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Politique | Fresnes | 07/11
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La Semaf Bamako de Bridey à Fresnes: juste cause et maladresses

La Semaf Bamako de Bridey à Fresnes: juste cause et maladresses © F8 Architecture
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Mélange des genres, conflit d'intérêt, récupération politique ou bien juste cause, beau projet ? Il y a des deux dans la Semaf Bamako du député ex-maire de Fresnes Jean-Jacques Bridey, créée pour construire un orphelinat au Mali.

L’histoire commence au milieu des années 2000. Mahye Kanouté, jeune fresnoise d’origine malienne part un été à Bamako avec deux amies, élèves infirmières comme elle, pour visiter des centres de santé. C’est à cette occasion qu’elle découvre l’orphelinat Falatow Jigiyaso de Dialakoroba (sud de Bamako) tenu par Fatoumata Goundourou, sa fondatrice, qui recueille des enfants depuis 1978. A l’époque, le site est en très mauvais état, insalubre. « Nous avions prévu d’aller en boite ce soir là mais nous étions tellement sous le choc que nous avons passé la soirée à discuter« , se souvient encore Mahye. De retour en France, l’étudiante décide d’apporter son soutien à l’orphelinat par l’intermédiaire de l’association 83ème avenue, créée en 2002 pour organiser des événements et animations pour les jeunes à Fresnes. « Nous avons commencé à vendre des gâteaux et sommes retournés régulièrement sur place pour apporter des vêtements, des médicaments. Chaque année, nous proposions ensuite une retransmission auprès des Fresnois, pour les tenir au courant. C’est comme cela que le maire a découvert le projet et a eu un coup de coeur. Jusque là, nous n’arrivions jamais à obtenir de subventions », relate la bénévole.

Un fait du prince mais pour la bonne cause

Dès lors, tout s’enchaîne, mais pas exactement comme l’aurait souhaité l’association, qui se sent dépossédée du projet. Début 2010, le député-maire Jean-Jacques Bridey (ex PS devenu LREM) crée sa propre association dédiée pour porter le projet, la Semaf Bamako, afin de pouvoir lever les fonds suffisants pour porter le projet. Le nom de l’association n’est pas choisi au hasard. La Semaf est aussi l’acronyme de la Société d’économie mixte d’aménagement fresnoise qui porte les projets de portage foncier et de zac de la ville, dont Jean-Jacques Bridey est aussi président. Et le secrétaire général de l’association, Branko Borikic est aussi le directeur général de la Semaf. L’objectif est en effet de s’appuyer sur la force de frappe de la Semaf pour financer  le projet. « Nous étions fiers que la Semaf participe à ce projet. Nous le faisions en partenariat avec l’association 83ème avenue qui ne trouvait pas les moyens financiers de porter le projet. Nous ne pouvions pas faire de fondation comme la Sadev car cela demande des moyens trop importants et c’est pourquoi nous avons créé une association qui pouvait faire des reçus fiscaux« , explique Branko Borikic. Du côté de l’association 83ème avenue, on est partagé, entre ceux qui sont franchement agacés par cette reprise en main, à l’instar d’Almamy Kanouté, fondateur et ancien président de l’association et grand frère de Mahye, qui indique avoir été « dégoûté » par la « récupération politique » du projet. Ce dernier, qui fut ensuite élu sur une liste sans étiquette de 2008 à 2014, indique même que ce dossier fut  une des raisons qui ont contribué à sa démission de la présidence de l’association. D’autres se disent que ce qui compte est que cet orphelinat soit reconstruit, que finalement, c’est une chance que cette histoire ait ému le maire. Principal regret partagé : une appropriation trop fermée du projet. « On a eu l’impression que nous n’avions plus notre place, que l’on ne nous prenait pas vraiment au sérieux », confie Mahye Kanouté, un peu lasse de ne recevoir d’un coup les subventions que lorsque l’on a besoin de l’association pour organiser telle manifestation célébrant la réussite du projet. « Ils ont été consultés, invités à des réunions », dément Jean-Jacques Bridey. Mais pas question de mélanger les genres. A l’association locale le soin de communiquer avec les habitants qui s’intéressent. A la Semaf Bamako le soin de traiter avec les généreux donateurs pour partie partenaires de la Semaf.  Chacun dans le cadre d’événements séparés.

Des entreprises mécènes qui n’aiment pas la publicité

Pour financer la reconstruction complète du centre, avec en plus des aménagements de pisciculture, la facture se chiffre en centaines de milliers d’euros. 477 000 euros sont offerts par la Semaf (150 000 €) et les entreprises mécènes, « dans le cadre de participations allant de 5 000 à 35 000 euros » précise le directeur de la Semaf et secrétaire de la Semaf Bamako. « Nous avons agi en parfaite transparence. La Semaf évoluant dans le milieu de la promotion urbaine, il était logique que je m’adresse à des promoteurs et des entreprises de construction, et non des pharmaciens ou des boulangers! » Ces entreprises étaient-elles en marché avec la ville? « Non, jamais », répond Branko Borikik.  Et en affaires avec la Semaf ? « Certaines oui, mais pas toutes », précise le directeur. « Ce-sont des enseignes d’envergure nationale qui sont sollicitées tous les jours pour financer des projets à gauche et à droite. Des projets de ce type ne se financent pas avec l’air du temps! », s’agace le directeur de la Semaf. Qui sont ces entreprises ? « Elles ne veulent pas être citées. »

Outre ces 477 000 euros de dons, l’association bénéficie aussi d’une partie importante de la réserve parlementaire de Jean-Jacques Bridey (99 000 euros sur trois ans). « Je ne vois pas où est le problème, c’était transparent. D’autres députés- maires ont utilisé leur réserve en faveur de leur propre commune!« , rétorque l’élu tout en reconnaissant que l’on puisse considérer cela comme « border line« . Aucun regret dans la méthode toutefois. « Et bien sûr que je le referai si c’était à refaire », poursuit le député.

L’utilisation de ces 576 000 euros, issus du mécénat et de la réserve parlementaire, le secrétaire général de la Semaf Bamako la détaille dans les grandes masses : 422 805 euros de travaux ;  68 550 euros de subventions aux associations à savoir l’Amscid, association malienne qui assure l’interface pour 53 000 euros, 83ème avenue, l’association fresnoise pour près de 10 000 €, et Falatow, l’association qui gère l’orphelinat, pour près de 5000 € ;  53 909 euros de frais de déplacements et missions ; 6714 euros de frais divers et 24 000 euros qui restent sur le compte en banque de l’association.

Quel avenir pour l’orphelinat ?

D’autres projets sont en effet dans les cartons pour utiliser cet argent, voire de nouvelles sources de financement, comme la création d’un lycée agricole pour former les jeunes ou la remise en état du projet de pisciculture qui a fait long feu faute d’une prise en charge suffisante sur place. Des initiatives qui restent pour l’instant en suspens. Dégoûté par ce qu’il qualifie de « suspicion malveillante« , Branko Borikik déclare qu’il n’a plus qu’une seule envie : celle de dissoudre l’association. Jean-Jacques Bridey, lui, évoque des difficultés de gouvernance locale, notamment l’âge avancé de la directrice de l’orphelinat et la nécessité de mettre sur place une équipe, dûment agréée par les pouvoirs publics, à même de faire vivre et entretenir les équipements plus complexes.  La situation devrait être réglée en fin d’année, indique le député qui confie avoir abordé le sujet récemment avec le ministre malien concerné. En attendant, l’orphelinat, qui accueille 37 enfants, bénéficie déjà de ses bâtiments neufs et est aidé, dans son fonctionnement, par d’autres associations émues à la vue des enfants recueillis, comme celle créée par l’ex rappeuse Diam’s.

Livré fin 2012, l’orphelinat neuf dessiné par l’agence F8, peut accueillir jusqu’à 50 enfants et a été conçu avec une sur-toiture, un recours intérieurs à la terre crue, un habillage d’épais gabions extérieurs (cages remplies de pierres) et une ventilation naturelle pour limiter au maximum la chaleur. L’équipement a été pensé pour être autosuffisant avec des panneaux photovoltaïques pour l’électricité et un pompage direct de l’eau dans une nappe située à 70 mètres de profondeur avec système filtrant intégré complété d’un bassin de pisciculture. C’est ce dispositif, complexe, qui n’est plus aujourd’hui opérationnel et nécessite une équipe impliquée sur place pour en assurer le fonctionnement lorsqu’il sera réhabilité.

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