Culture | Vitry-sur-Seine | 30/03
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Vitry Fada contraint de jouer en sourdine

Vitry Fada contraint de jouer en sourdine © Fbascoul

Squat éphémère installé dans une ancienne quincaillerie, Vitry Fada est désormais un haut lieu du paysage culturel et festif du grand Paris. Pourtant, le joyeux capharnaüm doit revoir sa programmation musicale après une mise en demeure de l’Agence Régionale de Santé interdisant à l’établissement d’utiliser ses amplificateurs faute d’une insonorisation réglementaire.

Soirées salsa, jazz, funk voire DJ, le Vitry Fada ne s’interdisait aucun style musical depuis dix-huit mois. Mais ce weekend, le café culturel installé sur la place du 19 mars 1962, à deux pas du centre-ville de Vitry, organise ses derniers concerts amplifiés. Un coup d’arrêt pour ce bric-à-brac inimitable, contraint de passer en acoustique.

«C’était tout simplement impossible de financer la mise aux normes. Notre maigre budget sert surtout à payer les charges, en particulier le chauffage. Nous rémunérons également les artistes qui viennent se produire. Même si c’est un coup dur, nous n’allons pas jeter l’éponge», assure Jam Meftah, le Vitriot à l’origine de ce lieu. «Tout cela est parti d’un pari, créer un lieu sympa où les gens de Vitry de tous âges et horizons pourraient passer du bon temps, comme à la maison. Le propriétaire de la quincaillerie voulait détruire le bâtiment pour y faire un projet immobilier mais en attendant que le permis soit validé, il m’a autorisé à l’aménager contre une indemnité d’occupation.» Pendant plusieurs semaines, Jam et ses amis nettoient ce local à l’abandon et lui insufflent une nouvelle âme. Le café-concert-brocante s’impose petit à petit par le bouche-à-oreille et sort de l’anonymat. « Ce n’était pas facile de s’intégrer à ce quartier très pavillonnaire, mais finalement nous y avons mis davantage de dynamisme en y attirant des Vitriots d’ailleurs. Malheureusement, une partie des riverains ne s’est jamais faite à notre présence», constate Jam.

Finalement, le propriétaire du local obtient la validation du permis de construire mais faute de financement, il doit encore repousser la démolition. «Cela signifiait que nous pouvions rester là encore deux à trois ans. De squatteurs autorisés, nous sommes devenus locataires détenteurs d’un bail précaire. Pendant une pause de trois mois, nous avons réalisé de menus investissements pour respecter les normes en matière de sécurité (électricité, signalétique, sorties de secours et extincteurs). C’est à ce moment que nous avons souhaité construire quelque chose de durable», détaille Jam Meftah. Le Vitry Fada ouvre ainsi plus souvent, y compris dans la journée et propose tout un tas d’activités pour les enfants comme pour les adultes, parfois en partenariat avec des acteurs associatifs de la ville : apéro-tricot, aide au devoir, atelier dessin, conte au coin du feu, initiation au street art. En soirée, il arrive que le café-concert-restaurant-brocante accueille 200 à 250 personnes, voire plus en faisant un peu le vide.

Déménager le Vitry Fada ?

«Et puis la situation s’est envenimée avec des habitants qui, pour des raisons politiques cherchent à obtenir notre fermeture et qui après des plaintes auprès de la mairie, ont alerté des services de l’État pour intervenir», dénonce le patron du bar, accusant l’association Team Vitry,  soutien au groupe d’opposition municipale de droite,  d’être à la manœuvre. Une allégation dont se défend Jean-Louis Rouvet, le secrétaire de Team Vitry, par ailleurs, riverain du Vitry Fada. «C’est un voisin non membre de Team Vitry qui a signalé à l’Agence Régionale de Santé les nuisances sonores et a déposé une main courante au commissariat. Les experts de l’ARS ont débarqué un soir à 23 heures 30 et ont demandé au gérant de faire un bilan acoustique et des travaux d’insonorisation. Cela fait deux ans que nous nous plaignons non seulement du bruit, mais aussi des voitures qui se garent n’importe où et des clients qui sortent uriner dans la rue. L’été, ils occupent une terrasse et font un barouf pas possible. Malgré nos sollicitations, la mairie n’a jamais réagi. Cette mise en demeure d’éteindre les amplificateurs est une première avancée notoire. L’activité devrait être davantage limitée. Reçu en comité de quartier, le gérant s’était engagé à terminer à 23 heures, mais ça n’est pas le cas. Nous ne sommes pas opposés à ce qu’un tel lieu se trouve à Vitry, mais pourquoi ne pas le déplacer sur les friches de la centrale, là ils n’embêteront personne», suggère le riverain.

Déménager le Vitry Fada ? Inconcevable pour son créateur. « Faire un Vitry Fada dans une zone industrielle, à la marge de la ville, entre en contradiction avec notre vocation première, à savoir, créer une émulation à Vitry à partir d’un lieu central. Nous sommes à notre place », défend Jam Meftah, qui admet avoir reçu des propositions de deux villes prêtes à l’accueillir, sans vouloir les nommer.

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