Société | Val de Marne | 11/04
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Objectif résorption des bidonvilles en 5 ans: quid du Val-de-Marne

Alors que la France compte entre 15 000 et 19 000 personnes habitant dans des bidonvilles dont environ 6000 en Ile-de-France, essentiellement d’origine roumaine ou bulgare, la question de la résorption de ces bidonvilles s’est inscrite à l’ordre du jour de l’Etat depuis le début de l’année 2018. Une directive interministérielle fixe même un objectif quantitatif: les résorber « durablement » en 5 ans.

Objectif : passer de la gestion à la petite semaine consistant à évacuer un site en sachant que ces habitants vont se réinstaller un peu plus loin en perdant au passage le bénéfice des démarches d’insertion qui avaient été effectuées, à une résorption « durable ». Une étape supplémentaire après la directive de Manuel Valls de l’été 2012, laquelle avait imposé un diagnostic social avant expulsion. Comment s’y prendre? La directive propose « d’agir sur tous les bidonvilles, en les encadrant et en travaillant le plus tôt possible à l’accompagnement des personnes vers la sortie »,  « de dépasser l’approche centrée sur les évacuations et d’inscrire l’intervention publique dans une dimension plus large, depuis l’implantation du campement jusqu’à sa disparition, en passant par la prévention des installations, et alliant à la fois programmes d’insertion en France, respect des lois de la République et du droit au séjour, actions de réinstallation dans le pays d’origine et coopération transnationale. »  Pour réussir, la directive insiste sur la démarche territoriale, en travaillant notamment à l’échelle régionale pour l’Ile-de-France et en mobilisant « les financements de l’État et les cofinancements« . Lire la circulaire.

Une enveloppe spécifique de 3 millions d’euros au niveau national

Reste justement à savoir quel budget sera alloué à cette cause. Dans le cadre de l’évacuation du bidonville Truillot d’Ivry-sur-Seine à l’été 2015, où vivaient environ 300 personnes, le village de l’espoir qui a été construit à côté, cofinancé par l’Etat, la région, la fondation Abbé Pierre et Emmaüs a coûté 1,5 millions d’euros pour une soixantaine de personnes accueillies.  A Orly, un autre village éphémère avait pour sa part été cofinancé par le département et l’Union européenne, qui dispose de crédits dédiés. Sa construction avait coûté 1,3 million d’euros et ses frais de fonctionnement s’élevaient à 450 000 euros par an pour 17 familles (soit 74 personnes). Deux exemples qui donnent une petite idée des montants en jeu.

Concrètement, la directive interministérielle adressée aux préfets met à disposition une enveloppe dédiée de la Dihal (Délégation Interministérielle pour l’Hébergement et l’Accès au Logement) d’un montant de 3 millions d’euros, non pour financer 100% de chaque opération mais pour faire levier afin d’obtenir d’autres financements. En dehors de cette enveloppe spécifique de 3 millions €, sont aussi évoqués les crédits d’État consacrés à la prévention de l’exclusion et à l’insertion des personnes vulnérables,  au développement et à l’amélioration de l’offre de logement, les crédits de la politique de la ville lorsque les campements sont situés en quartier prioritaire, les outils de la politique de l’emploi, les crédits de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), les crédits de santé  gérés par les ARS (Agence régionale de santé), ceux  ministère de l’Éducation nationale et ceux du service civique. Bref, une pioche partout. Au-delà de l’Etat, les autres sources de cofinancement suggérées comme les fonds européens (FEDER, FSE) et les collectivités locales.

Philippe Bouyssou : « Une circulaire progressiste à condition que les moyens suivent »

« Cette circulaire est progressiste et j’ai eu le sentiment en la lisant que l’on y décrivait ce que nous avons mis en place à Ivry-sur-Seine, se réjouit Philippe Bouyssou, maire PCF d’Ivry. Mais il faut vraiment y mettre les moyens. Aujourd’hui, les procédures pour mobiliser les fonds européens pourtant dédiés à cette question sont kafkaïennes. Il y a d’abord un comité de suivi de validation de projets géré par les EPT (les territoires de la métropole), puis une instruction par la région -dont les modalités ont changé lors du changement de majorité, impliquant de tout recommencer, et ensuite une validation par l’Europe. Cela constitue une ingénierie de projet longue. Enfin, les fonds prévus pour 2014-2020 ne seront engagés en 2019″, détaille le maire. Le jeu en vaut toutefois la chandelle. « Nous devrions avoir un peu plus d’1 million d’euros de la part du Feder et du FSE« , estime le maire d’Ivry. Outre le village de l’espoir mis en place avec l’Etat, la ville a également aménagé une ancienne gendarmerie, accompagne une installation rue Pierre Sémard et organise des maraudes, avec des associations partenaires. Autant de projets en principe éligibles aux fonds européens. « Nous avons relancé notre collectif des villes concernées par les bidonvilles comme nous l’avions fait il y a quelques années pour obtenir une conférence régionale, afin de veiller à ce que l’on mettre en oeuvre les moyens d’appliquer la circulaire. Car les collectivités locales ne peuvent pas tout et des situations tragiques continuent à exister. La stigmatisation des populations tziganes perdure », insiste l’élu.

Devenir de la plate-forme AIOS en Ile-de-France

En Ile-de-France, où l’Etat estime que 6000 personnes vivaient dans 113 campements au 1er février 2018, contre  8500 dans 150 sites au 1er janvier 2014, la préfecture a mis en place début 2015 une plate-forme d’accueil, d’information, d’orientation et de suivi (AIOS) dont le pilotage avait été confié à Adoma (opérateur d’insertion par le logement, filiale de la Caisse des dépôts). Dans le cadre de la nouvelle directive, les missions de la plate-forme ont été redéfinies et un appel à projets a été lancé pour trouver un nouvel opérateur à partir de juin, moyennant un financement annuel de 500 000 €.

Le collectif de soutien aux Roumains plaide la cause de 256 expulsés du bidonville Truillot

C’est dans ce contexte qu’une délégation du Collectif de soutien aux Roumains d’Ivry-sur-Seine sera reçue ce mercredi 11 avril en préfecture de région tandis que le reste du collectif manifestera à l’extérieur.  Le collectif réclame le relogement de 256 personnes expulsées du bidonville Truillot à l’été 2015.  « C’est une bataille difficile que nous menons depuis 8 ans pour que le droit soit respecté pour les familles roumaines. Nous avons gagné pour 32 familles. C’est une bataille encore plus difficile que nous menons avec elles pour les laissés-pour-compte de l’expulsion du bidonville Truillot, qui auraient dû disparaître dans la nature. Grâce à la lutte, ces familles existent et sont reconnues par les préfets du département et de la région », motive Sacha Kleinberg, porte-parole du collectif.  « 256 personnes dont 80 enfants ont passé leur troisième hiver dans la rue, les squats, les bidonvilles ou des hôtels indignes pour une vie de famille », rappelle le porte-parole qui annonce qu’un départ collectif en car est prévu à 14 h 30 devant la mairie d’Ivry.

Et ailleurs en Val-de-Marne ?

Dans le Val-de-Marne, entre 1200 et 1500 personnes vivraient actuellement dans des bidonvilles, allant de mini squats de quelques familles à des campements de centaines de personnes. Pour Aline Poupel, du collectif Romeurope, cette directive va dans le bon sens si elle est réellement mise en musique. « Nous avons écrit au préfet pour lui demander comment la directive serait mise en oeuvre et il nous a répondu pour acter notre courrier. Nous espérons désormais un rendez-vous. Ce qui nous inquiète actuellement est le retrait d’Adoma de l’AIOS. Nous ne savons pas ce qu’il va se passer après juin 2018. Il est nécessaire qu’il y ait une structure d’Etat pour organiser le suivi et le travail social », insiste Aline Poupel, rappelant que « nous en sommes désormais à la deuxième génération d’habitants dans ces bidonvilles. »  La militante de Romeurope observe en revanche une décision de la Cour d’appel de Paris qui a donné 18 mois aux occupants d’un petit site de Bonneuil-sur-Marne pour partir. « C’est la première fois que nous obtenons 18 mois, cela permet de faire un vrai travail pour accompagner les personnes hors du bidonville. Il s’agit de 6 familles qui sont suivies et en cours d’insertion. » Le Tribunal de Créteil a également donné 6 mois à un bidonville de Choisy-le-Roi, qui compte lui de 150 à 200 personnes, pour évacuer, ajoute Aline Poupel.  La semaine dernière en revanche, une injonction à quitter les lieux en 48 heures a été prononcée à Alfortville, du côté des quais.

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