Transports | Grand Paris | 17/02
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Retard du Grand Paris Express: un peu, beaucoup, passionnément?

Douche froide pour les présidents de départements, territoires et la présidente de région qui étaient invités ce vendredi 16 février à une réunion avec Elisabeth Borne, ministre des Transports, à propos du calendrier de réalisation du métro Grand Paris Express.

Les arbitrages définitifs devraient être annoncés la semaine prochaine par le Edouard Philippe mais la ministre des Transports a donné une fourchette des décalages à prévoir. Ce point d’étape de restitution intervenait alors que trois groupes de travail ont été engagés suite à la réunion du 26 janvier entre le Premier ministre et les élus d’Ile-de-France, lors duquel le chef du gouvernement avait assuré aux élus que le périmètre du projet ne serait pas remis en question. Le premier groupe de travail, dédié à l’étude des scénarios ligne par ligne, en termes de calendrier, risques, coûts et délais, est en effet mené directement sous l’égide du ministère des Transports tandis que le second, dédié aux solutions mises en oeuvre face aux tensions actuelles et à leur montée en charge en attendant l’arrivée du Grand Paris Express est présidé par Valérie Pécresse, en tant que présidente d’IDF Mobilités, et que le groupe de travail sur le financement dépend du député Gilles Carrez qui planche sur cette question depuis les premiers avant-projets de métro dès 2009.

Priorité aux Jeux Olympiques

S’il n’est toujours pas question de revoir le périmètre, la ministre a laissé entendre que le scénario officiel actuel correspond à  l’hypothèse optimiste et que l’hypothèse réaliste consisterait à décaler la réalisation de plusieurs lignes. La seule ligne qui arriverait à l’heure serait la ligne 14, dont le prolongement nord à Saint-Denis-Pleyel et sud jusqu’à l’aéroport d’Orly serait maintenu en 2024. C’est en effet à Saint-Denis que sera situé le village olympique et celui-ci doit être connecté aux deux aéroports. Le tronc commun des lignes 16 et 17, reliant Saint-Denis au Bourget, devrait aussi être réalisé dans les temps. La semaine dernière, la SGP a du reste modifié son budget 2018 pour accélérer sur ces deux fronts.

Le Val-de-Marne relativement épargné

Pour le reste, les calendriers restent à négocier mais le scénario qui se dessine prévoit des retards de plusieurs années.  Dans ce nouveau paysage, le Val-de-Marne est relativement préservé. La ligne 15 Sud (Issy-les Moulineaux – Noisy-Champs), où le chantier est déjà le plus engagé, devrait en effet être maintenue à 2024 ou 2025, une date qui correspond en réalité aux capacités organisationnelles de maîtrise d’ouvrage.  La 15 Est et la 15 Ouest, soit les deux autres composantes de la ligne 15 qui doit à terme constituer une boucle périphérique, seraient en revanche décalées jusque vers 2031. Pour la ligne 15 Est (Champigny- Saint-Denis), cela ne constitue qu’une année de retard par rapport à la réalisation complète prévue en 2030. Pour la ligne 15 Ouest qui devait être finalisée en 2027, cela constitue en revanche un gros décalage. « La ligne 15 Ouest dépend de la ligne 15 Est dans sa construction car sinon il y aura un problème de garage des rames. Les deux seuls centres de maintenance et de remisage de la ligne 15 sont en effet situés, l’un à Champigny-sur-Marne (point de connexion 15 Sud-15 Est), l’autre à Rosny-sous-Bois (15 Est). En outre, la ligne RER E risque d’être saturée avec le prolongement à La Défense, ce qui rendra d’autant plus urgent la mise en service de la 15 Est », analyse un fin connaisseur du dossier.

Des scénarios qui correspondent aux propositions du préfet émises en septembre

La ligne 16, prévue initialement pour 2024, pourrait être retardée de trois ans, en dehors de son tronçon commun avec la la 17. La ligne 17, également prévue pour 2024, pourrait prendre entre 3 et 7 ans de retard et la 18 pourrait être repoussée jusqu’à 2030, alors que la candidature de Paris à l’exposition universelle, qui aurait mis les projecteurs sur le plateau de Saclay, a été abandonnée. Globalement, les nouvelles dates mises en discussion correspondent au scénario proposé par Michel Cadot, le préfet de région Ile-De-France, dans son rapport remis en septembre 2017 et cité dans le rapport de Cour des comptes.

Ballon d’essai avant arbitrage définitif ? Coup de pression lié aux questions de financement ? Difficile de comprendre l’intérêt de la réunion de vendredi à part qu’elle a beaucoup irrité les élus  en laissant présager de nouveaux retards tout en laissant la porte ouverte à plusieurs scénarios.

Les élus en colère

Dans un communiqué commun, les présidents des sept départements de banlieue et la présidente de région Ile-de-France, ont réagi dès ce vendredi soir, quelques minutes après la fin de la réunion, pour exiger le respect du calendrier initial de réalisation. « Edouard Philippe annonçait il y a quinze jours l’ouverture d’une grande concertation avec tous les élus concernés par le Grand Paris Express afin de concilier les problèmes techniques et financiers invoqués par le gouvernement et les nécessités de calendrier mis en avant par les élus locaux. Or les premiers échanges intervenus ont permis d’identifier que les solutions à l’impasse financière actuelle existent et Gilles Carrez, député du Val-de-Marne, ancien président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, en a fait la démonstration. Par ailleurs, les études techniques produites démontrent que l’allongement des délais de réalisation des lignes du Grand Paris Express est en fait lié à la volonté du gouvernement de limiter le nombre de tunneliers. Compte tenu de ces éléments, le calendrier de réalisation du Grand Paris Express peut être respecté, techniquement et financièrement. Les Présidents renouvellent qu’ils soutiennent la réalisation des lignes 14, 16 et 17 en ce qu’elles sont indispensables pour les Jeux Olympiques de 2024 et que la France doit être à la hauteur de cet événement international. Dans le même temps, ils réaffirment qu’il n’est pas acceptable de sacrifier les autres lignes du quotidien et les millions de Franciliens qui les empruntent pour des questions de tunneliers. C’est pourquoi les Présidents réclament l’intégralité des lignes 14, 15, 16, 17 et 18. Toutes ces lignes créent un maillage cohérent pour désengorger la région Ile-de-France et la purger des embouteillages que subissent les Franciliens. Depuis 2011, les contribuables paient la taxe spéciale Grand Paris en plus de leur taxe foncière, pour financer le Grand Paris Express mais n’en voient toujours pas les bénéfices », signent ainsi Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France, Jean-Jacques Barbaux, président de Seine-et-Marne, Pierre Bédier, président des Yvelines, François Durovray, président de l’Essonne, Patrick Devedjian, président des Hauts-de-Seine, Stéphane Troussel, président de Seine-Saint-Denis, Christian Favier, président du Val-de-Marne et Marie-Christine Cavecchi, présidente du Val d’Oise.

A Fontenay-sous-Bois, où la ligne 15 Est est attendue avec impatience pour constituer le grand pôle d’interconnexion de Val-de-Fontenay avec les lignes de RER A, de RER E, et futurement la ligne de métro 1 prolongée et le T1 prolongé, le report ne passe pas non plus. « Cette ligne, devant permettre de se déplacer de Val de Fontenay à Créteil en 20 minutes, est le fruit d’une mobilisation de plus de 10 ans pour qu’un métro de banlieue à banlieue puisse enfin voir le jour. Ce projet est indispensable au développement de Fontenay-sous-Bois : il accompagne le prolongement de la ligne 1 du métro, celui du tram T1 ainsi que la réfection de la gare de Val-de-Fontenay, qui est le deuxième pôle voyageurs de la ligne A du RER après la Défense. Il n’est pas acceptable que les Fontenaysien.ne.s et les milliers de salarié.e.s soient pénalisé.e.s par d’obscurs calculs comptables et politiciens. En outre, cette décision serait indécente pour les riverains qui verraient la durée des travaux sensiblement augmenter. Le pôle de développement de Val de Fontenay est le premier pôle économique de l’Est Parisien. Entièrement mobilisé sur ce sujet, je rencontrais d’ailleurs, hier, Frédéric Oudéa, Président Directeur Général de la Société Générale, acteur économique majeur de notre ville, qui fera lui aussi part de ses inquiétudes quant aux possibles reports des projets de transports », fait part Jean-Philippe Gautrais, maire FG de la ville, dans un communiqué.

La carte officielle en retard d’un métro ?

Sur le site internet officiel de la SGP (Société du Grand Paris, maître d’ouvrage du métro), pas de panique pour l’instant, la carte annoncée au grand public laisse toujours entendre que la ligne 15 Sud sera achevée d’ici 2022 et permet aux usagers de calculer leur gain de temps de trajet. Impossible en effet pour l’opérateur de changer les données tant que les annonces ne sont pas officielles.

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