Politique locale | Le Kremlin-Bicêtre | 31/03
Réagir Par

Sidération et questions après la mise en examen du maire du Kremlin-Bicêtre

« Tombé de l’armoire », « sidéré », « abasourdi », « choqué », « consterné »… De la majorité à l’opposition municipale, les soupçons de favoritisme envers certaines entreprises moyennant rétribution pour assouvir une addiction au tiercé, qui ont motivé la mise en examen du maire MRC du Kremlin-Bicêtre, Jean-Marc Nicolle, ont estomaqué.

Ce vendredi 30 mars, alors que l’édile et sa collaboratrice de cabinet ont recouvré la liberté sous contrôle judiciaire après 48 heures de garde à vue, l’heure était d’abord à la stupéfaction et au questionnement. « Je ne l’ai jamais vu acheter une seule grille de PMU« , confie chacun tour à tour. De l’avis général, l’image du maire du Kremlin est plutôt celle d’un « père la rigueur », d’un « bosseur acharné« . D’autres font leur calcul, incrédules. « Cela fait 15 paris par jour en jouant tous les jours », estime l’un, perplexe.  Pour rappel, l’élu est soupçonné d’avoir demandé à certaines entreprises souhaitant passer des marchés avec la ville une donation à une association d’oenologie, Au sergent du Kremlin, dont il est président, et d’avoir ensuite récupéré l’argent à des fins personnelles pour pouvoir jouer. L’élu aurait ainsi misé jusqu’à 2000 à 3000 euros certains jours et les entreprises auraient versé quelques dizaines de milliers d’euros chacune, représentant au total près d’1 million d’euros.

La majorité sidérée attend des explications

Du côté de la majorité municipale, tout le monde attend les explications et se refuse à des déclarations officielles. Avant de se laisser aller à la colère ou la consternation, on veut comprendre. Encore sous le coup de l’étonnement, les plus empathiques se refusent à tirer sur l’ambulance alors que les premiers éléments de l’enquête laissent paraître une addiction maladive au jeu. D’autres tiennent à rappeler le parcours méritant de l’élu, conducteur de métro entré en politique suite à sa rencontre avec l’ancien député-maire Jean-Luc Laurent, d’abord au PS puis au MRC. « C’est quelqu’un qui a beaucoup donné, beaucoup travaillé pour sa ville. J’ai un immense respect pour lui mais je ne peux pas le soutenir si les soupçons se confirment. Ce n’est pas le même homme que je découvre » lâche un membre de la majorité. « Je souhaite d’abord exprimer ma solidarité avec Jean-Marc Nicolle dans ces moments difficiles. C’est un long compagnon de route politique et un ami », témoigne  pour sa part Jean-François Banbuck, premier maire adjoint, qui a passé un long moment avec le maire ce vendredi après-midi. Pour ce dernier, la démission du maire n’est pas à l’ordre du jour. L’inquiétude sur les conséquences de cette affaire sur l’action politique de la majorité est néanmoins partagée par beaucoup d’élus de la majorité. Mais sur la délicate question de la gouvernance à venir, c’est à l’édile qu’il revient tacitement la priorité des déclarations officielles.

Une déclaration de l’avocat du maire attendue

Le maire pourrait s’exprimer prochainement par l’intermédiaire d’un communiqué de son avocat. La ligne de défense serait que la ville n’a pas subi de préjudice lié à l’addiction au jeu du maire, laquelle aurait pris fin il y a dix-huit mois, car les entreprises ayant financé l’association ne seraient pas concernées par les marchés épinglés par la Chambre régionale de la Cour des comptes.

L’opposition attend une démission et réclame aussi des explications

Du côté de l’opposition, on évoque plus librement le sujet et les questionnements qu’il suscite. « Je suis évidemment stupéfait par la nature du délit présumé qui me semble incompréhensible. Maintenant, je veux aussi comprendre. Qui savait ? Qui est concerné ? Il n’est pas possible que les flux de telles sommes soient passés inaperçus au sein de l’association », questionne Arnaud Weber-Guillouet, conseiller d’opposition divers droite, ancienne tête de liste LR. Pour l’élu, la démission du maire s’impose. « Je ne vois pas comment il peut se maintenir alors qu’il semble reconnaître les faits. Je n’aurai pas l’impudeur de demander sa démission. C’est une question d’honneur. J’attends en revanche une déclaration de sa part. »  Président du groupe Modem et centristes,  Saïd Hassani indique pour sa part ne pas être surpris des conséquences judiciaires de l’enquête, après les premières perquisitions de mai 2017, lesquelles faisaient suite à des irrégularités constatées dans un rapport de la Chambre régionale de la Cour des comptes portant sur les exercices 2009 à 2015. « Nous avions déjà dénoncé les irrégularités de gestion, notamment concernant des factures récurrentes de dépenses de communication qui mises bout à bout auraient du faire l’objet d’un marché », pointe l’élu qui s’inquiète également de « l’image détériorée des élus de la ville » que produit cette affaire. « La présomption d’innocence des personnes impliquées n’empêche pas les légitimes interrogations des Kremlinois », ajoute l’élu dans un communiqué.

Le contexte politique du Kremlin-Bicêtre

Commune de 25 000 habitants, Le Kremlin-Bicêtre est la seule ville dirigée par un maire MRC dans le Val-de-Marne. Historiquement ancrée à gauche (PSR, SFIO, PCF, PSD), la cité a connu pendant quelques années une maire RPR (ancêtre de l’UMP et de LR) de 1983 à 1995, Claudine Décimo, qui avait pris la succession d’Antoine Lacroix, social démocrate, décédé en cours de mandat et dont elle était l’adjointe. C’est en 1995 que le MRC a fait sa place en ville avec la victoire sur Claudine Décimo de Jean-Luc Laurent.  L’actuel président du MRC, venait tout juste de cofonder le mouvement deux ans plus tôt avec Jean-pIerre Chevènement. Réélu en 2008 puis en 2014, il confie dès son premier mandat le poste de premier adjoint à Jean-Marc Nicolle avant de lui laisser son siège de maire en janvier 2016. La ville, qui fait partie de la 10e circonscription, a également eu un député MRC de 2012 à 2017, en la personne de Jean-Luc Laurent, grâce à une alliance avec le PS en pleine vague rose, devançant à l’époque l’ancien député-maire communiste d’Ivry-sur-Seine Pierre Gosnat. En juin 2017 en revanche, le député MRC a été battu dès le premier tour et c’est Mathilde Pannot (LFI) qui a été élue. A deux ans des élections municipales de 2020, l’affaire risque de fragiliser cet unique fief MRC du département si la situation ne s’éclaircit pas rapidement. Fin 2011, en pleine campagne sénatoriale, la mise en examen de l’ex-maire PS de L’Haÿ-les-Roses, Patrick Sève, condamné depuis, démissionnaire de la mairie quelques mois plus tard, avait profondément divisé et fragilisé la majorité, battue avec dix points d’écart par le nouveau maire LR Vincent Jeanbrun en 2014.  Les personnalités concernées et les contextes politiques des deux communes sont certes très différents mais il est difficile de ne pas y penser.

A lire aussi :

La passion du tiercé aurait conduit le maire du Kremlin-Bicêtre à l’escroquerie

Garde à vue prolongée pour le maire du Kremlin-Bicêtre

Merci de votre lecture !

Nous mettons nos articles en ligne gratuitement afin quʼils puissent être lus par tous mais lʼinformation a un coût.

Si cet article vous a intéressé, et si vous souhaitez quʼil y a en ait beaucoup dʼautres, vous pouvez contribuer à notre développement et notre indépendance, soit en vous abonnant, soit en faisant un don, même modeste et ponctuel.

11 commentaires pour Sidération et questions après la mise en examen du maire du Kremlin-Bicêtre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *