Sécurité | Accueil Val de Marne (94) Fresnes | 15/01/2018
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Prison de Fresnes: blocage et colère contre l’unité de déradicalisation

Prison de Fresnes: blocage et colère contre l’unité de déradicalisation © Fb
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Blocage total à la prison de Fresnes lundi matin. Près de 250 agents de l’administration pénitentiaire se sont rassemblés devant la Maison d’arrêt dans le cadre d’une mobilisation nationale appelée par l’Ufap-Unsa Justice, la CGT Pénitentiaire et FO Pénitentiaire. Les surveillants réclament plus de sécurité après l’agression par un détenu radicalisé de trois collègues, jeudi dernier, à la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais.

Il y a le feu à la prison de Fresnes. Ce lundi matin, dès l’aube, les surveillants ont organisé le blocage du domaine pénitentiaire en incendiant des palettes et manifestant en nombre devant la porte de la Maison d’arrêt gardée par des CRS. Cible d’agressions par des détenus radicalisés, les surveillants pénitentiaires estiment que leur vie est menacée en permanence et demandent des mesures de protection adéquates. A l’automne 2017, deux détenus avaient été mis en examen, soupçonnés d’avoir tenté de préparer un attentat depuis leur cellule.

«Contrairement aux agressions dont nos collègues sont malheureusement régulièrement victimes par des détenus de droit commun, les agressions des personnes incarcérées pour radicalisation visent la plupart du temps à les tuer. Nous sommes la seule prison de France a avoir un Quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) à l’intérieur de la maison d’arrêt, soit 10 détenus surveillés par deux agents, il est impossible de les isoler complètement des autres détenus alors que c’est le but initial du QER. Nous réclamons sa délocalisation. Il faut des structures à taille humaine et sécurisées pour gérer ces détenus», insiste Frédéric Godet, délégué Ufap-Unsa à Fresnes.

«Auparavant, il n’y avait qu’un surveillant affecté au QER, après des réclamations, un second a été affecté, c’est bien mais ça ne va pas assez loin. Il est encore inconcevable que n’ait pas été instauré un accès réglementaire à ce quartier. Il se situe au rez-de-chaussée d’un bâtiment abritant aux étages des détenus de droit commun. A l’heure actuelle, un détenu radicalisé pourrait obtenir l’aide d’un autre détenu venu des étages pour agresser un surveillant. C’est inadmissible», déplore Thierry Unn-Toc, secrétaire adjoint SLP Fo à Fresnes.

A lire aussi : Un rapport officiel étrille le regroupement des détenus radicalisés à Fresnes

Depuis l’agression de deux surveillants par des détenus radicalisés en septembre 2016 à la maison d’arrêt d’Osny, les gardiens estiment que les mesures prises par leur administration ne sont pas satisfaisantes. En dehors des surveillants pénitentiaires, le mouvement comptait également des agents d’autres services, personnel administratif, équipes régionales d’intervention et de sécurité (Eris), service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) ou agents d’entretien. «Au-delà de ces terribles agressions, nous vivons des difficultés au quotidien dans cette maison d’arrêt, par manque d’effectifs et de moyens», estime l’un d’entre eux.

Le député de l’Essonne, Nicolas Dupont-Aignan, s’est rendu à Fresnes ce lundi pour apporter son soutien aux surveillants pénitentiaires grévistes. «Les conditions de travail des surveillants pénitentiaires, face à des individus radicalisés, comme en témoignent les récents événements survenus, sont indignes de notre République. Nos prisons sont devenues de véritables poudrières islamistes. Aucune mesure n’aura d’efficacité si nous ne disposons pas de places de prison en nombre suffisant, ni d’une politique pénitentiaire digne de ce nom». En fin d’après-midi, les syndicats appelaient les surveillants et autres agents de l’administration pénitentiaire de toute la région Île-de-France à venir manifester devant la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. La semaine dernière, ce-sont les deux sénateurs communistes Laurence Cohen et Pascal Savoldelli qui ont rendu une visite surprise à la maison d’arrêt, pour dénoncer les conditions sanitaires de la prison, réclamant au gouvernement un plan d’urgence.

La maison d’arrêt de Fresnes, comme de nombreuses prisons en France, souffre d’une surpopulation de chronique avec un taux d’occupation supérieur à 200% et des conditions sanitaires déplorables (rats, punaises de lit…) dénoncées avec vigueur l’an dernier par la contrôleure générale des prisons, photos choc à l’appui.

A lire : Le scandale sanitaire de la prison de Fresnes confirmé par la contrôleure générale des prisons

Depuis, plusieurs procédures juridiques ont été menées par les avocats et l’OIP (Observatoire international des prisons), mais si la justice leur a donné raison sur le fond, elle ne peut imposer un miracle à moyens constants. C’est dans ce contexte que les avocats ont décidé à l’automne de se tourner vers la Cour européenne des droits de l’Homme.

A lire : Situation sanitaire à la prison Fresnes: l’équation impossible  et La prison de Fresnes bientôt devant la justice européenne

Nouvelles places de prison, peines alternatives

Le président de la République, qui présentait hier ses projets de réformes judiciaires à l’occasion de la rentrée solennelle de la Cour de Cassation, a annoncé un plan pénitentiaire global d’ici à la fin du mois de février, qui doit concerner entre autres l’immobilier des prisons, le renseignement pénitentiaire et les conditions des personnels, reconnaissant les conditions d’accueil « indignes » des prisons sur-occupées. Il a également annoncé que la prison ne pouvait être une réponse  « quasi-systématique », invitant au recours de travaux d’intérêt général ou au port du bracelet électronique. Dans son programme, le président prévoit la création de 15 000 places de prison qui devraient être mises en place sur deux quinquennats, dans le prolongement des annonces de Manuel Valls fin 2016. L’ancien premier ministre avait annoncé la création de 33 nouvelles prisons représentant 16 000 cellules supplémentaires. Parmi les départements qui devaient alors accueillir une nouvelle prison, figurait le Val-de-Marne au sein duquel plusieurs sites avaient été identifiés.

A lire  : Où construire une nouvelle prison dans le Val-de-Marne ?

Alors que l’opération « prison morte » a été suivie hier dans deux-tiers des prisons françaises, les trois syndicats ont appelé à la reconduite du mouvement ce mardi, malgré les annonces présidentielles.

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