Justice | Accueil Val de Marne (94) Créteil | 07/09/2018
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Le palais de justice de Créteil en ébullition pour Booba et Kaaris

Le palais de justice de Créteil en ébullition pour Booba et Kaaris © Pauline Chandauzel
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Pendant quelques heures ce jeudi, le centre de gravité de l’actualité nationale s’est déplacé de Paris à Créteil où se déroulait le procès des rappeurs Booba, Kaaris et leurs proches après leur règlement de compte dans les rayons du duty-free de l’aéroport d’Orly cet été.

Sur le parvis du palais de Justice, rien ne traduit le tumulte qui règne à l’intérieur à l’exception du micro rouge de France Inter que promène l’humoriste Guillaume Meurice, à la recherche de bons clients pour sa chronique quotidienne. Dans la salle des pas perdus, c’est la cohue.

Parmi les fans présents en nombre, certains commencent à connaître comme leur poche le tribunal de Créteil après avoir suivi la comparution immédiate puis la demande de libération sous caution durant le mois d’août. Certains affichent clairement leur attachement à l’un des deux clans. Ici une jeune femme arborant sur son t-shirt la phrase « Libérez le Duc », le surnom de Booba. Là un jeune homme aux lunettes et à la barbe copiée sur Kaaris. D’autres aiment les deux et en profitent pour découvrir le tribunal. Mais les 120 places de la salle d’audience sont déjà remplies des proches des prévenus, de journalistes et de professionnels du droit venus assister au procès. Alors, en guise de consolation, les fans qui n’ont pas eu la chance d’entrer prennent leur mal en patience et guettent l’arrivée des prévenus. Photographes et cameramen font de même, tentant de trouver un promontoire d’où ils pourront apercevoir les artistes.

Passée l’effervescence de l’entrée des lions dans l’arène, la foule s’éparpille et quitte le palais de Justice. Certains malins profitent de la présence de journalistes à la recherche d’images fortes pour faire un peu de publicité comme ce duo de rappeurs aux tenues et couleurs de cheveux acidulées qui s’offrent une apparition télévisée. Des policiers barrent l’entrée de la salle mais quelques personnes persévèrent. « C’est pire que pour rentrer en boîte », plaisante une jeune femme.

 

 

Une centaine de privilégiés suit le procès à l’intérieur. Des étudiants magistrats se frayent une place. Si, sur le fond, le procès n’a rien d’exceptionnel, ils veulent voir comment les juges se débrouillent. « C’est intéressant de voir comment les magistrats gèrent la pression d’un grand procès médiatique comme celui-là. Je constate que la juge veille davantage au respect de la sérénité des débats en rappelant le règlement plus souvent que d’habitude », explique une apprentie-juge.

L’audience débute de fait par un avertissement de la présidente du tribunal. « Éteignez vos téléphones. Les live-tweet (résumé en temps réel sur Twitter) sont interdits) ». Suit la vérification de l’identité des prévenus. L’un d’entre eux est Haïtien et le français n’étant pas sa langue maternelle, son avocate réclame la présence d’un interprète. « Belle anticipation », ironise un avocat spectateur. Un greffier se dévoue finalement pour traduire en anglais, mais, dès les premiers mots, l’avocat du prévenu considère que la traduction n’est pas conforme. La séance est donc suspendue une première fois pendant de longues minutes, le temps de trouver un interprète.

Dès lors, les prévenus qui étaient sagement assis se regroupent des deux côtés de la salle. Les clans Kaaris et Booba s’ignorent et ne s’adressent que de brefs regards. Au sein de leurs groupes règne une franche camaraderie. Ils partagent les barres chocolatées et boissons que proposent les distributeurs du tribunal. Aux yeux du public situé à quelques mètres, ces deux stars apparaissent comme des monsieur-tout-le-monde. Malgré l’opposition entre les deux clans, leurs avocats réclament ensemble la nullité de la procédure, estimant que le procès verbal de renvoi devant les tribunaux des prévenus n’est pas conforme au droit. La juge coupe court à la tentative d’obtenir un report en joignant la requête en nullité au fond.

Vient le moment fort de l’audience : le visionnage des enregistrements des caméras de vidéosurveillance de l’aéroport. Alors que les greffiers préparent les vidéos pendant une nouvelle suspension de séance, une piste musicale démarre et les sons de Booba remplissent la salle quelques secondes, provoquant l’hilarité générale. L’audience reprend. Les avocats s’écharpent sur leur interprétation des scènes filmées. Parmi la douzaine de policiers présents dans la salle, pratiquement tous suivent avec attention ce qu’il se passe à l’écran. Certains membres du public complètement avachis sur les sièges du tribunal en profitent pour piquer un petit roupillon.

12 mois avec sursis, jugement le 9 octobre

Après plus de dix heures de débat, le procureur requiert finalement 12 mois de prison avec sursis contre les deux rappeurs, considérant leur responsabilité égale même si c’est Booba qui a dégainé le premier. Le jugement sera rendu le mardi 9 octobre. En attendant, les deux artistes peuvent à nouveau sortir de France et Booba pourra donc retourner à Miami où il réside avec sa famille.

 

 

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