Manifestation | Champigny-sur-Marne | 03/10/2018
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Au-delà de l’interopérabilité, inquiétudes sur la ligne 15 Est

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Malgré la fine pluie persistante et la nuit tombante, des élus de tous bords politiques et de toute strate territoriale de l'Est parisien et plus de 250 habitants remontés comme des coucous ont manifesté leur colère à la perspective d'une remise en question de l’interopérabilité entre la ligne 15 Est et 15 Sud du Grand Paris Express à Champigny-sur-Marne, et au-delà, de la ligne 15 Est elle-même. Ils ont décidé d'aller voir ensemble le patron de la SGP, Thierry Dallard.

Christian Fautré, maire PCF de Champigny, arborait le badge fabriqué quelques années plus tôt pour réclamer le Grand Paris Express. « La bataille du métro, c’est une vieille histoire« , a-t-il ainsi rappelé. Depuis les premières ébauches de réflexion, chaque étape a fait l’objet de réjouissances, de remises en question et de mobilisations. Le fait nouveau, avec la remise en question de l’interopérabilité qui doit permettre de rester dans la rame lorsque l’on passe de la 15 Est (Champigny – Saint-Denis) à la 15 Sud (Issy-Noisy en passant par Champigny) et ainsi de faire le tour de Paris sans rupture de charge, est sa remise en question alors que les travaux de l’ouvrage d’entonnement permettant cette boucle ont déjà été largement engagés et financés.

Rappel du contexte. En janvier, le rapport de la Cour des comptes qui a analysé par le menu les dérapages financiers passés et à prévoir sur le projet Grand Paris Express, a objectivé les difficultés financières et techniques de ce chantier du siècle. En cause : des sous-évaluations initiales, des complications techniques, l’attribution de marchés de manière insuffisamment rigoureuse en raison notamment d’un manque de personnel de la SGP (Société du Grand Paris, le maître d’ouvrage du métro Grand Paris Express)…  S’en est suivi un recadrage gouvernemental. Fin février, premier ministre et ministre des Transports ont arbitré, annonçant un nouveau calendrier, la recherche de financement complémentaire et un objectif de 10% d’économie sur l’ensemble du projet, soit plus de 3 milliards… Depuis, le député LR Gilles Carrez s’est collé à la recherche de financements, qui a rendu son rapport début septembre. Le calendrier, lui, a continué à bouger, avec l’annonce d’une mise en service de la ligne 15 Sud, non plus en 2022 ni 2024 mais désormais en 2025. Concernant les 10% d’économie, le sujet n’a pas été posé sur la table avec un rapport public à la clef mais la réflexion ne s’en est pas moins poursuivie. Dès le printemps, la question de l’interopérabilité 15 Est – 15 Sud, mentionnée dans le rapport de la Cour des comptes comme ayant contribué à un surcoût de 198 millions d’euros, est évoquée informellement en Conseil d’administration d’Ile-de-France Mobilité (l’autorité des transports de la région, qui gérera l’exploitation du Grand Paris Express lorsqu’il sera construit). Immédiatement, les élus s’inquiètent et écrivent au Premier ministre, lui rappelant que la construction de l’ouvrage d’entonnement permettant cette interopérabilité est en cours et a déjà fait l’objet de 25 millions € d’acquisition foncière et d’un marché de 170 millions  €. En juin, l’association Orbival, qui rassemble les élus de tous bords du Val-de-Marne autour du projet de métro, reçoit le nouveau président de la SGP, Thierry Dallard, lequel tente de tempérer. Mais fin septembre, à l’occasion de sa conférence de presse de rentrée, le même confirme que la question est bien posée.  « Nous avons plusieurs exemples de fourches dans le système de transport métropolitain et l’on sait que ça n’est pas très fonctionnel. Un entonnement risque de fragiliser le système d’exploitation. Il faut regarder ce dossier sans passion pour pouvoir faire une analyse comparative et partager la décision avec d’autres acteurs comme Île-de-France mobilités. Ce n’est pas une décision que que nous prendrons un soir à la sauvette au mois d’août que les gens découvriront en rentrant de leurs vacances »,  pose ainsi le patron de la SGP. De quoi semer définitivement la panique.

Un sentiment de « mépris »

En ville, les riverains ont senti dès l’été qu’il se passait quelque chose. « On a bien remarqué que le chantier tournait au ralenti », lâche l’une des habitantes en colère lors du rassemblement de ce mardi. Un genre de supplice chinois pour les Campinois qui cohabitent avec pas moins de neuf chantiers concomitants et ne rêvent que de leur achèvement.  « Les riverains qui subissent les nuisances depuis trois ans ne peuvent pas être traités avec autant de mépris et de désinvolture, sans parler des commerçants qui ont été expropriés et ceux qui voient leur chiffre d’affaires s’effondrer », tonne Christian Favier, président PCF du département. « Lors d’une réunion sur le chantier, la Société du Grand Paris nous a démontré que l’interopérabilité était absolument nécessaire pour le bon fonctionnement du métro! », s’étonne pour sa part une autre habitante. Sous les parapluies, les visages sont déterminés. Les élus sont interpellés. Les gens ont besoin de savoir à qui s’en prendre pour exprimer leur colère, et ils demandent ce qu’ils peuvent faire, à leur échelle. L’idée d’aller demander audience ensemble, élus et habitants, au président de la SGP, fait rapidement son chemin. C’est décidé, un rendez-vous sera demandé, avec rassemblement à la clef. Germe aussi la création d’une association des « Pigeons de l’entonnement ».  Au-delà des riverains, des représentants associatifs ont aussi fait le déplacement, de l’Association des usagers des transports au collectif pour le prolongement de la ligne 1. Du côté des élus, représentants des territoires, de la région, et parlementaires de tous bords, du PCF à LR en passant par LREM avec la présence du député Guillaume Gouffier-Cha -qui a écrit à Thierry Dallard- affichent tous leur unisson. Sur la question du métro, l’union sacrée ne faiblit jamais. « Il n’y a pas de métro de gauche ni de droite », rappelle toujours Jacques JP Martin, le patron LR du territoire qui s’est fait représenter. Conseiller régional et chef de file de l’opposition LR à Champigny, Laurent Jeanne affiche la même détermination. Côté sénateurs, Pascal Salvodelli a fait le déplacement tandis que Laurence Cohen a déposé une question écrite au gouvernement à propos de l’interopérabilité mais aussi des prolongements des lignes 1 et T1 jusqu’à Val-de-Fontenay.

 

 

Vives inquiétudes sur la ligne 15 Est

Au-delà de la ville de Champigny, du territoire Paris Est Marne et Bois, et du département du Val-de-Marne, des élus de Seine-Saint-Denis sont aussi venus partager la pluie du soir, à l’instar de Gérard Cosme, président du territoire Est Ensemble, qui s’inquiète d’une remise en question de la ligne 15 Est, déjà reportée à des dates de plus en plus lointaines, au-delà de 2030. Et il n’est pas le seul. Christian Fautré fait le calcul : 10% des plus de 30 milliards d’euros du Grand Paris Express, cela fait au moins 3 milliards, ce qui correspond au budget de la 15 Est… Même lecture pour Christian Favier, qui répond, après s’être demandé comment il est possible de mettre trois ans pour réaliser que la technique n’est pas la meilleure, surtout après avoir engagé les travaux : « La vraie raison inavouable est à chercher ailleurs. Sous prétexte d’économies, le vrai danger, c’est la remise en cause de la future ligne 15 Est qui est posée. »

 

 

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