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Politique locale | Val de Marne | 17/01
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Mouvement radical uni: la belle idée compliquée sur le terrain

Mouvement radical uni: la belle idée compliquée sur le terrain © Mouvement radical

Ce samedi 9 décembre 2017, pendant que des motards venus de toute la France descendaient les Champs Elysées pour rendre hommage à Johnny Hallyday, le plus vieux parti de France redevenait le plus jeune. Fondé en 1901, le parti radical qui avait vu sa composante gauche fonder son propre mouvement en 1972, actait sa réunification par un Congrès fondateur pour créer le Mouvement radical, « social-libéral ». 

Sur le fond, les adhérents du Parti radical valoisien et du Parti radical de gauche partagent des valeurs communes : la laïcité, l’humanisme, l’Europe, les libertés… Un certain nombre de leurs membres se retrouvent dans les mêmes loges. Et sur les grands sujets de société, ils peuvent s’accorder. Sur le terrain, l’affaire est plus délicate. Le parti, puissant électoralement au temps de la IIIe et de la IVe République, a largement perdu de sa surface populaire, et ses composantes de gauche comme de droite ont du négocier leur participation d’un côté ou de l’autre lors de chaque scrutin. Certes, l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, grâce à son mouvement qui dépasse les clivages, a chamboulé les cartes. Et cela a constitué l’élément déclencheur de cette nouvelle union. Mais localement, les élus du Parti radical valoisien et ceux du Parti radical de gauche ne siègent pas dans les mêmes groupes des conseils municipaux. De même, les  fédérations départementales n’ont pas les mêmes alliés naturels. La situation dans le Val-de-Marne illustre la complexité de l’équation.

Jean-Luc Cadeddu claque la porte, « la mort dans l’âme »

Dès l’annonce de la réunification, le président du Parti radical valoisien du Val-de-Marne, Jean-Luc Cadeddu, a ainsi clairement choisi son camp : celui de l’UDI. « A l’échelon national, tout le monde se congratule, mais sur le terrain, ce n’est pas comme au national, confie-t-il. Nous avons été frères ennemis aux dernières échéances électorales et maintenant nous sommes frères tout court? Je m’entends très bien avec Charles Knopfer (ndlr, le président du PRG 94) mais je ne vois pas mes collègues du PRG des villes de gauche venir s’asseoir à côté de moi. J’ai renouvelé mon adhésion à l’UDI dont je suis secrétaire national, je quitte donc le Parti radical, mais la mort dans l’âme, car j’en étais membre depuis 1988 et ai été élu sous cette étiquette à Maisons-Alfort dès 1995 (ndlr, il y est maire-adjoint).  Je crains que l’on se saborde », exprime encore l’ancien patron départemental de la composante droite du mouvement radical.

Eric Malmaison à la relève

En quittant l’animation locale du mouvement, l’élu en a confié les clefs à Eric Malmaison, également membre de la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel et ancien élu du Kremlin-Bicêtre, en attendant que le mouvement se fédère de manière commune dans le département, dans le courant de l’année. Ce dernier envisage l’avenir commun avec plus enthousiasme. « A titre personnel, j’étais un positif dubitatif à cette idée. J’ai conscience du chemin caillouteux et du risque de voir des déçus s’en aller, mais nous sommes plusieurs à être très motivés.  Nous pouvons nous appuyer sur des valeurs communes de la République, de l’humanisme, de la laïcité. J’ai été président du comité laïcité république Ile-de-France et compte en faire le fil rouge de ce qui pourrait nous ressouder« , envisage le militant.

Charles Knopfer prêt à jouer le jeu

A gauche, Charles Knopfer, président de l’ex PRG 94 depuis une vingtaine d’années, admet qu’au sein du parti, « on n’explose pas de joie« , mais est prêt à jouer le jeu, et ne fait pas partie des frondeurs qui sont partis dès le lendemain du Congrès fondateur du mouvement pour créer les « Radicaux de gauche ». « C’est fait et il faut faire avec. Nous avons un an pour finaliser tout cela« , pose l’élu qui attend de rencontrer le PR 94 dès qu’un nouvel interlocuteur y sera formellement identifié. Pour le patron local du PRG, la ligne rouge est celle de l’UDI, « incompatible », dont le PR était l’un des membres fondateurs.  Sur ce point, les choses ont été clarifiées au plan national puisque le PR a repris son indépendance et que les membres qui souhaitaient rester à l’UDI ont quitté le PR comme Jean-Luc Cadeddu, mais aussi Yves Jégo.

Roger-Gérard Schwartzenberg veut faire pencher à gauche

Ancien ministre et ancien député du Val-de-Marne, Roger-Gérard Schwartzenberg, lui, ne cache pas son objectif de « faire revenir les radicaux vers le centre-gauche« , tout en précisant qu’il s’agit de sa position personnelle. « Je ne considère pas les Valoisiens comme des gens de droite mais comme des centristes », insiste l’ancien élu qui rêve d’une nouvelle gauche plurielle fédérative élargie au PS, aux écologistes et aux différents clubs de pensée de gauche comme par exemple la fondation Jean Jaurès, « à l’image de la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste) qu’avait créé Mitterrand en 1965. »  « Il y a un vide à gauche actuellement, entre Mélenchon et Macron, et il faut recréer une force qui corresponde à cet espace politique », plaide l’élu.

Sur le terrain municipal, il faut choisir son camp

Au-delà de ces considérations, reste ensuite à faire vivre ce nouvel esprit de concorde sur le terrain, pas seulement en échangeant ses points de vue poliment entre-soi, mais en étant capable d’en faire un nouveau levier pour les alliances de demain. Un défi qui est loin d’être gagné, en tout cas avec les partenaires traditionnels de gauche et de droite. « Jusqu’aux élections européennes, nous pourrons nous accorder. Sur le plan tactique des municipales, cela ne sera pas facile », en a conscience Charles Knopfer.  « J’ai eu des coups de fils d’élus de majorités municipales qui sont gênés« , indique également Eric Malmaison pour l’ex PR.

« Dans les villes de gauche, il y a une inquiétude sur l’étiquette centriste du mouvement« , pointe encore Maurice Tzinmann, maire adjoint PRG à Vitry-sur-Seine. « Je soutiens qu’il n’est pas péjoratif, même à Vitry-sur-Seine, d’appartenir à une force centriste avec plusieurs composantes, mais il faut que nos valeurs soient intactes dans l’avenir », ajoute l’élu vitriot.

« J’ai de très bons rapports avec les deux élus PRG de Cachan, qui siègent eux dans la majorité, mais la volonté du sommet n’a pas encore atteint le local, constate pour sa part Alain Ospital, élu d’opposition à Cachan.  Que va-t-il se passer dans des communes comme Cachan ?« , s’interroge-t-il. « Aujourd’hui, je ne peux pas trahir mes électeurs. » Pour l’heure, l’élu d’opposition, qui ne nourrit pas d’hostilité de principe contre cette réunification, aimerait surtout sortir du « brouillard » concernant la feuille de route de cette réunification. « Cela fait partie de la refondation de la vie politique française avec des partis en décomposition-recomposition tous animés par des idées transversales. Dans le  contexte de tsunami politique de 2017, la fin de l’alternance droite-gauche en France, l’exemple de coalition à l’allemande, nous devons réaménager le jardin politique en général, car les gens ont besoin de plus de pragmatisme que d’idéologie, donc pourquoi pas cette réunification? Mais pour faire quoi ? Pour quel projet ? Comment avoir du poids, faire en sorte que nos idées circulent en dehors de notre parti ? Comment envisager les Européennes en 2019 ? On ne pourra pas y aller tout seul, il faut des alliances. Sur toutes ces questions, nous n’avons pas encore de réponses« , témoigne l’élu d’opposition.

Quel positionnement au centre ?

Sur le plan local comme sur le plan national, l’issue au dilemme droite-gauche de ce nouveau mouvement bipolaire passera peut-être par une complémentarité avec le Modem ou La République en Marche pour qui le défi de l’implantation municipale reste entier. « En Marche a réuni une foule de gens autour d’un leader. Nous sommes moins nombreux mais nous avons des valeurs communes et des personnes très impliquées au niveau local, avec notamment un certain nombre d’élus« , argue Eric Malmaison, déjà invité à quelques galettes LREM, pour faire connaissance. « Emmanuel Macron a bénéficié de circonstances favorables mais on ne peut pas toujours vivre en lévitation. Se posera un moment la question d’un parti centriste avec une sensibilité de gauche renouvelée, qui parle aux vraies classes moyennes. Je pense que nous avons un avenir« , exprime Maurice Tzinmann. « Nous avons notre propre carte à jouer dans le dépassement des clivages« , estime Alain Ospital.

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