Justice | Champigny-sur-Marne | 12/06
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Interpellations au Bois l’Abbé: jusqu’à 6 mois de prison ferme

Les détonations des pétards non homologués avaient mis les nerfs des policiers du Bois l’Abbé à rude épreuve cet après-midi du 5 mai. Et l’interpellation qui a suivi, filmée et partagée sur les réseaux sociaux, a mis le feu aux poudres, provoquant des rassemblements et lancements de projectiles devant le commissariat pendant plusieurs nuits. Les trois jeunes étaient jugés en comparution immédiate ce vendredi au tribunal correctionnel de Créteil.

Tout commence par des pétards géants, allumés sur le mail Rodin par quelques jeunes pour tuer le temps. Mais la puissance de ces engins, interdits dans l’Union Européenne,  donne à penser aux policiers stationnés à 300 mètres que le commissariat est la cible de tirs de mortiers. Quelques minutes plus tard, ils sont sur place et arrêtent Julien*, 22 ans, qui n’oppose pas de résistance. Il est mis à terre une première fois et quelques uns de ses camarades approchent de la scène bien que menacés par les policiers. Ces derniers craignent alors un encerclement et, estimant que Julien tente de se dégager, pratiquent une nouvelle fois une prise de soumission sous le regard médusé de riverains qui filment la scène. Le jeune homme est ensuite embarqué. Trente minutes plus tard, deux autres hommes d’une vingtaine d’année seront interpellés, Damien, parce que des policiers l’ont reconnu comme ayant lancé des pétards et Clément, pour avoir insulté les gardiens de la paix. Pendant ce temps, les vidéos de la première interpellation circulent de mobile en mobile et le soir-même, une cinquantaine de personnes se retrouvent devant le commissariat du Bois l’Abbé pour protester et demander la libération des trois jeunes. Des projectiles et feux d’artifice sont alors lancés pendant plusieurs nuits jusqu’au rétablissement de l’ordre par un important déploiement policier.

Un mois après ces événements, les trois jeunes étaient jugés ce vendredi en comparution immédiate. Pour le procureur de la République, les lancers de pétards, puis l’hostilité régnant durant l’intervention des patrouilles de police étaient des actes de provocation et d’intimidation condamnables. « Ce commissariat n’est pas situé au cœur du quartier par hasard, il s’inscrit dans une stratégie de reconquête du territoire pour enrayer le phénomène de trafic du stupéfiant ». Le ministère public a requis six mois de prison ferme avec mandat de dépôt pour Julien, 4 mois de prison avec sursis pour Damien et quatre mois de sursis pour Clément.

Les avocats des jeunes interpellés ont rappelé que les pétards n’avaient pas été lancés sur le commissariat et qu’il était difficile d’interpréter cela comme un acte d’intimidation. La défense a plaidé la relaxe au bénéficie du doute, estimant que les poursuites et investigations faisaient peser des doutes sur la réalité des événements. « Il y a trois procès verbaux qui se battent en duel, vous n’avez même pas sollicité les mamans qui se trouvaient à proximité de la scène », ont-ils argué. Les juges se sont ensuite intéressés aux profils des trois jeunes adultes qui sont suivis par la mission locale. Julien a obtenu un rendez-vous professionnel avec La Poste, il a déjà été condamné à plusieurs reprises notamment pour trafic de stupéfiant. Damien et Clément ont un casier judiciaire vierge et travaillent comme animateurs auprès d’enfants.

Durant la suspension de séance, quelques amis et proches des trois hommes redoutent le jugement. « S’il est trop sévère, les tensions risquent de reprendre. Nous ne comprenons pas que les policiers jouent au cow-boy alors que nous ne faisons rien de répréhensible », considère l’un de leurs amis.

Finalement,  Julien écopera de 6 mois de prison ferme mais aménageable avec port d’un bracelet électronique, Damien et Clément ont pris 4 mois de prison avec sursis simple.

 * Prénoms changés.

 

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