des berges de la Seine jusqu’à l’Yerres. « Même en vacances on ramassait, des bords du Nil en Egypte au fleuve Arno en Italie! Et en 2000, nous avons été à Pornic après l’échouage de l’Erika » Une vraie passion pour celui qui est désormais éboueur à la ville de Paris… Ce samedi, il ne participera pourtant pas à l’opération World Cleanup Day. « Nous, on est sur le terrain toute l’année, on va même parfois plusieurs fois au même endroit pour achever un nettoyage comme à Villeneuve-Saint-Georges après les inondations. On sensibilise les citoyens, on fait des classes pédagogiques, on associe les roms et roumains et allons même faire de la sensibilisation sur leur terrain avec des traducteurs… Mais nous sommes assez peu aidés même si quelques villes jouent le jeu. Le World Cleanup Day, c’est une opération à gros budget juste pour une journée« , déplore le bénévole, un peu amer, même si l’association bénéficie d’un certain nombre de partenariats matériels pour procéder au ramassage. Pour autant, Edouard Feinstein est convaincu de la nécessité de continuer à sensibiliser sans relâche, rappelant que le problème des déchets ne se réduit pas aux emballages et au plastique. « Les gens jettent tout, partout. On trouve des frigos, de l’huile de batterie, des produits de toute sorte. Des gens font même leur vidange près des berges. Au-début, nous allions faire des mains courantes lorsque l’on constatait ces rejets, mais la police est trop occupée par ailleurs, elle a d’autres urgences… »

Pour participer au World Cleanup Day ce samedi 15 septembre, voir tous les rendez-vous et contacts sur la carte interactive.

Et pour prolonger au-delà du 15 septembre, le prochain rendez-vous nettoyage de Ose se tiendra à Choisy-le-Roi le 7 octobre. Voir tous les RDV de l’association.

Edouard Feinstein en train de ramasser… une cuvette de WC sur les bords de Seine

 

 

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