Initiative | Champigny-sur-Marne | 21/03/2018
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Un journaliste turc raconte son exil aux lycéens de Louise Michel à Champigny

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Lors de la tentative de putsch contre le président Recep Tayyip Erdoğan,  Beraat était à Rome. Dans les jours qui ont suivi, nombre de ses confrères journalistes étaient en prison. Lui n'a jamais remis les pieds au pays et son journal Meydan a été interdit par le régime. Ce mercredi 21 mars, dans le cadre de la semaine de la presse à l'école, il était au lycée Louise Michel de Champigny-sur-Marne pour témoigner.

 « 200  médias ont été fermés», raconte-t-il aux élèves. Sur cinq personnes de la rédaction pour laquelle il travaillait, deux sont aujourd’hui réfugiés en Allemagne, lui en France et les deux autres se cachent en Turquie. Accueilli par la Maison du journalisme, il a maintenant obtenu le statut de réfugié en France après 18 mois de démarches auprès de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides). La maison du journalisme est une association qui accueille à ce jour quatorze journalistes exilés de leurs pays pour des raisons politiques. Turcs, Syriens, Azerbaïdjanais…  Tous ont fui leur pays où la liberté de la presse est mise à mal. L’association leur fournit une chambre ainsi que des tickets restaurants. Elle organise également le projet « Renvoyé spécial » qui consiste à les faire témoigner dans les écoles.

Dans l’assemblée d’élèves de première venus l’écouter, l’attention est totale pendant ses cinquante minutes de présentation. «Est-ce que vous avez gardé des contacts avec votre famille en Turquie?», questionnent ensuite les élèves. «Où avez-vous appelé à parler français ? Comment le gouvernement utilise-t-il l’Islam dans sa politique ?»  Le parcours de ce journaliste est le point de départ d’une discussion sur la liberté d’expression et de la presse, et le journaliste livre aussi  sa vision de l’état politique en Turquie. Avant sa venue, les élèves de 1ère ES ont préparé, réfléchi aux questions.  «C’est une classe média que j’ai toute l’année une heure par semaine et avec laquelle on étudie la liberté de la presse dans le monde par exemple», explique Isabelle Gerard, professeure-documentaliste. Deux autre classes sont aussi présentes, la 1ère STL (science et technologie de laboratoire) dans le cadre de l’éducation morale et civique ainsi qu’une classe de terminale venue volontairement.

 «C’est injuste ce qui se passe. En Franc,e on a beaucoup de chance», réalise Ryme.  «Cela me parait très éloigné ce qui se passe, je n’arrive pas à réaliser que cela existe», confie-t-il.  «On voit à la télé ce genre d’histoire mais une personne qui nous parle directement, c’est plus concret», reconnaît Sarah.  «C’est important qu’il vienne dans le lycée pour nous parler, c’est mieux que les cours.  Il y a une vraie interactivité!». Cette rencontre marque la fin d’un projet mené sur l’année. Les élèves doivent désormais achever une exposition sur la presse dans le monde, en Irak, en Turquie, au Mexique… qui sera exposée dans le couloir commun.

 

 

«Les élèves ont posé de questions auxquelles je n’avais même pas pensé», témoigne pour sa part Beraat. C’est la troisième fois qu’il se retrouve face à ce type de public. «S’ils sont sensibilisés maintenant, ce seront eux les soutiens de demain!» motive-t-il. Pour lui, c’est une façon de lutter pour la liberté dans son pays : «Moi je suis libre, je ne suis pas en prison, ce que je peux faire c’est être leurs voix [des emprisonnées] et essayer d’expliquer ce qu’ils ont vécu.» Il y a quelques semaines,  25 journalistes turcs ont été condamnés à des peines allant de deux à sept ans et demi de réclusion, dénonçait début mars l’association Reporters sans frontières (RSF), regrettant « un procès de masse politique à l’égard des journalistes turcs d’opposition ».

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