Grands projets | Nogent-Sur-Marne | 19/03
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Inventons la métropole: les tours du bord de Marne passent au rabot

Inventons la métropole: les tours du bord de Marne passent au rabot © Lankry

Fin octobre 2017, les 51 projets lauréats de la première édition d’Inventons la métropole étaient dévoilés en grande pompe, rivalisant d’imagination pour changer le visage du Grand Paris et donnant notamment à voir de nouvelles tours et constructions tout en hauteur. Cinq mois plus tard, plusieurs projets ont déjà pris un sérieux coup de rabot.

Dans la lignée de l’appel à projets Réinventer Paris lancé par la mairie de Paris, le concours Inventons la métropole, initié conjointement par la Métropole du Grand Paris, l’Etat (via la préfecture de région) et le maître d’ouvrage du futur métro Grand Paris Express (la SGP) dont les emplacements des futures gares attirent déjà les appétits des investisseurs, visait à accélérer la mutation urbaine de l’agglomération et lui donner une visibilité métropolitaine. Le concours constituait aussi une vitrine concrète pour la toute jeune Métropole du Grand Paris dont le grand public peine à identifier le rôle. Un pari ambitieux qui a abouti à une foison de projets originaux et largement illustrés. Reste à savoir ce qui en sortira réellement de terre, et quand. Alors que la confidentialité autour des projets concurrents était de mise durant toute la période du concours, et qu’aucune concertation avec les habitants et équipes municipales n’a donc pu être organisée en amont, la phase aval des projets, qui se joue en ce moment, n’est pas une formalité partout. Exemples au port de Nogent-sur-Marne et sur le site Bi-Metal de Joinville-le-Pont.

A Nogent-sur-Marne,  Sogeprom prié de remballer sa tour

A Nogent-sur-Marne, l’annonce d’une tour signal de 18 étages composée de cubes semblant tourner autour d’un même axe, a manqué de faire s’étouffer bon nombre de riverains du quartier qui se sont chargés de faire savoir immédiatement tout le mal qu’ils en pensaient. Après avoir salué le projet, baptisé Rêves’N’Rives, en restant réservé sur sa hauteur, le maire LR de La ville, Jacques JP Martin, indique désormais qu’il n’est pas question de voir s’ériger une tour en bords de Marne. Et le nouvel épisode d’inondations de janvier dernier est venu à point nommé renforcer ses arguments.

« On ne fera pas de tour« , tranche le maire. « Les inondations récentes démontrent clairement qu’il n’est pas possible de densifier à cet endroit. »  Pourquoi alors avoir opté pour ce projet au moment de la finale ? « En tant qu’élus nous avions deux choix: soit refuser d’office les trois projets présentés, soit regarder ce qu’il y avait d’intéressant chez l’un d’entre eux. Ce qui était intéressant chez Sogeprom était le lien entre la ville et la Marne. Mais l’équipe souhaitait équilibrer le projet économiquement par une tour, ce qui n’est pas notre souhait. Ce dont nous avons besoin à Nogent est de requalifier l’hôtel,  d’accastillage pour le port de plaisance, et de loisirs. Nous pouvons reprendre ce projet autour de guinguettes et la requalification du port mais cela nécessitera au préalable de redéfinir le PPRI (Plan de prévention des risques d’inondation) et le PLU (Plan local d’urbanisme)« ,  détaille l’élu qui précise que les terrains, qui appartiennent soit à la ville soit à l’Etat, ne sont pas sujets à spéculation.

© Chaix Morel

Le projet Reves’N’Rives à Nogent, signé Chaix & Morel

Pour rappel, le projet, dessiné par l’atelier d’architecture Chaix & Morel, prévoyait trois nouveaux bâtiments dont un de 18 étages, un programme de logements en accession (5900m²) et de logements sociaux (2900m²), avec des commerces en rez-de-chaussée et un pavillon accueillant un espace de loisirs pour enfant et une guinguette.  Au complet, le site de 37 000 m2 se déploie des deux côtés du pont de Nogent, côté Nogent et côté Champigny. La première emprise comprend le centre nautique, l’hôtel Nogentel, la marina ainsi que la centrale de traitement d’air de l’A86. L’emprise côté Champigny-sur-Marne correspond à une bretelle d’accès à l’autoroute A4, qui sera libérée par la création du nouvel échangeur entre les autoroutes A4 et A86, en immédiate proximité du parc du Tremblay, mais qui n’a pas a priori vocation à accueillir du logement.

A Joinville-le-Pont, Eiffage doit aussi réviser sa copie

En aval de Nogent, à Joinville-le-Pont, c’est le site Bi-Metal, actuellement utilisé par Eau de Paris et situé au niveau du canal de Saint-Maur, à gauche du pont en allant vers Maisons-Alfort, qui doit être métamorphosé par Eiffage Immobilier. Cet espace de 4500 m2 appartient en majeure partie à la ville de Paris (4000 m2) et pour le reste à l’Etat, via VNF (Voies navigables de France). Ici, c’est l’agence Lankry Architectes qui a tenu le crayon pour dessiner trois immeubles posés sur socle afin d’accueillir une résidence pour seniors Orpea, des logements, et, touche agronomique : un potager urbain sur le toit.  L’ensemble des bâtiments doit s’organiser autour d’une structure poteaux-poutres pour s’adapter au terrain. Initialement baptisé Manhattan sur Marne puis renommé Passerelles intergénérationnelles, le projet n’en a pas moins suscité des réactions épidermiques, notamment dans les villes voisines qui ont une vue directe sur ce coin des bords de Marne.

« Ce qui est intéressant dans le projet est le principe technique de conception sur pile car le terrain est en zone inondable, mais nous travaillons aujourd’hui sur un nouveau modèle de bâtiment moins haut et beaucoup plus acceptable« , explique Olivier Dosne, maire LR de la ville, qui avait initialement porté sa préférence sur le projet présenté par Altaréa Cogedim, disqualifié pour des raisons techniques. « J’ai soutenu Eiffage car ils se sont associés avec l’architecte Lankry qui a déjà réalisé une résidence pour seniors Orpea à Joinville », confie-t-il. L’élu indique aujourd’hui envisager le projet de manière plus globale en intégrant la question de la rénovation de la Cité Barbusse (qui doit être prise en charge par Logirep) située juste derrière le projet en remontant le coteau de Joinville, et la requalification de l’île de Saint-Pères en avançant sur le pont, dont les terrains appartiennent à l’Etat via VNF.  Le site pourrait éventuellement accueillir le siège social de VNF et des logements pour le personnel de l’établissement public, si les conditions techniques le permettent. Le maire voit également dans le projet intergénérationnel l’opportunité d’un centre aquatique partagé entre la résidence pour seniors et les enfants des écoles de la ville, alors que Joinville n’a pas de piscine. Pas question en revanche de grimper aussi haut que prévu. Si le maire peut mettre son veto sur les constructions, il n’a en revanche pas la main sur le terrain. La négociation sur la valorisation du foncier en fonction de la rentabilité attendue (et donc le niveau de densification du projet) reste essentiellement du ressort de la ville de Paris.

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