Urbanisme | Gentilly | 25/04/2018
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Comment l’îlot vert de Gentilly lutte contre le béton

Comment l’îlot vert de Gentilly lutte contre le béton
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C'est un petit jardin qui sent bon le métropolitain... et les habitants entendent bien qu'il en soit ainsi longtemps. A Gentilly, le pâté de maisons situé entre la rue de la Paix et la rue de Reims est pourtant merveilleusement situé au pied du RER B et fait l'objet de toutes les convoitises. 

Depuis une soixantaine d’années pourtant, la ville a pris soin d’éviter la surenchère de constructions en rachetant progressivement chaque parcelle et possède désormais la presque totalité de cet ensemble de plus de 5000 m2 composé à 80% d’espaces verts. Mais fin 2016, les riverains, coutumiers de cet îlot vert, on vu rouge lorsqu’ils ont découvert que ce morceau en jachère avait été inclus dans un périmètre commun avec le morceau de la rue Blanqui reliant les deux entrées du RER, afin de concourir à la première édition d’Inventons la métropole. Une union des parcelles susceptible de donner envie aux promoteurs de s’intéresser à cette rue Blanqui, voire d’en couvrir les rails du RER B qui constituent une coupure urbaine.

Ce concours de promoteurs, investisseurs et architectes, imaginé par la Métropole du Grand Paris tout juste naissante, en partenariat avec la Société du Grand Paris (maître d’ouvrage du Grand Paris Express) et la préfecture de région, visait à donner une visibilité urbaine au Grand Paris à travers des projets emblématiques. Une soixantaine de sites étaient présentés dont 15 en Val-de-Marne, qui ont donné lieu à des propositions parfois très originales comme le rocher de verre Ecotone à Arcueil ou les immeubles végétaux de Charenton-le-Pont et du Kremlin-Bicêtre. Certains projets, comme les tours en bord de Marne à Nogent ou à Joinville, ont en revanche suscité l’aversion immédiate des habitants et rapidement priés de revoir leur copie en modèle réduit. A Gentilly, les riverains n’ont pas attendu la présentation officielle des lauréats en octobre 2017, date à laquelle les projets étaient enfin présentés au public, pour réagir et exiger de la concertation.

Immédiatement, un collectif Coeur de plateau se met en place, qui fédère le conseil de quartier du plateau et des associations comme Mieux vivre sur le plateau, les enfants d’Aphonse, le Secours populaire de Gentilly, l’Amap locale et l’association gentil’îlot vert (Agiv). Objectif: demander des comptes à la ville sur cette participation au concours d’aménagement urbain. Au-delà des réunions, l’Agiv lance une pétition, se fédère avec d’autres associations de défense des riverains d’autres communes de banlieue, organise des actions d’information. « Nous avons obtenu 1600 signatures en 3 semaines! » se souvient Bertrand Ducos, président de l’Agiv. Voir la pétition

 

 

Alors que les modalités du concours Inventons la métropole imposent que la réelle concertation citoyenne autour des projets ne commence qu’après la désignation du lauréat, la ville décide finalement de jeter l’éponge, pour retrouver sa marge de manoeuvre. « Notre site était l’un des plus attractifs et une trentaine d’opérateurs se sont montrés intéressés. C’était un bel appel à projet et je ne le remets pas en question mais cette démarche métropolitaine ne permettait pas de mettre en place la démocratie participative telle que nous la pratiquons habituellement« , explique Patricia Tordjman, maire PCF de Gentilly.

De son côté, l’association du gentil îlot vert a décidé de continuer à s’investir sur ce terrain en déposant un dossier dans le cadre d’un appel à projets citoyens du ministère de la Transition écologique, sur une partie de l’îlot, au niveau du 18 rue de la Paix. Sont précisément concernées les parcelles 45 et 49, qui jouxtent un parc déjà ouvert au public par la commune. « Nous souhaitions passer de la réaction à la proposition, en travaillant sur la préservation de la biodiversité », motive Bertrand Ducos qui entend bien pérenniser ainsi l’îlot et découpler son avenir de la rue Blanqui et des projets de couverture du RER. Situées en coeur d’îlot, les deux parcelles en friche sur lesquelles l’Agiv a jeté son dévolu relient les rues de Reims et de la Paix et l’une d’elles comprend une maison abandonnée que l’association propose de supprimer. L’Agiv souhaite transformer ce site de 600 m2 en observatoire de la biodiversité ordinaire. Objectif :  sensibiliser les habitants à l’environnement en lui permettant de comprendre l’écosystème à différentes échelles. « Des activités de sciences participatives d’identification et quantification, rapprocheront les différents publics et aborderont le rôle des constituants de l’observatoire (sol, flore, faune) au travers des cycles et des interactions qui les relient. Les observations et analyses régulières dégageront des indicateurs de l’évolution écologique de l’îlot vert au fil des saisons« , promeut l’association. La bonne surprise, tombée début avril, est que le projet a été pré-sélectionné, et se trouve désormais dans la dernière ligne droite, celle du vote des internautes. Pour l’instant, 275 personnes ont voté pour le projet du Gentil îlot vert.

Pour découvrir le projet et donner son avis, voir sa page sur le site du ministère.

Reste à avoir l’accord de la commune, qui travaille elle de manière globale au réaménagement du quartier. « Le site a été occupé historiquement par des activités industrielles et le sous-sol est pollué, il y a donc des aménagements à opérer pour en faire un véritable espace de nature », pointe Patricia Tordjman, tout en rappelant que c’est la commune qui a constitué cette réserve foncière pour pouvoir en partie l’aménager en espaces verts. « Je soutiens ce combat de l’association mais dois aussi penser à ce dont la ville a besoin pour se développer et je suis favorable à une démarche participative. Ce-sont les Gentilléens qui ont payé pour cette réserve foncière et il faut qu’ils puissent s’exprimer sur ce choix. Il faut aussi réfléchir aux aménagements urbains que nous réaliserons car les espaces verts ne rempliront pas la totalité de l’îlot. Il y a aussi un collectif qui travaille sur la couverture du RER B », poursuit la maire de la ville, qui évoque des équipements en direction des associations. Concrètement, la commune espère achever le cahier des charges d’ici la rentrée, pour développer « un programme mesuré pour conserver les sites dédiés à la nature en ville ».  Mais l’édile rappelle aussi la question financière. « Il nous faut  des moyens pour réaliser ce site. Or, on ne nous ménage pas avec la baisse des dotations. »

 

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