Justice | Champigny-sur-Marne | 10/09/2018
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Réveillon baston à Champigny: comment le local a été sous-loué à des amateurs

Réveillon baston à Champigny: comment le local a été sous-loué à des amateurs
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Un pasteur évangélique à la recherche de cash pour rénover son lieu de culte et deux jeunes organisateurs de soirées en dilettante, voilà la trame de fond de la soirée de réveillon qui a dégénéré à Champigny-sur-Marne en ce début 2018, dont les images de policiers lynchés en venant porter assistance sur place ont fait le tour des réseaux sociaux.

Neuf mois après, ses organisateurs étaient jugés ce lundi par le tribunal correctionnel de Créteil. Le parquet a requis des peines de 18 mois et deux ans de prison avec sursis simple.

Le 31 décembre 2017 vers 23 heures 30, alors que la soirée du réveillon organisée dans un entrepôt de la rue Benoît Frachon bat son plein, le locataire des lieux décide d’appeler la police. Monsieur Ben, pasteur d’une cinquantaine d’année et président d’une association évangélique qui se réunit dans ce local, s’inquiète du nombre anormalement élevé de participants à la soirée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il se rend au commissariat pour effectuer sa déposition et désigne deux jeunes, JB et Amada, comme les organisateurs de l’événement.

« J’avais besoin d’argent pour pouvoir terminer les travaux de mise en conformité du local. Alors, quand ces deux jeunes m’ont demandé si je louais la salle pour le nouvel an, j’ai accepté », explique-t-il. Prenant ses précautions, il demande 1000 euros tout de suite, 800 euros  le soir même et un chèque de caution ainsi qu’une attestation d’assurance. La SCI propriétaire de cette ancienne imprimerie loue pour 6400 euros de loyer ce local au pasteur mais sa vocation n’a jamais été d’accueillir des fidèles. C’est pour cela que le quinquagénaire doit réaliser d’importants travaux pour mettre aux normes son entrepôt qui n’a jamais reçu le feu vert de la commission préfectorale pour servir de lieu de culte et fait même l’objet d’avertissements de la part de la direction municipale dédiée aux questions de sécurité. Le pasteur décide malgré tout de sous-louer la salle d’environ 500 m2 à JB et Amada pour financer les travaux qui permettraient d’obtenir l’autorisation lui faisant défaut.

 

 

« Ils m’avaient dit que c’était pour une soirée privée alors e ne me suis douté de rien quand je les ai vu arriver à 22 heures avec une dizaine de caisses de sodas, quatre bouteilles de whisky et des gâteaux apéritifs. J’estime qu’il y avait de quoi nourrir et faire boire une centaine de convives », témoigne-t-il. Il s’absente alors une bonne heure pour aller réveillonner et découvre à son retour que la petite soirée entre amis s’est transformée en grand rassemblement. « Il y avait des personnes chargées de filtrer les entrées, un vestiaire, et ils avaient également aménagé l’espace avec des meubles qui n’y étaient pas pour faire un coin VIP », décrit-il.

Les deux jeunes organisateurs chargent le pasteur

Sans avocats, les deux jeunes hommes se défendent à leur manière et n’hésitent pas à charger le pasteur.  JB le décrit comme l’organisateur régulier de soirées dans ce lieu de culte. « Nous cherchions une salle et, par le bouche-à-oreille, nous avons appris qu’il y avait des soirées qui se déroulaient ici. Nous avons même vu une vidéo d’une soirée où la salle est reconnaissable ». En feuilletant le dossier volumineux, les juges tombent sur le flyer d’une soirée rasta où figure l’adresse de l’église évangélique. Une confusion est toutefois possible en raison de l’adressage approximatif des locaux dans cette zone d’activité à la périphérie de Champigny et de Villiers-sur-Marne. « Le deal, c’était que nous fassions de la publicité pour cette soirée organisée par Monsieur Ben et qu’en échange, nous puissions utiliser cette salle gratuitement pour organiser une soirée quelques semaines après. Nous ne pouvions pas décevoir les gens, nous les avions contactés, il fallait que nous soyons à la hauteur », motive l’un des deux jeunes.

Motivés par les succès récoltés lors de l’organisation précédentes de soirées en région parisienne, JB et Adama voient les choses en grand pour le nouvel an. Apéritif, buffet à volonté, dj… 800 personnes attendues annoncent les flyers et messages massivement postés sur les réseaux sociaux. Mais la situation dégénère et les deux jeunes perdent le contrôle de la situation. L’entrée étant trop petite pour accueillir les quelque centaines de visiteurs dans la rue, un groupe s’attaque à une grille métallique puis défonce une cloison en contreplaqué pour s’introduire dans la salle. Panique à l’intérieur où l’on pense que le local va s’écrouler tel un château de carte. Prévenue par Monsieur Ben, la police débarque et entame la dispersion des participants à la soirée. DJ et Adama ont pris la fuite en voiture avant l’arrivée des gardiens de la paix et n’auront qu’un écho tardif sur l’issue de la soirée. « J’ai entendu qu’il y avait eu une bagarre ensuite et que des policiers avaient été frappés », indique l’un des deux organisateurs.

Comble de l’ironie, JB et Amada cherchaient une autre ville pour organiser leur soirée, jugeant que Champigny n’avait pas bonne réputation, relèvera-t-on dans la déposition.  De quoi faire réagir l’avocat de la municipalité, lui-même campinois. « Message cruel, terrible à entendre pour moi qui y habite quand aucun des prévenus n’y vit (ils résident dans les Hauts-de-Seine et Paris). Ils ont participé à cette mauvaise réputation. En une semaine, nous avons dénombré 118 articles dans divers médias de la presse nationale. Cela a détruit tous les efforts de la mairie pour reconstruire son image. La démarche de la ville n’est pas vénale, aussi nous demandons aux prévenus d’indemniser la ville à hauteur de l’euro symbolique. A travers leur condamnation, nous souhaitons restaurer un peu l’image de Champigny ».

« Un miracle qu’il n’y ait pas d’autres blessés »

« Aujourd’hui nous ne jugeons pas les émeutiers, ceux qui ont frappé les policiers, mais les trois personnes qui ont créé les conditions dans lesquelles ces violences ont été perpétuées. Chacun à leur manière, ils se sont dédouanés de leurs responsabilités. La législation n’est pas là pour empêcher les gens d’organiser des fêtes ou faire la fortune des marchands d’extincteurs et d’équipements de sécurité mais pour garantir la sécurité de tous. Hormis l’agression des policiers, cela a été un miracle qu’il n’y ait pas de blessés voire de morts », s’est indigné le procureur de la république avant de requérir 18 mois de prison avec sursis et 3500 euros d’amende pour le pasteur, deux ans de prison avec sursis, 1000 euros d’amende et interdiction d’exercer pendant 5 ans dans le secteur de l’organisation des soirées festives pour chacun des deux jeunes au casier judiciaire vierge.

Le jugement du procès a été mis en délibéré au 8 octobre.

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