Politique locale | Le Kremlin-Bicêtre | 31/05
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En examen pour corruption, J-M Nicolle s’explique et défie son Conseil municipal

Rentré de sa cure de repos depuis deux semaines, le maire du Kremlin-Bicêtre est revenu conquérant. A la veille du Conseil municipal très attendu de ce jeudi 31 mai, Jean-Marc Nicolle donnait ce mercredi un point presse. L’occasion de s’expliquer sur son affaire judiciaire, d’en analyser ses conséquences politiques et de défendre son souhait de rester à la tête de la ville.  

Sorti de l’hôpital après quatre semaines au lieu des six préconisées par les médecins, Jean-Marc Nicolle a replongé dans la ville avec passion, multipliant les contacts avec les habitants. Fêtes des voisins, remise de la médaille du travail, dimanche après-midi au parc Pinel pour présenter le nouveau budget participatif… La vie publique a repris au quart de tour et l’édile semble se nourrir de cette force populaire pour affronter le Conseil municipal où il sera attablé avec des conseillers municipaux qui n’ont pas tous l’intention de lui passer les plats. En quatre semaines, il a pris le temps de réfléchir, de se recentrer. Il avoue avoir hésité, et même « tellement douté » qu’il en recontacté la RATP, son ancien employeur, et puis il s’est remis en selle. « Je me suis engagé auprès des Kremlinois« , motive-t-il. Les élus qui le soutiennent inconditionnellement depuis sa mise en examen n’ont pas chômé pour préparer son retour : nouveau parti local pour remplacer le MRC dont il a claqué la porte avec 9 autres conseillers municipaux dès le début de l’année, collectif de soutien, ménage dans la gouvernance du principal groupe de la majorité municipale…  Le nouveau décor est prêt et il est temps pour le maire de rentrer en scène. En attendant le premier acte qui se joue ce jeudi soir, il a repris contact avec la presse ce mercredi, livrant son analyse politique combative de la situation et acceptant de s’expliquer sur le volet judiciaire de son affaire.

Quel rôle pour les mécènes de l’association d’oenologie du maire ?

Ainsi est-il revenu sur la chronologie des événements, depuis la perquisition en mairie du Kremlin et chez lui il y a déjà un an, dans le cadre d’une enquête préliminaire, jusqu’à sa mise en examen pour abus de confiance,  favoritisme, trafic d’influence et corruption active. L’occasion d’éclairer quelques éléments sur lesquels il était resté un peu vague dans sa première lettre aux Kremlinois. Pour rappel, l’élu a été mis en examen le 30 mars après 48 heures de garde à vue,  soupçonné d’avoir demandé à des entreprises en affaire avec la ville de verser de l’argent à l’association d’oenologie dont il est le président, Au Sergent du Kremlin, pour récupérer l’argent afin de jouer, notamment au tiercé, parfois plusieurs milliers d’euros par jour. (Voir article détaillé) Dans sa lettre aux Kremlinois, le maire avait indiqué que des entreprises privées avaient bien parrainé son association mais qu’il s’agissait d’un mécénat permettant à ces sociétés de valoriser leur image. Quels mécènes ? Et pour quelle contrepartie en termes de communication ? Si l’élu n’a pas donné de noms d’entreprises, invoquant le secret de l’instruction, il a précisé la contrepartie de leurs dons. « Je n’ai jamais caché ce mécénat aux membres de l’association. Il existe depuis plus d’une dizaine d’années. A chaque soirée mensuelle, les partenaires ont été remerciés et cités. Sur chaque document de promotion d’une soirée mensuelle ou d’une soirée prestige, les logos des partenaires apparaissaient« , a indiqué l’édile, ajoutant que « 81% des entreprises consacrent du mécénat à des associations locales ». Une discrète contrepartie, les soirées étant réservées aux quelques dizaines de membres présents.

Des mécènes en affaire sur les marchés publics mais pas sur des prestations hors-marché

L’élu a par ailleurs précisé que ces mécènes dans le viseur de la justice étaient dans leur quasi totalité des entreprises avec  lesquelles il y avait des marchés publics plutôt que des commandes hors-marché. « Il y a une confusion qui s’est installée en indiquant que j’aurais peut-être fait bénéficier d’avantages pour des commandes hors marché à des entreprises qui finançaient mon association. On fait dire des choses qui ne sont pas vraies« , a insisté l’élu. Pas de sujet sur le hors marché donc, selon l’élu, mais sur les marchés publics. En l’occurrence, sont visés des marchés publics essentiellement passés avec l’ancienne Communauté d’agglomération du Val-de-Bièvre (CAVB), laquelle fait aussi l’objet d’une enquête a précisé l’élu qui en a été président. Pour se défendre d’avoir influé sur le choix de ces marchés, l’édile invite à se plonger dans les dossiers pour en constater la régularité. « Ce n’est pas moi qui rédige les rapports d’analyse de marché public, contrairement à ce que certains pourraient croire. Une procédure de marché public fait l’objet d’un avis de la Commission d’appel d’offre, puis c’est la collectivité qui la valide dans le cadre du compte-rendu des décisions, ou qui délibère si son montant dépasse un certain plafond « , pointe-t-il, ajoutant que concernant les marchés passés avec la CAVB, certains l’ont été alors qu’il n’était pas encore président de la communauté d’agglomération.

Un mécénat qui a pris fin avec la mise en examen

Ce mécénat se poursuit-il ? Non, a répondu le maire, qui précise avoir interdiction de rentrer en contact avec les entreprises mécènes dans le cadre de son contrôle judiciaire.  « Cela fonctionnait jusqu’à ma mise en examen. Nous avions même organisé une soirée en début d’année« .

A propos de l’addiction au jeu

« J’ai arrêté depuis plus d’un an et demi mon addiction. Et le service dans lequel j’ai été hospitalisé a été très surpris par la manière dont j’avais arrêté du jour au lendemain car l’addiction, même lorsqu’en votre for intérieur vous savez que devez arrêter, ne vous permet pas de le faire. C’est cela qui est terrible et qui fait du mal. Mais aujourd’hui, je sais que j’en suis guéri, ce qui m’emmènera peut être dans d’autres combats demain, plus tard. Mon expérience sera peut-être profitable pour d’autres personnes et je n’ai pas de problèmes pour en parler, je sais les dégâts que cela peut faire« , témoigne le maire. Comment l’addiction s’est-elle installée ? Progressivement ? Subitement ? « J’ai joué d’abord comme certains pouvaient jouer en famille. Au départ, c’était assez bénin. Ensuite, lorsque l’on rentre dans cette forme d’addiction, en jouant de manière très très régulière, cela est révélateur d’un manque de quelque chose, d’une forme d’isolement. Enfin je crois, je ne suis pas médecin. En tout cas, cela ne m’empêchait absolument pas de faire mon travail« , plaide l’élu. Combien de temps cette addiction a-t-elle duré ? « 3-4 ans. »

Le maire nie un enrichissement personnel via son association d’amateurs de vin

A la question de savoir si le maire a retiré un enrichissement individuel des sommes versées à l’association Au Sergent du Kremlin par les mécènes, l’intéressé répond « non« . « Je garde les éléments pour me défendre devant la justice« , ajoute l’élu.

A propos des notes rédigées pour  l’association de formation des élus du MRC

A propos des notes, considérées par le MRC comme indigentes et copié-collées, facturées par Jean-Marc Nicolle à la FRE (l’association de formation des élus du parti) pour un montant total de 60 000 euros, l’intéressé répond et s’interroge sur l’intérêt tardif que le MRC a accordé à cette question. Pour rappel, le MRC indique avoir diligenté sa propre enquête interne à la suite de perquisitions au sein de la FRE à l’automne 2017. (Voir article détaillé sur ce volet de l’affaire) »Ce-sont des contrats qui datent de 2013, 2014 et 2015… Et je n’étais du reste peut-être pas le seul à être rémunéré », pose le maire. « Sur la question du plagiat, j’ai répondu aux enquêteurs et je continuerai à leur répondre. Ce qui m’étonne, c’est que l’on ressorte un dossier de 2013- 2014- 2015, alors que l’association est rattachée au parti. Soit le parti ne fait pas du tout fonctionner ses instances, soit il y a un autre sujet…« , glisse l’élu.

Le choix de rester

Au fil des questions-réponses, il apparaît ainsi que le maire s’estime innocent. Certes, vu de l’extérieur, tout semble un peu gros, mais l’élu plaide sa présomption d’innocence avec ferveur. Il ne comprend pas ses anciens alliés de la majorité qui ont « décidé de la sentence avant la justice« , estime qu’ils manquent de cohérence par rapport aux casseroles que se traînent d’autres membres de leurs propres partis.

Haro sur l’ancien député-maire Jean-Luc Laurent, et le MRC

De quoi en venir à l’analyse politique de la situation, et le rapport au MRC. Le ton s’anime. Le maire s’estime victime d’un procès politique engagé après l’annonce de sa démission du parti, qu’il motive par l’absence de stratégie claire du mouvement, qu’il voit courir comme « un canard sans tête proche de la fin« . Et dans la famille MRC, Jean-Marc Nicolle demande le président, Jean-Luc Laurent, celui par qui il est entré en politique, celui qui lui a transmis l’écharpe de maire en 2016, l’ancien député-maire qui a aujourd’hui perdu ces deux mandats, battu dès le premier tour aux législatives de 2017. « Celui qui a trahi cette amitié, c’est lui, ce n’est pas moi », lâche le successeur à la mairie, qui évoque avoir déjà eu des doutes sur le soutien sans faille de l’ancien parlementaire depuis déjà plusieurs mois. « Cela bruissait dans la ville sur le fait qu’il essayait de constituer une liste pour 2020. Les coins étaient posés« , balance le maire. Une intention que dément formellement le patron du MRC. Sur la relation de causalité entre la démission du MRC par JM Nicolle et ses proches, et les demandes de compte du mouvement envers le maire du Kremlin, chacun défend sa chronologie. Une chose est sûre, la rupture est consommée et le MRC kremlinois, l’une des bases fortes du mouvement, aura du mal à s’en remettre, dans un contexte national déjà fragile pour les petits partis de gauche. Au MRC, on rappelle que c’est un accord politique départemental qui a scellé l’alliance à gauche aux municipales de 2014. Mais que pèseront les partis de 2014 en 2020?

Garder la main au Conseil municipal

En attendant 2020, déjà dans toutes les têtes, l’urgence est de conserver la main au Conseil municipal,et pour cela, faire levier avec suffisamment d’élus déterminés pour s’allier quelques fluctuants qui feront le compte. Jean-Marc Nicolle peut d’ores et déjà compter sur les neuf élus ex-MRC qui ont créé le nouveau parti local Le Kremlin en avant avec lui,  et les 2 élus PRG, tandis que les deux élus qui sont restés au MRC, Esteban Piard et Jean-Luc Laurent, se serrent les coudes avec les 4 élus restés au PS et les 5 élus PCF pour au contraire réclamer la démission du maire. Restent ensuite les groupes d’opposition Modem, LR, les deux élus UDE et puis les non-inscrits de plus en plus nombreux. En l’espace de quelques jours, Vincent Rousseau et Sarah Benbelkacem ont quitté le MRC pour siéger en non-inscrit, Jérôme Giblin a quitté le PS pour faire de même et Saïd Hassani a quitté le Modem et son groupe. Comment voteront tous ces élus en Conseil municipal ? Lors de la réunion de majorité, la menace a été brandie de voter contre toutes les décisions pour bloquer le maire.« Chaque délibération votée confortera la position du maire », motive-t-on au PCF.  L’édile rappelle de son côté que chaque délibération a été portée par un élu et insiste sur l’enjeu stratégique de plusieurs décisions qui doivent être approuvées demain. Il a aussi prévu un écran géant devant la salle du Conseil pour permettre aux habitants d’assister à la séance et les laisser juges d’une éventuelle situation de blocage. En préambule, il prévoit de faire une déclaration sur son affaire et son choix, avant d’attaquer le premier sujet à l’ordre du jour: la constitution de la ville en partie civile dans l’affaire judiciaire qui le touche. Une manière pour l’élu de démontrer son innocence en faisant valoir le risque qu’il est prêt à prendre au cas où la justice considérerait qu’il a causé préjudice à la ville. Un pari ?

 

 

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