Santé | Créteil | 04/04
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Greffe hépatique Mondor-Brousse: le casse-tête n’est pas résolu

La greffe hépatique à l’hôpital Mondor reste sur la sellette. Le nouveau projet proposé par l’AP-HP prévoit toujours le transfert du geste chirurgical de transplantation de Mondor à Brousse dans le cadre d’une fédération de sites, mais après une période transitoire dont la durée, limitée ou définitive, fait débat. 

Début mars, une nouvelle réunion a été organisée par la direction de l’AP-HP (Assistance publique des hôpitaux de Paris dont dépendent notamment les hôpitaux Henri Mondor de Créteil et Paul Brousse de Villejuif) et des représentants de la communauté médicale des deux établissements, pour reprendre le dossier. Du côté de la direction de l’AP-HP, la volonté de fusionner les deux services de greffe est restée intacte.

Alors qu’un premier cycle de discussions entre les communautés médicales ont échoué fin 2017, car le transfert de l’acte chirurgical de la greffe de Mondor vers Brousse constituait un préalable inacceptable pour la communauté de Mondor, un nouveau cycle a démarré en février à la demande du ministère de la Santé. Lors de la réunion de mars à l’AP-HP, une nouvelle proposition a émergé, qui aboutirait également au transfert de l’acte chirurgical de greffe de Mondor à Brousse dans le cadre d’une fédération regroupant les services des deux hôpitaux, mais avec une phase de transition durant laquelle chacun continuerait à effectuer des greffes dans ses locaux et avec ses équipes. Une phase de transition diversement interprétée côté Brousse et côté Mondor.

Pour la coordination Mondor, qui défend l’intégrité de tous les services spécialisés de l’hôpital cristolien et qui est née en 2011 lorsqu’il avait été question d’y supprimer la chirurgie cardiaque, cette étape ne doit pas être une phase de transition mais l’objectif final. « Cette fédération qui travaillerait en commun sur certains aspects, notamment de recherche, pourrait rayonner au-delà du Val-de-Marne, de la Seine-et-Marne et de l’Essonne, comme cela est déjà le cas avec les hôpitaux, mais aussi dans les Hauts-de-Seine et dans la Marne, alors qu’un partenariat se met actuellement en place avec le CHU de Reims », défend Fabien Cohen porte-parole de la coordination. Doyen de la fac de médecine Paris Sud, Didier Samuel évoque en revanche une période vraiment transitoire. « Lors de la réunion à la direction de l’AP-HP, il a été proposé une étape intermédiaire d’environ six mois mais avec à terme une réalisation de l’ensemble des greffes à Paul Brousse. C’est aussi le sens du document qui a été envoyé par la suite aux gouvernances des deux hôpitaux », indique le chef de pôle des hôpitaux Paris Sud. « L’élément concret qui reste le même est la pression mise par l’Assistance publique sur ce dossier mais il est acquis que l’on puisse garder deux sites de greffe le temps que la confiance soit là, et la confiance n’est pas là aujourd’hui », interprète pour sa part Jean-Luc Dubois-Randé, doyen de la fac de médecine de Créteil, qui met aujourd’hui en garde contre le pourrissement de la situation.

« Nous sommes à dix greffes fin mars alors que les services de Brousse et de la Pitié Salpêtrière sont déjà à trois fois plus et que nous avons 70 malades du cancer du foie en attente. Nous n’avons pas actuellement l’activité chirurgicale à la hauteur du nombre de patients qu’il reste à greffer. Le départ des chirurgiens a impacté l’activité, indique le chef de service cardiologie interventionnelle de Mondor. Actuellement, nous recrutons un chirurgien capable de faire de la transplantation mais l’instabilité crée de l’inquiétude auprès des patients. Nous avions déjà connu cela au moment de la remise en question de la chirurgie cardiaque. »

Le doyen de Créteil note que la nouvelle proposition a clarifié le fait que la chirurgie du cancer du foie n’était pas remise en question, tout en rappelant que le principal traitement de ce cancer est la transplantation. « Surtout, l’activité de transplantation hépatique impacte les fonctions support des autres greffes, rénale, ou cardiaque. Et il ne faut pas être naïf, il y a derrière un projet plus global sur lequel on n’a aucune assurance. C’est pourquoi nous concédons le principe d’une fédération val-de-marne, et n’avons aucun problème avec les liaisons inter-universitaires et la collaboration entre les équipes, mais en maintenant deux sites de transplantation« , insiste Jean-Luc Dubois-Randé.

Ces bornes basses du PRS qui suscitent l’inquiétude

« Le projet de PRS 2 (projet régional de santé 2018-2022 proposé par l’Agence régionale de santé) prévoit dans sa borne basse l’autorisation d’un seul centre de transplantation hépatique en Val-de-Marne (contre 2 actuellement, et 2 dans sa borne haute), mais aussi zéro centre de transplantation cardiaque (contre 1 actuellement et 1 dans la borne haute), et aussi un seul centre de transplantation de reins-pancréas (contre 2 actuellement et 2 dans la borne haute) », souligne Jeannick Le Legadec (voir pages 229 à 234 du projet de Schéma régional de santé), conseillère départementale déléguée notamment aux questions de santé. Dans ces trois cas, la borne basse impliquerait la fermeture d’un centre de transplantation, et dans ces trois cas, l’hôpital Henri Mondor se trouve proposer ce type de greffe. « De manière générale, le projet régional de santé va vers une hyper-spécialisation des hôpitaux dans Paris intramuros et la fermeture de plusieurs plateaux techniques en banlieue« , regrette l’élue.

C’est dans ce contexte que s’est tenu ce vendredi 30 mars au Conseil départemental une réunion d’un certain nombre de parties prenantes, à l’initiative de la coordination Mondor et à l’invitation du président du Conseil départemental du Val-de-Marne, Christian Favier. Etaient présents des représentants de la communauté médicale de l’hôpital Henri Mondor, des représentants syndicaux des hôpitaux Mondor et Brousse, des parlementaires et élus, et des représentants de la coordination Mondor.  Le doyen de la fac de médecine des hôpitaux Paris Sud, Didier Samuel, n’était pas présent mais a indiqué être prêt à rencontrer le président du Conseil départemental. « J’ai été prévenu l’avant-veille de cette réunion qui était essentiellement organisée à l’initiative des représentants de Mondor, mais je suis effectivement prêt à rencontrer le président du Conseil départemental, j’ai échangé avec son adjoint et fait remarquer que l’hôpital Paul Brousse faisait aussi partie du Val-de-Marne« , pointe Didier Samuel.

Sortir de la crise sans perdant ?

Ne pas monter un hôpital contre l’autre, voilà l’équation qu’il reste à résoudre. Si la coordination Mondor se refuse à cette confrontation, elle n’entend pas non plus rester les bras ballants et a présenté hier un plan d’action qui prévoit à la fois communiquer auprès des patients,  via du tractage et la publication d’une tribune, de poursuivre le dialogue avec Paul Brousse en demandant notamment à l’ARS de mettre en place un groupe de travail élargi, et d’appeler à l’engagement de l’Etat avec la sollicitation d’un nouveau RDV au ministère de la Santé.  En parallèle, Jeannick Le Lagadec prévoit une réunion de travail sur le PRS avec les élus locaux, le 2 mai prochain, pour travailler à une position commune sur l’ensemble des problématiques santé.

Le bâtiment RBI n’est pas remis en cause

Dans ce contexte sensible, la coordination Mondor a fait état d’une bonne nouvelle pour le CHU cristolien, celui de la confirmation de réalisation du nouveau plateau technique RBI  (Réanimations, Blocs, Interventionnel). Cet équipement qui doit voir le jour d’ici à 2020, regroupera le bloc opératoire, y compris les Soins de Surveillance Post Interventionnels (SSPI) et les réanimations et surveillances continues de l’établissement. « Nous avons reçu un courrier de Martine Orio (ndlr, la directrice de l’AP-HP)  à ce sujet », indique Fabien Cohen.

Voir notre dossier complet sur ce sujet

 

 

 

 

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