Culte | Villejuif | 05/10
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Fin de partie pour le projet de mosquée rue de Paris à Villejuif

Dans les cartons depuis longtemps, le projet de mosquée rue de Paris à Villejuif ne verra finalement pas le jour, au grand dam de l’AMV (Association des musulmans du Val-de-Bièvre) qui le portait depuis plusieurs années. La ville motive sa décision par un contentieux avec l’association, un autre projet urbain rue de Paris, et un autre projet de mosquée porté par une association concurrente. Explications.

En février 2017, le projet de nouvelle mosquée rue de Paris battait son plein et avait donné lieu à une réunion complète de présentation en présence de plusieurs centaines de personnes. (Voir reportage). Pour permettre cette réalisation, la ville devait revendre le terrain, actuellement porté par le Saf 94, à l’association, et lui accorder le permis de construire. Depuis, rien ne va plus entre la mairie et l’association, et l’affaire ne sera pas conclue. En parallèle, de nouvelles propositions ont été faites à la ville pour occuper le terrain et une réunion de présentation doit se tenir prochainement à ce sujet.

Pour motiver son refus de poursuivre les échanges sur ce sujet avec l’association, la ville invoque un contentieux concernant le local qu’elle loue actuellement à l’association rue Morinet, indiquant que l’association ne paie plus son loyer. Ce local, un ancien central de La Poste, est loué par la ville à la Poste pour environ 72 000 euros par an. La convention passée par l’ancienne municipalité avec l’AMV ne concerne que le rez-de-chaussée et proposait donc un loyer d’environ 16 000 euros par an. L’étage était dédié aux associations. « L’étage était mis à disposition des associations, pas spécifiquement l’AMV », précise l’ancienne maire PCF Claudine Cordillot. La nouvelle municipalité, elle, indique avoir constaté qu’il n’y a actuellement que l’AMV qui occupe le site et a décidé de réclamer à l’association l’intégralité de ce qu’elle doit verser à La Poste, invoquant la loi de 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat. Une multiplication subite du loyer par quatre que l’association a refusé. « Le maire s’était engagé par écrit à ne pas remettre en cause cette convention si l’association acceptait de délocaliser le projet, du terrain de la gendarmerie au terrain « de portail ». Devant cet événement évidemment destiné à tenter d’attaquer l’association, il était de notre devoir de contester cette décision injuste et de nous en remettre à la décision de la justice sur ce sujet« , explique l’AMV.  La mise à disposition du local de l’AMV rue Morinet est-elle menacée ? « Nous n’en sommes pas là. C’est un sujet sensible. Mais il faut que l’AMV comprenne que la ville ne peut pas subventionner un culte », précise-t-on encore au cabinet du maire. Dans ce contexte, la ville indique que l’association n’a pas démontré disposer des fonds pour construire sa mosquée. « Le bouclage financier est prêt depuis 2014! » répond-on à l’AMV.

Concernant la nécessité de construire un lieu de culte proportionné au nombre de fidèles, dans une ville à la population croissante, la municipalité évoque par ailleurs le projet d’extension de la mosquée de l’association Rachad, une autre association musulmane de la ville, rue Gagarine. Un projet prévu de longue date, concomitamment à celui de l’association AMV, mais qui devrait être plus grand que prévu. « Un projet d’extension existe depuis 2013 sur ce lieu, le maire ne peut donc feindre de le découvrir. Utiliser cela comme un argument n’est donc pas valable. Le maire contraint donc par cette décision les musulmans qui habitent dans le centre et le nord de Villejuif à marcher pour certains d’entre eux plus de 40 minutes aller, 40 minutes retour pour rejoindre un lieu de prière déjà surchargé, sans parking, dont l’extension prévue depuis de nombreuses années permettra à peine d’accueillir l’excédent actuel du quartier ainsi que l’augmentation de population de Villejuif, de L’Haÿ-les- Roses et de Chevilly Larue. La seule conclusion possible à cette déclaration est : Villejuifois de confession musulmane, vous n’êtes pas les bienvenus à Villejuif ! »  tonne l’AMV qui rappelle avoir obtenu 2400 signatures à sa pétition, constat d’huissier à l’appui, en faveur de sa future mosquée, et précise avoir répondu à toutes les demandes qui lui avaient été adressées en préalable du projet (stationnement, conditions de sécurité…)

Pour l’association musulmane, les raisons évoquées par la ville ne sont qu’un prétexte. Et l’AMV de rappeler la fin de non recevoir qu’elle a reçu de la commune au printemps pour disposer d’une salle suffisamment grande  lors de la fête de l’Aïd, ayant finalement trouvé une solution dans un gymnase mis à disposition par le territoire.  « Nous refusons que les musulmans de Villejuif soient les otages d’une chasse aux sorcières », dénonce le bureau de l’AMV. De son côté, le maire LR, Franck Le Bohellec, fait savoir qu’il considère que l’AMV est dans une posture politique, plus proche de l’ancienne municipalité que de l’actuelle, et qu’elle n’a jamais fait preuve de volonté d’échange avec la mairie.

Au sein du Conseil municipal, la question de la mosquée s’est invitée à l’occasion d’une délibération sur la fin du portage du terrain de la rue de Paris par le Saf 94. « C’est un prétexte pour renoncer. Et il a clairement choisi l’autre association en lui autorisant un agrandissement gigantesque et en ne souhaitant qu’un seul lieu de culte en ville. Moi je m’étais refusée à choisir entre les deux « , réagit Claudine Cordillot qui rappelle avoir autorisé une extension moins importante à l’association Rachad, en parallèle du projet de l’association AMV. Alain  Lipietz, conseiller d’opposition EELV, évoque pour sa part un « prétexte fallacieux. »  « Apprendre au détour d’une décision connexe que le projet est enterré alors qu’il devait faire l’objet d’une présentation en Conseil municipal révèle un total manque de courage politique. Le sujet de la création d’un lieu de culte, quel qu’il soit, mérite mieux que cela », commente de son côté Philipe Vidal (LREM).

« Il n’y aura pas demain de manque de places pour les croyants musulmans, insiste-t-on au cabinet du maire. L‘association Rachad a une attitude tout à fait républicaine avec des rapports normaux, mettant par exemple des bénévoles à disposition pour faire la circulation les jours d’affluence. Et il n’y a donc pas d’ostracisme envers les musulmans de la part de la ville. Mais il n’est pas possible pour un élu de la République de prendre en considération les subdivisions d’un culte, l’important est qu’il y ait un lieu de culte. »

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