En images | Fontenay-sous-Bois | 12/03
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Marche exploratoire: quelle place pour les femmes aux Larris?

« Y a que des mecs! Quand je passe devant, ça me hérisse! » commente Nadine devant les mâles visages qui décorent les murs de la galerie marchande des Larris, une cité de Fontenay-sous-Bois.

Avant même de passer devant, cette habitante du quartier, qui participe ce samedi matin à la marche exploratoire pour la tranquillité et la liberté des femmes dans les espaces publics, a évoqué ces fresques lors de la rencontre préparatoire autour d’un café. Sa réaction illustre le difficile compromis à trouver dans l’espace public car le street-art qui s’exprime ici constitue aussi une expression culturelle. Comment concilier cette forme d’art et un cadre de vie qui mette à l’aise tout le monde ? Pas si simple.

Un peu plus loin toutefois, l’association Home a apposé des affiches représentant Simone Veil, qui fit voter la légalisation de l’avortement lorsqu’elle était ministre, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, pour dire « Merci ».

Située au cœur des Larris, la galerie marchande peine de toutes façons à afficher un air riant, avec la moitié de ses commerces aux rideaux fermés. Seule la supérette Diagonal stimule les allées et venues. « C’est bien pratique cette supérette et j’ai des réductions avec ma carte Diagonal« , pose Nadine, préoccupée par la suppression à venir de cette galerie périclitante. Comme dans pas mal de cités, cet ensemble de petits commerces de proximité n’a pas résisté à l’émergence des gros centres commerciaux tout proches, en l’occurrence le centre Auchan de Val-de-Fontenay. Et le second programme de renouvellement urbain (PNRU) du quartier prévoit de le remplacer par des commerces en pied d’immeuble dans le même périmètre.

En ce samedi matin, alors que la pluie a cessé, la dalle vide qui entoure le café fermé fait pourtant regretter l’existence d’une terrasse où l’on aurait pu se poser quelques minutes. Mais au moment où l’on se fait cette réflexion, un jeune homme sort d’un passage un peu sombre pour nous interpeller : « Vous faites quoi là ? Vous faites quoi? Vous n’êtes pas du quartier! », harangue-t-il d’une voix impérieuse. « Si je ne veux pas que vous soyez là, vous n’êtes pas là, compris ? », reprend-il alors que le groupe a déjà passé son chemin, avant de repartir en planque. Pas de quoi émouvoir les habitantes. « C’est parce nous sommes en groupe mais nous ne sommes jamais ennuyées lorsque l’on va faire ses courses », note une marcheuse.

« Il ne nous aurait pas interpellé de cette manière si nous avions été un groupe d’hommes », réagit la sociologue Dominique Poggi. C’est elle qui a formalisé le principe des marches exploratoires de femmes avec son association A places égales. Leur objectif : noter tous les éléments qui font que l’on se sent bien, que l’on a sa place, que l’on a envie de circuler, de s’attarder. Eclairage, signalétique, propreté, décors, plantes, mobilier urbain, praticité du parcours… tout est passé au crible à l’occasion de plusieurs marches au sein d’un même périmètre, dans des conditions différentes. Ce samedi matin,  il s’agit de la troisième et dernière marche aux Larris, après une effectuée en semaine et une de nuit. Aux côtés de la sociologue, deux professionnelles de la ville, l’une au service urbanisme, l’autre à la mission égalité hommes-femmes, font également le parcours. « Le lien entre les habitants et les collectivités est très important, cela permet de croiser les savoirs et les analyses », insiste la sociologue.

Sur le carnet de la marcheuse, tout est noté, documenté, photographié. Ici, on relève les ordures posées systématiquement à côté et non dans les container dont le calibre ne correspond pas à la taille des sacs poubelle remplis à bloc, quand ce n’est pas carrément des sacs de gravas complets abandonnés à proximité ou pas des containers.

Là, on note une erreur de signalétique comme ce plan stylisé du quartier pour se repérer en un clin d’oeil, positionné dans le mauvais sens et faussant le chemin au lieu de l’indiquer. En dessous, le QR code renvoie vers une page Erreur 404.

Devant le chemin piétonnier qui traverse la dalle des Larris, la mention « passage piétonnier public » n’est plus visible car les couleurs sont passées et on ne voit plus que la mention propriété privée qui dissuade de s’y engager. Certains problèmes seront vite réglés, d’autres nécessitent une action de fond. Se promener permet de voir ce qui ne va pas mais aussi ce qui plait, comme ce coin réservé à l’association Abeille Machine, face à l’école Langevin, tout égayé de fresques peintes par les enfants. L’association contribue à la nature en ville avec des ruches au-dessus de certains toits.

Les marcheuses sont aussi forces de proposition. Ici par exemple, un chemin qui sert de raccourci a été tracé de manière spontanée par les habitants au milieu des pelouses qui entourent les immeubles. Suggestion : en faire un vrai chemin avec des graviers pour le rendre moins glissant et boueux.

Devant le collège Jean Macé, une mini pinède donne envie de s’attarder. « On pourrait y mettre des bancs?« , suggère une habitante. Une autres acquiesce tout en s’inquiétant de possibles rassemblements autour des bancs.

Sur la dalle principale, déjà agrémentée de larges jardinières dans des ronds de béton coloré, Annie propose des aménagements pour les petits, une marelle peinte au sol par exemple. Le groupe reprend aussi la proposition d’une autre habitante d’une précédente marche de peindre un cheminement avec des pas de couleurs différentes en fonction des directions.

En contrebas, certaines ont proposé un jardin partagé devant les bouches d’aération du parking souterrain. « Bof, pas terrible les légumes devant les pots d’échappement. Et puis c’est joli tel quel ce petit morceau de forêt! », estime une autre riveraine. Les propositions fusent pour animer la dalle que tout le monde s’accorde déjà à trouver propre.

« Je ne pensais pas que j’aurais trouvé tant de choses à dire », pointe Nadine, de retour à l’espace intergénérationnel de la rue Jean Macé, en fin de matinée. « C’est très enrichissant mais ce qui est dommage est que l’on reste entre soi. Nous sommes toutes des militantes. J’aimerais que davantage d’habitantes du quartier sortent« , regrette Annie. De fait, Annie, retraitée, est active au sein de l’association Femmes solidaires. Nadine, également retraitée, s’est pour sa part engagée au sein de l’association Larris au coeur. Une troisième marcheuse du quartier est venue en tant qu’étudiante en urbanisme, avec un regard professionnel, et la dernière, Nazec, travaille à Larris au coeur et est par ailleurs impliquée au sein du Conseil citoyen. « Il y a beaucoup d’autocensure de la part des femmes. Elles sont sous l’emprise de leur domicile. Et pour les femmes migrantes, c’est encore plus compliqué car elles ont également une dépendance pour les papiers », constate cette dernière. Ce samedi, le temps n’a rien arrangé avec la pluie battante et 5-6 femmes qui s’étaient inscrites se sont désistées au dernier moment.

« Les marches exploratoires font partie d’un processus qui s’inscrit dans la durée », rappelle la sociologue, Dominique Poggi. Avant la marche, il y a eu beaucoup de sensibilisation au sein des associations, rappelle Clémentine Bretagnolle, chargée de mission Droit des femmes à la mairie. Quand bien même elles ne sont pas venues cette fois-ci, le message a commencé à passer. Et puis, il y a eu d’autres étapes avant la marche, d’analyse, de cartographie, auxquelles d’autres femmes ont participé. Du côté des militantes, pas question en effet de se résigner. « Nous allons continuer à mobiliser, organiser des pique-niques en bas des immeubles« , enjoint Nazec. Prochaine étape concernant la marche exploratoire : la marche des restitution, avec les élus.

 

 

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