Sécurité | Champigny-sur-Marne | 02/01
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Vive émotion après le lynchage de policiers à Champigny-sur-Marne

Un réveillon hip-hop organisé par des post-adolescents via les réseaux sociaux et dans un bâtiment non habilité à recevoir du public à Champigny-sur-Marne, des organisateurs débordés par l’afflux de personnes appelant la police au secours… Voilà le contexte dans lequel deux policiers ont été passés à tabac alors qu’ils intervenaient parmi les premiers. La scène, filmée et mise en ligne sur Snapchat, a fait la une de toutes les chaînes d’info en continu le jour du 1er janvier et suscité une vive émotion.   

Tout commence par une soirée hip hop privée organisée dans une salle de la rue Benoit Frachon, non habilitée à recevoir du public, située en pleine zone d’activité, entre la gare des Boullereaux de Champigny-sur-Marne et celle de Villiers-sur-Marne – Le Plessis-Trévise. Peu avant minuit, la salle est déjà pleien à craquer et un groupe de jeunes se fait recaler. C’est à ce moment que la situation dégénère. Appelée à la rescousse, la police intervient. Alors qu’un principe, les patrouilles sont de minimum trois personnes, l’un des premiers véhicules qui arrive sur les lieux ne comprend que deux officiers de police.

La scène, qui se déroule alors, filmée sur Snapchat, fera le tour des réseaux sociaux et la une de l’actualité en raison de sa violence. Sur cette « story » , on peut voir des jeunes gens passablement échauffés retourner une voiture et la frapper à coups de batte tandis qu’un peu plus loin, d’autres rouent de coups de pied la policière qui tente de se relever et se fait repousser au sol. Autour,  quelques dizaines de jeunes gens courent dans tous les sens, d’autres assistent au spectacle. Un autre policier, que l’on ne voit pas sur la vidéo, se fait fracturer le nez. L’officière et l’officier de police, conduits ensuite à l’hôpital, se sont vus prescrire respectivement 7 et 10 jours d’ITT (Incapacité temporaire de travail). Parmi les renforts arrivés sur place, deux autres véhicules, notamment des pompiers, sont aussi malmenés.

Sur place, deux personnes ont été interpellées puis relâchées car elles n’avaient aucun lien avec le lynchage des policiers. Le parquet de Créteil a ouvert une enquête confiée à la sûreté du territoire pour violence envers des dépositaires de l’autorité publique. Reste désormais à exploiter les vidéos mises en ligne et celles de caméras de vidéosurveillance,  identifier les auteurs de la vidéo qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux et pousser plus loin les investigations pour identifier les auteurs des violences. Deux personnes, parmi les invités de la soirée, ont également été blessées durant cette soirée, alors qu’une partie du plafond de l’entrée commençait à s’effondrait après que la porte ait été forcée.

Dans la salle voisine,  une autre soirée de réveillon, se déroulait, elle, sans problème, même si ses invités en ont subi quelques dommages collatéraux. « Plusieurs clients se sont faits casser leur voiture, dont celle que l’on voit sur la vidéo. Ils ont tout cassé, pris les papiers et les objets précieux à ‘l’intérieur« , indique l’organisateur de la soirée voisine, un réveillon kabyle à l’ambiance familiale qui s’est tenu jusqu’à 5 heures du matin « sans un aucun dégât« . Une soirée d’habitués, à l’organisation bien rodée, et protégée par une dizaines de personnes chargées de la sécurité.

« Dehors, on a entendu du bruit, on s’est demandé ce qu’il se passait, s’il y avait des attentats ou quoi. On a vu ensuite la police qui intervenait avec des gaz lacrymogène. Nous avons accueilli quelques instants dans l’arrière-salle des gamins de la soirée qui étaient choqués, le temps que cela se calme. Il y avait des jeunes filles et des jeunes gens de 17-18 ans qui étaient en larmes, qui tremblotaient« , témoigne l’organisateur du réveillon kabyle.

Très rapidement, la vidéo du lynchage, mise en ligne sur les réseaux sociaux, a suscité une vive émotion et beaucoup de colère. Du côté des policiers, le syndicat Alliance Police Nationale a dénoncé « cette violence permanente, sous toutes ses formes, contre les forces de sécurité » et réclamé le retour des peines plancher. Alors que le président de la République, Emmanuel Macron, réagissait par un tweet pour condamner cet événement (voir ci-dessous), le syndicat a réclamé « des paroles et des actes concrets » plus « que des tweets ».

Du côté des politiques, les réactions ne se sont pas faites attendre non plus.

« Ma première pensée va bien sûr aux agents qui agissaient normalement dans le cadre de leur mission de sécurité publique. Nous leur adressons toute notre solidarité. Il semble également que deux personnes du public aient été blessées, sans que l’on sache si elles ont elles-mêmes été victimes des échanges. Il est déplorable qu’une telle issue ait pu suivre cette soirée, apparemment organisée sur les réseaux sociaux, non maîtrisée, et qui a amené de nombreux jeunes non Campinois et au-delà du Val de Marne, sur place. C’est sans doute ce qui peut expliquer en partie le débordement qui a eu lieu, plusieurs centaines de jeunes ayant été refoulés à l’entrée et s’étant défoulés par la suite sur des véhicules stationnés sur la voie publique. Les images qui circulent sur les réseaux sociaux montrent la violence des faits et la lâche agression dont ont été victimes deux fonctionnaires de police. C’est inacceptable« , a réagi  Christian Fautré, maire PCF par intérim de Champigny-sur-Marne, indiquant avoir demandé aux autorités policières et à la préfecture du Val de Marne « de tout mettre en œuvre pour faire la clarté, pour comprendre comment une soirée de ce type peut être organisée dans un local qui semblait inadapté et sans autorisation, sans doute sans conditions de sécurité réunies, et qui aurait pu tourner encore plus au drame » et s’est engagé à ce que la ville suive de son côté »de très près le statut des locaux, des procédures de déclaration qui n’auraient pas été suivies par le propriétaire des lieux, et agir en conséquence« . « La multiplication des soirées lancées sur les réseaux sociaux nécessite aussi une plus grande vigilance pour laquelle nous demandons la coopération des services de l’Etat dans le département« , ajoute l’élu.

Mise à jour du 8 janvier : Le 4 janvier, le 1er adjoint au maire a publié un nouveau communiqué, indiquant s’être rendu dans les commissariats de Champigny sur Marne et de Chennevières avec l’adjoint à la sécurité, « pour apporter notre solidarité aux équipes et nos vœux de rétablissement aux deux agents de police traumatisés par une violente agression le 31 décembre, aux abords d’une soirée de réveillon« . L’élu s’est aussi inquiété que les faits aient tourné en boucle sur les chaines de radio et de télévision, »laissant beaucoup plus de place aux déclarations politiciennes qu’aux évènements mêmes. J’alerte et m’inquiète des dérapages qui les dénaturent et qui jettent l’opprobre sur les quartiers. »  « Il ressort clairement de nos échanges avec les responsables des deux commissariats, qu’aucun rapprochement ou amalgame ne peut être fait avec un phénomène de gangs de banlieue, de guérilla urbaine : termes banalisés ces dernières heures. Ce qui s’est produit à Champigny aurait tout aussi bien pu se produire ailleurs : une soirée festive privée, non déclarée et illégale, mal organisée et qui dégénère. La responsabilité du propriétaire, du gérant des lieux et des instigateurs de la soirée sont en cause. L’invitation à « l’aveugle » sur réseaux sociaux s’est vite propagée et a provoqué un surnombre de participants, rendant la soirée incontrôlable par ses organisateurs irresponsables, complètement débordés jusqu’à l’arrivée des forces de l’ordre », insiste l’élu qui rappelle que la ville a envoyé des mises en demeure adressées au gérant depuis fin 2016 pour lui demander de mettre fin à ses activités tant que l’établissement ne serait pas en conformité avec la règlementation ERP (établissement recevant du public). « Aucune demande d’autorisation n’a été faite, ni à la Préfecture, ni à la police, ni à la mairie, pour tenir la soirée de réveillon, qui aurait pu avoir des conséquences encore plus dramatiques », atteste l’élu. Le maire par intérim indique sur ce point avoir écrit au préfet pour lui demander les dispositions d’ordre public urgentes, « que lui-seul peut prendre », pour fermer l’établissement et ajoute qu’il va écrire au président de la République et au ministre de l’Intérieur, « pour exiger un meilleur encadrement et contrôle des initiatives véhiculées par les réseaux sociaux ». Concernant la colère exprimée par la police, l’élu rappelle que la ville continue de réclamer des moyens supplémentaires pour la police nationale de Champigny. « Nous avons été parmi les premières villes de France à candidater en octobre dernier au nouveau dispositif de police de sécurité du quotidien lancé par le Ministre Gérard Collomb, mais nous n’avons malheureusement pas été retenus.
Nous travaillons toujours en bonne coopération avec les équipes du commissariat et nous avons appuyé la rénovation de ses locaux (l’antenne de l’avenue de la République sera partiellement rouverte pendant les travaux qui démarrent ces jours-ci). Nous sommes en lien permanent avec tous les services d’Etat qui ont un rôle et une responsabilité dans le domaine de la tranquillité publique et de la sécurité dans nos territoires, avec les maires de nos villes voisines. Le 13 décembre dernier, avait lieu en mairie la séance plénière de la « cellule de coordination » de la ZSP (zone de sécurité prioritaire), qui se tient chaque année en présence du Préfet du Val de Marne, du Président du Tribunal de Créteil et de la Procureure de la République, et où participent tous les partenaires institutionnels et associatifs engagés dans cette mission. »

Les autres réactions politiques

Le maire Modem de Chennevières, Jean-Pierre Barnaud, a également fait part de son « plein et entier soutien » ainsi que sa « totale solidarité vis-à-vis des policiers du commissariat de Chennevières-sur-Marne » dont étaient issus les deux fonctionnaires de police agressés. « Chennevières-sur-Marne poursuivra évidemment les efforts engagés avec Champigny-sur-Marne et l’Etat dans le cadre de la ZSP (Zone de Sécurité Prioritaire commune aux deux villes), mais continuera à renforcer ses propres actions pour faire de la sécurité l’une des priorités de l’action municipale en renforçant son CLSPD (Contrat Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance). La ville est également engagée dans le renforcement et le redéploiement de son système de vidéo-surveillance et elle installera dès la semaine prochaine sa Police municipale dans de nouveaux locaux rue Aristide Briand », ajoute l’élu.

« Ces actes contre deux fonctionnaires de police sont inacceptables et scandaleux. Je les condamne fermement. J’apporte tout mon soutien aux victimes d’un déchaînement de violence intolérable », a aussi réagi Christian Favier, président PCF du Conseil départemental, élu dans le canton de Champigny. « Ces faits rappellent la nécessité de renforcer les effectifs de police du commissariat de Champigny-sur-Marne. Ces renforts sont demandés depuis de nombreuses années par le Département et la Municipalité. Alors que Champigny-sur-Marne compte sur son territoire l’unique Zone de Sécurité Prioritaire du Val-de-Marne, je tiens à rappeler la demande de la Municipalité et du Département d’étendre cette zone à l’ensemble de la commune afin de répondre en moyens et en actes aux difficultés rencontrées. Les Campinois et leurs élus locaux sont attachés à leur cadre de vie paisible et agréable où de tels incidents n’ont pas leur place. Des actes concrets de la part de l’Etat sont attendus après cet incident grave« , exhorte l’élu.

Le Front national local, par la voix de son secrétaire départemental François Paradol et du président du groupe FN local Jean-Marie Rougier, a considéré que « ces faits ultraviolents et révoltants sont permis par le laxisme du gouvernement Macron, dont l’insécurité est un véritable « point aveugle » du discours, de la communication et de l’action », avant de s’en prendre à une « politique municipale délirante » considérant qu’elle « favorise la submersion migratoire et exalte la « culture racaille » », réclamant « l’instauration de la présomption de légitime défense pour l’ensemble des forces de l’ordre« .

Le groupe France insoumise de Champigny, par la voix de sa présidente Jeannick Le Lagadec, a de son côté dénoncé une violence « inacceptable » et exprimé son « entière solidarité avec les fonctionnaires de police agressés », appellant en parallèle à agir avec « sang froid et sens de la justice ».   « Cet événement démontre une nouvelle fois l’urgence de renforcer les moyens humains et matériels de nos forces de sécurité. Il est anormal que ces policiers agressés cette nuit se soient retrouvés isolés lors d’une telle intervention. A Champigny, la saignée des effectifs depuis des années, poursuivie durant l’été 2016 avec la suppression de 36 postes, non intégralement compensés l’hiver suivant, mais aussi la fermeture de l’antenne du commissariat de centre-­‐ville avenue de la République, sont autant d’éléments qui plaident pour que l’Etat rompe enfin avec sa politique d’austérité qui a conduit à faire des économies sur le dos des fonctionnaires et des citoyen.ne.s. Ainsi, il est nécessaire de retrouver le plus rapidement possible les effectifs de police et de gendarmerie de 2007 et de restaurer une véritable police de proximité, condition d’un apaisement entre les forces de l’ordre et la population« , défend l’élue.

« L’Uces condamne avec la plus grande fermeté l’agression dont ont été victimes deux fonctionnaires de police à Champigny-sur-Marne dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Elle leur adresse son soutien et leur souhaite un prompt rétablissement. Cette nouvelle séquence de violence collective à l’encontre de membres des forces de l’ordre nous rappelle, si l’en était besoin, l’urgente nécessité de restaurer une culture du respect des autorités publiques, dont celle de la Police nationale, qui, faut-il le rappeler, a pour fonction de protéger les citoyens et de servir la paix civile« , a encore réagi Jean-Louis Besnard, maire adjoint et président du groupe Uces au sein du Conseil municipal.

Laurent Jeanne, président du groupe LR-UDI-Modem au Conseil municipal de Champigny, a également condamné « fermement » ces agissements et interpellé la ville sur les modalités d’exploitation de salle qui accueillait la soirée.
« Je me suis rendu sur place ce jour, j’ai pu constater l’importance des dégâts.  Nombreux jeunes ont déclaré sur les réseaux sociaux vouloir casser du flic alors que les policiers étaient juste présents pour aider des jeunes à la suite de l’effondrement du toit lié à un nombre trop important de personnes dans une salle inadaptée ».

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