Société | Thiais | 10/07
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Guerre ouverte dans les jardins familiaux de Thiais

Guerre ouverte dans les jardins familiaux de Thiais © Fb

Rien ne va plus dans les jardins familiaux de la Saussaie à Thiais. Depuis plusieurs mois, l’atmosphère de ce petit coin de paradis est polluée par des querelles d’associations dont l’aboutissement est l’expulsion imminente d’une quinzaine d’occupants. Sabotages de pompes à eau, cadenas coupés… tous les coups sont permis.

C’est dans les années 1960 que des jardiniers commencent à investir d’anciens maraîchages et terrains vagues, le long de la rue de la Saussaie, créant des parcelles où cultiver fruits, légumes et fleurs. Une grande bouffée de verdure qui constitue aujourd’hui l’un des plus grands ensembles de jardins ouvriers d’Île-de-France, avec 306 parcelles de 200 m² chacune, soit 6 hectares, appartenant à plusieurs propriétaires dont l’État, l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Eaux de Paris, la ville de Thiais et le promoteur Kaufman & Broad.

Dès 1969, la gestion des jardins est assurée par la Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs (FNJFC) sans toutefois détenir de droits ni de titres. Alertée par des projets d’aménagement urbain des jardins, la FNJFC commence à négocier avec les propriétaires mais se coupe d’une partie des jardiniers qui constitue son propre collectif en 2007 (association des jardins de Thiais) autour de Françoise Cybula, fille d’un des créateurs des jardins. Ces derniers protestent et alertent pouvoirs publics et société civile pour obtenir la sauvegarde des jardins. La FNJFC, elle, laisse tomber la gestion du site en 2016. Une autre association se monte à cette même époque, Renouveau des Jardins de Thiais, qui obtient elle des mandats officiels des propriétaires pour occuper les parcelles à titre précaire. C’est dans ce contexte que l’association réclame un droit d’exploitation de 120 euros par an à chaque jardinier. Une somme jugée rédhibitoire par les habitués alors que l’association des Jardins de la Saussaie ne leur demandait que 10 euros par an, même si celle dernière n’avait pas mandat pour le faire. Petit à petit, la situation s’envenime au point de dégénérer en agressions physiques et verbales.

« Je viens ici pour me détendre, c’est mon plaisir de m’occuper de mon jardin, mais maintenant c’est l’inverse, je m’y rends avec la boule au ventre. A plusieurs reprises, on est venu me trouver pour me réclamer de payer.J’ai même été suivi jusque chez moi en voiture », déplore Radia, une mère de famille thiaisaine. « On a téléphoné à plusieurs reprises à notre domicile et même empoigné mon mari qui depuis a des nuits très agitées », relate Jacqueline, une dame âgée qui passe de temps en temps l’après-midi à jouer à des jeux de société avec ses amis dans son jardin. « Il y a de l’entraide et du partage entre jardiniers mais l’ambiance a considérablement changé. Nous sommes devenus suspicieux. A l’époque, mon portail était toujours ouvert et j’accueillais n’importe qui dans mon jardin, maintenant, je me méfie », confie Yves. Cadenas coupés, abris de jardin vidés, sabotages des pompes à eau, les jardiniers de Thiais décrivent des méthodes violentes pour les faire payer.

« Il m’est arrivé de me faire expulser de mon propre jardin par l’association des jardins de la Saussaie. C’était l’anarchie avant que nous ne créions l’association, c’est la raison pour laquelle la fédération est partie et qu’aucun propriétaire n’a souhaité passer de convention avec l’association des Jardins de la Saussaie alors que nous sommes en passe de toutes les avoir. Si nous avons fixé le droit d’adhésion et d’exploitation à 120 euros c’est parce que nous devons nous occuper des jardins dont ils ont négligé l’entretien, et clôturer le site. Alors, effectivement, nous sommes allés voir les jardiniers qui refusaient de payer et il y a eu des éclats de voix mais nous avons été nous-mêmes victimes de violences physiques et verbales », se défend Philippe Mahouin, secrétaire général de l’Association Renouveau de Thiais.

Plusieurs jardiniers se sont depuis présentés dans les commissariats des communes alentours pour se plaindre du secrétaire général de l’association et ont effectué des signalements auprès du procureur de la République de Créteil. Par ailleurs, les deux trésoriers de Renouveau des jardins de Thiais ont démissionné et rejoint l’association des jardins de la Saussaie.

La querelle s’est aussi invitée dans les colonnes du journal municipal.  A l’automne 2017, les élus écologistes se sont ainsi émus de la situation dans une tribune libre, demandant au maire d’intervenir pour apaiser les tensions. « La municipalité a été saisie depuis plusieurs mois par l’association historique. Cette dernière reste sans réponse alors qu’elle dénonce des comportements agressifs ainsi que des dépôts de plaintes auprès des services de police. En ne répondant pas, la majorité municipale défaille au regard des jardiniers de la Saussaie, de l’image de soutien aux jardiniers qu’elle souhaite véhiculer. Elle défaille aussi au terme de ses devoirs d’assurer le bien vivre ensemble et la sécurité publique qui sont deux missions essentielles de la gestion municipale », écrivait le conseiller d’opposition Philippe Patry. La mairie a répondu par un article dans le numéro de janvier-février 2018, expliquant que l’Association des jardins de la Saussaie, était « dépourvue de droits et de titres », et encourageant les jardiniers souhaitant conserver leur parcelle à adhérer à l’association le Renouveau des jardins de Thiais. « Dans le cas contraire, ils [seront] invités à quitter les lieux sous peine de s’exposer à des poursuites judiciaires pour occupation illicite d’un terrain dont ils sont propriétaires », prévenait la ville. Le premier adjoint à la mairie de Thiais, Dany Beucher, s’est également rendu sur place avec un policier municipal, sur l’emprise appartenant à la ville. « Nous sommes venus faire des relevés topographiques préalables à la signature de la convention d’occupation avec l’association Renouveau des jardins de Thiais, dans un contexte de tensions extrême avec des faits d’agressions et des plaintes. En dehors de notre parcelle qui compte 20 jardins, nous ne sommes pas responsables de ce qu’il se passe mais j’appelle les protagonistes à faire en sorte qu’ils s’entendent et que ce lieu redevienne le havre de paix qu’il était », souhaite l’élu.

Expulsion et astreintes pour 15 jardiniers

Déterminée à défendre les jardiniers contre ce qu’elle considère comme du racket, Françoise Cybula a saisi la justice pour obtenir la dissolution de Renouveau des Jardins de Thiais dont l’objet social empiète sur celui de son association préexistante. « C’est un combat inégal à la David contre Goliath entre une association qui assurait dans les faits depuis près de dix ans la gestion des jardins et à laquelle il est opposé une association avec des conventions. Les chances d’aboutir sont faibles et les moyens financiers de mes clients ne permettent pas de saisir le juge administratif pour faire reconnaître le droit tacite de l’association des jardins de la Saussaie », regrette Me Séverine Triboulet, l’une des avocates de l’association.
Entre temps, Renouveau des jardins de Thiais a assigné 15 jardiniers situés sur la parcelle appartenant à l’État et obtenu une ordonnance d’expulsion du juge des référés du tribunal de grande instance de Créteil au début du mois d’avril. Depuis le début du mois de juin, ces derniers ont commencé à recevoir des significations d’expulsions sous peine de payer une astreinte de 50 euros par jours. « La situation est alarmante et nous souhaiterions que le maire ou le préfet interviennent pour éviter que cela ne dégénère. Nous ne demandons pas à être indemnisés, nous souhaitons simplement qu’ils nous donnent encore quelques années pour que nous ayons le temps de trouver ailleurs », précise Françoise Cybula. De son côté, Renouveau des jardins de Thiais poursuit sa démarche de reprise en main des jardins. « Maintenant que nous avons la convention pour le terrain appartenant à l’APHP, une seconde charrette d’expulsions se prépare », prévient Philippe Mahouin.

Les jardins sont bien entretenus mais le compteur d’eau situé sur la parcelle appartenant à l’État a été coupée. Alors, les jardiniers se débrouillent pour arroser leur potager. L’association Renouveau accuse les jardiniers de ne pas payer leur consommation d’eau,  ce qu’ils contestent.

Françoise Cybula déplore les sabotages récurrents des pompes à eau permettant aux jardiniers d’arroser.

 

 

 

 

 

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