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Grands projets | Grand Paris | 04/05
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Dans l’Est parisien, le croissant vert de l’autoroute oubliée va s’urbaniser

Urbaniser de manière concertée les 15 km de friche gelées par le projet avorté de rocade autoroutière, qui forment un croissant vert entre Champigny et Sucy, tel est l’enjeu du Contrat d’intérêt national (CIN) signé ce jeudi 3 mai avec un enthousiasme prudent par les collectivités et l’Etat. Un défi d’ampleur aux franges de la zone dense de l’agglomération parisienne.

A l’origine de la VDO…

Pour comprendre l’origine de cette vaste friche de 130 hectares, il faut remonter aux projets d’aménagement et de planification du territoire de 1960. A l’époque, le Padog (plan d’aménagement en vigueur) prévoit de créer deux nouvelles autoroutes périphériques en plus du boulevard parisien, l’A86 et l’ARISO (Auto-Route Interurbaine de Seine-et-Oise, rebaptisée un temps A87), entre les actuelles A86 et A104 (Francilienne). Si l’A86 finit par voir le jour, l’A87, trop proche de l’A86, ne sera réalisée que très partiellement, par petits tronçons, et abandonnée officiellement en 1985 au profit de la Francilienne. Entre temps cependant, des parcelles ont été réservées par l’Etat un peu partout autour de Paris, et de nombreuses parcelles restent en friche, comme c’est le cas du croissant vert qui traverse Champigny-sur-Marne, Villiers-sur-Marne, Chennevières-sur-Marne, Sucy-en-Brie et Ormesson-sur-Marne. Ce bout de rocade qui devait relier sur sa partie A4 et RN19 se vit baptisée Voie de desserte orientale (VDO).  Un espace de 130 hectares qui offre des espaces de respiration mais coupe aussi l’agglomération. Voir ci-dessous le projet de rocade dans son ensemble (source Routes.Wikia)

Objectif développement économique

Alors que l’Etat souhaite accélérer le développement métropolitain autour du projet de Grand Paris Express, la question de l’urbanisation de cette friche située entre l’A4 et la N19 (lesquelles devaient être reliées par ce morceau de rocade, baptisée VDO, voie de desserte orientale) se pose donc. La réflexion autour de cet espace commence à s’organiser dans le cadre du CDT (Contrat de développement territorial) des Boucles de la Marne que doivent contracter Bry, Villiers, Champigny et Chennevières pour accompagner en logements et projets urbains l’arrivée de la ligne 15 Sud du Grand Paris Express. Achevé fin 2014, le CDT fixe des objectifs quantitatifs en termes de logements mais aussi de développement économique. Il ambitionne ainsi la création de 10 000 emplois sur 15 ans dans ce secteur ex-Vdo, en construisant 157 000 m2 de bureaux, 65 000 m2 de commerces et 105 000 m2 d’activités de production.

Lire : Le CDT des Boucles de la Marne réssuscite la rocade fantôme

Ci-dessous le tracé de la VDO, de Champigny à Sucy.

CDT, CIN: des outils pour travailler ensemble…

En 2015, Manuel Valls, alors premier ministre, marque son empreinte sur le Grand Paris en dessinant une métropole multipolaire, ciblant un certain nombre de zones à développer à cadence accélérée. Pour obliger les élus locaux à urbaniser sans les révolter, un nouvel outil est créé à ce moment là: le CIN (Contrat d’intérêt national). C’est le pendant soft de l’OIN (Opération d’intérêt national). L’OIN permet en effet à l’Etat de préempter directement les terrains pour décider de leur aménagement tandis que le CIN invite à la contractualisation entre les collectivités et l’Etat. Le bâton et la carotte en quelque sorte. Mais l’un n’empêche pas l’autre et il peut y avoir une petite OIN à l’intérieur d’un périmètre faisant l’objet d’un CIN. Dans le Val-de-Marne, qui compte déjà l’OIN Orly Seine Amont, l’Eta prévoit deux autres OIN, l’une sur Campus Grand Parc à Villejuif (qui verra le jour) et une autre  sur les friches de la VDO, qui suscite la bronca. Au final, il n’y aura pas d’OIN sur cette friche mais simplement un CIN, lequel ne remet pas en cause le CDT (il n’est du reste pas exactement sur le même périmètre) mais est censé s’inscire en complémentarité.

Lire : Manuel Valls dessine son Grand Paris multipolaire

… mais qui ne résolvent pas la question du financement

Reste à financer ce nouveau morceau de ville. Maîtrise du foncier, desserte par des transports rapides, stratégie de développement économique et pas seulement d’accumulation de logements dont les habitants engorgeraient immédiatement les nouveaux transports dans une commutation vers l’ouest parisien, équipements publics pour accompagner l’arrivée d’entreprises et de résidents… Les enjeux du problème, les élus les ont bien en tête et ils les ont listé de manière pragmatique et récurrente ce jeudi 3 mai, avant d’apposer leur signature sur le contrat tendu par les préfets de la région et du Val-de-Marne, Michel Cadot et Laurent Prévost. Mis bout à bout, ce-sont des centaines de millions d’euros qui seront nécessaires pour développer proprement ce bout d’agglomération, à aller chercher projet par projet à coup de cofinancements, de négociations dans le cadre du prochain contrat de plan Etat Région, d’appels à projets divers, d’emprunts, de montages avec les promoteurs… Pour l’heure, l’Etat a participé en mettant à disposition sa partie du terrain (environ 60% de la surface) moyennant 14 millions d’euros au lieu de 40 millions d’euros comme les avaient évalués les domaines. « 14 millions d’euros alors que l’on nous avait parlé d’un euro symbolique, c’est un gros euro symbolique », a tout de même relevé un maire en aparté de la réunion. Un périmètre porté désormais par l’Epa Marne, qui était déjà en charge de la portion de Villiers-sur-Marne correspondant au projet Marne Europe. L’Etat a également financé des études et l’organisation du copilotage entre les villes à hauteur de 700 000 euros.

Transports : interconnexion 15 Sud – E et prolongement sud d’Altival

« La desserte des quartiers est une priorité et toute urbanisation sans infrastructure de transports sera limitée« , martèle Laurent Cathala, président du territoire Grand Paris Sud Est Avenir. En jeu notamment: le prolongement au sud d’Altival, une route avec un couloir de bus dédié pour l’instant bloquée à sa seule portion au nord de la RD4. Des études doivent être relancées par Ile de France Mobilité (IDFM) pour envisager le bien-fondé de pousser plus loin mais leurs conclusions sont conditionnées à la visibilité sur le développement du site, condition sine qua non pour faire des projections de trafic. « C’est le seul projet d’infrastructure globale du CIN. S’il s’avère que cet investissement n’est pas justifié par IDFM, c’est tout le CIN qu’il faudra réviser », a pointé Marie-Carole Ciuntu, maire de Sucy. Il y a aussi la question de l’interconnexion entre la ligne 15 Sud et la ligne de RER E, dont le maire de Villiers-sur-Marne, Jacques-Alain Bénisti, a rappelé l’importance.

Un cadre abordable et agréable pour les PME/PMI

Tour à tour, les élus ont rappelé l’importance du développement économique pour contribuer au rééquilibrage de l’emploi avec l’Ouest parisien et éviter le « résidentialisme ». Et les maires de Champigny et Villiers d’insister sur la nécessité de maintenir l’objectif du CDT des boucles de la Marne d’un développement immobilier à 75% économique.  Pas question pour autant d’avoir la folie des grandeurs. « Attention à éviter une juxtaposition de projets sans cohérence qui aboutirait à une sur-offre sans preneurs« , a mis en garde Christian Favier, le président du département. Dans ce contexte, Champigny et Chennevières ont fait travailler le cabinet Algoé pour évaluer le potentiel raisonnable. « Nous avons demandé une évaluation qui tienne compte non seulement de notre site mais aussi de ce qui existe autour, et il en ressort un potentiel très intéressant pour les PME/PMI », indique Christian Fautré, le maire de Champigny. Un constat largement partagé par le président de la Chambre de commerce et d’industrie, Gérard Delmas, interrogé à l’issue de la réunion. « Il y a beaucoup de petites entreprises industrielles ou d’ateliers qui ont du mal à s’agrandir dans le Val-de-Marne et son parfois obligées de partir plus loin. Ce développement va donc constituer une excellente opportunité à condition que les prix du foncier ne s’envolent pas« , estime le patron de la CCI 94, qui insiste également sur la nécessité de communiquer autour de ce site resté pour l’instant totalement absent de la carte. « Il va falloir construire une histoire et montrer son potentiel, notamment en termes de compétences à proximité, et de cadre de vie. Cela va prendre du temps mais dix ans, c’est le calendrier du Grand Paris! », enjoint le chef d’entreprise.

Lire : Industrie cherche milliers de M2 en Ile-de-France

Les grands comptes attendus à côté de la gare de Bry-Villiers-Champigny

Un morceau de la VDO devrait toutefois attirer les grandes entreprises, celui qui correspond au projet de Marne Europe au pied de la future gare 15 Sud – E de Bry-Villiers-Champigny. Sur ce belvédère qui jouxte le site d’Ikéa, un projet porté par la Compagnie de Phalsbourg a été retenu sur 11 hectares dans le cadre de l’appel à projets Inventons la métropole, prévoyant immeubles de bureaux, centre de congrès, hôtels, logements… Un périmètre potentiellement extensible à 17 hectares. « Nous prévoyons des bâtiments à énergie positive et à bas carbone qui produiront autant d’oxygène que le bois de Vincennes! Avec des loyers 30 à 35% moins cher que dans l’Ouest, des charges plus faibles en raison de la construction écologique, et la possibilité de parcours résidentiels pour les employés », développe Jacques-Alain Bénisti, le maire de Villiers, qui entend faire de son quartier un laboratoire au coeur du cluster de la ville durable. Lors de la réunion précédant la signature, l’élu a lancé l’offensive en invitant l’Etat, actionnaire d’un certain nombre de grandes entreprises, à les inciter à venir s’installer aussi dans ce coin de l’Est parisien, regrettant notamment l’implantation de Véolia à Aubervilliers alors que Marne Europe se trouve à deux pas de l’institut de recherche pour la transition énergétique en ville,  Efficacity. « A la place, nous allons avoir des concurrents étrangers de Véolia« , note l’élu.

A lire : La Compagnie de Phalsbourg gagne Marne Europe à Villiers-sur-Marne

Pas de nouveaux habitants sans équipements

Pour prolonger la ville, il s’agit aussi de construire du logement et des équipements, mais sans appuyer sur l’accélérateur. « Nous devons recoudre ce territoire pénalisé par la VDO pour lui redonner de la cohérence par des aménagements complémentaires, dans un esprit de ville et non d’aménagement exceptionnel », a insisté Jacques JP Martin, président du territoire Paris Est Marne et Bois.  Pas de nouveaux logements sans transports ni équipements publics et les coûteux investissements qui vont avec, même mutualisés. Là-dessus, tout le monde est à l’unisson. Maire d’Ormesson depuis 2014, Marie-Christine Ségui est revenue sur la difficulté d’atteindre à marche forcée son objectif de 25% de logements sociaux alors qu’elle part de seulement 2% (le record le plus faible du département) tout en remettant à niveau des équipements publics dans un « état déplorable ». « Nous avons signé un contrat de mixité sociale qui nous engage sur trois périodes triennales mais l’on se heurte à beaucoup de problématiques et je me demande comment y arriver avec les moyens de notre petite commune de 10 000 habitants« , a plaidé l’élue. Sa commune est la seule des villes carencées en logement social où l’Etat ait directement préempté des terrains de la VDO pour construire des logements. « Les communes les plus petites ne peuvent pas augmenter leur population spontanément de 20% à 30% », a défendu à son sujet Laurent Cathala.

« Nous ne sommes plus à l’époque de la Datar. Il ne s’agit pas d’un contrat de plan mais de capacité à bâtir une stratégie commune », a rassuré le préfet Cadot, indiquant avoir bien écouté les messages des élus et signé le contrat dans cet esprit

Un contrat signé en plein brouillard institutionnel

Parmi les collectivités signataires du CIN, département et territoire ont aussi relevé l’incertitude qui plane aujourd’hui sur leur existence. « Attention à ce que notre signature ne soit pas au service d’un jeu de rôle », a ainsi pointé Jacques JP Martin, alors que les territoires n’auront plus de fiscalité propre d’ici 2020, plaidant pour l’application du « droit commun » des établissements intercommunaux aux territoires. « Les menaces qui pèsent aujourd’hui sur les départements sont  autant d’incertitudes quant à la concrétisation des engagements pris aujourd’hui », a également commenté Christian Favier dans un communiqué faisant suite à la signature, tout en se félicitant de cette nouvelle dynamique urbaine et économique vers l’Est francilien, qui pourrait « créer 10 000 emplois en 10 ans et 17 000 en 15 ans. »

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