Politique | Val de Marne | 06/02
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A Evry, les doléances de cinq maires du Val-de-Marne à Emmanuel Macron

A Evry, les doléances de cinq maires du Val-de-Marne à Emmanuel Macron
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Ce lundi 4 février, à Évry-Courcouronnes où Emmanuel Macron venait prendre le pouls de maires et responsables associatifs de la banlieue parisienne, les maires d'Orly, Limeil-Brevannes, Gentilly, Villiers-sur-Marne et L'Haÿ-les-Roses sont venus témoigner de leur quotidien et porter leurs doléances. Parmi leurs inquiétudes, la question des quartiers prioritaires et de la politique de la ville est revenue de manière récurrente.

Après les communes rurales et l’Outre-mer, Emmanuel Macron s’est livré à un face à face de six heures avec les maires et représentants associatifs de banlieue, ce lundi, à Évry-Courcouronnes. «Ce n’est pas parce que les mouvements les plus perceptibles de la période difficile que nous traversons, ne se déroulent pas en banlieue qu’il faut la considérer hors du grand débat national», s’est-il exprimé au tout début de la rencontre. Alors, les participants ne se sont pas fait prier pour expliquer au président les difficultés qu’ils éprouvaient au quotidien pour donner des perspectives d’avenir à leurs quartiers politique de la ville. Les participants ont eu la moitié du temps pour poser leurs questions ou interpeller le président qui a disposé du reste du temps imparti pour répondre. Les éléments de réponse du président aux questions posées par les élus val-de-marnais sont rapportées après le détail de leurs interventions.

Christine Janodet (Gauche citoyenne) maire d’Orly : rénovation urbaine, logements sociaux, CFA…

«Lorsque l’on ma demandé de participer à ce débat, j’ai hésité. Est-ce que je viens pour faire la claque ou poser les bonnes questions ? Je vais donc partager avec vous les questions que me font remonter les Orlysiens lors des permanences et des débats organisés dans les quartiers. Tout d’abord, ils souhaitent l’amélioration de leur cadre de vie. L’Anru (Agence nationale de la rénovation urbaine) a mis le paquet, et nous sommes en bonne voie pour finaliser la première phase, mais j’attire votre attention sur la schizophrénie d’Action logement qui d’un côté finance le renouvellement urbain mais demande des mises à disposition de terrains qui impactent le bilan de ces opérations. En matière de logement social, il n’est plus possible que ce soit toujours les mêmes villes qui construisent. Il faut faire appliquer plus régulièrement la loi SRU pour permettre aux franciliens de se loger partout sur le territoire francilien. Ensuite, nos habitants souhaitent le maintien des services publics, notamment de la Poste, lieu important pour toute une population aux minimas sociaux. Je reconnais également les bons résultats du dédoublement des classes de CP et CE1 en zone d’éducation prioritaire même si cela nous a coûté de l’argent pour adapter les écoles. Enfin, vous avez promis lors de votre campagne d’agir pour la formation. Les CFA sont en danger avec la perte d’un tiers de leurs ressources par le retrait de la Région», a plaidé l’élue, également conseillère déléguée au Conseil départemental du Val-de-Marne.

Patricia Tordjman (PCF), maire de Gentilly : le budget en diminution de la politique de la ville

«Gentilly est la ville autour de Paris avec la plus grande part de logements sociaux. Certains quartiers ont été rénovés, il y a longtemps déjà, grâce à la fiscalité économique. Aujourd’hui, nous ne la percevons plus. La loi ELAN inflige un recul à l’investissement public pour le logement qui nous permettait d’offrir à des familles modestes la possibilité de pouvoir vivre aux portes de Paris. Je déplore la réduction des fonds politiques de la ville, qui fondent comme neige au soleil, à l’époque cinq de nos sept quartiers étaient en politique de la ville, aujourd’hui, ils ne sont plus que deux. Pourtant, les familles qui y vivent et les commerces qui y sont installés ne se sont pas enrichis. 45% des foyers fiscaux sont toujours non imposables et ce n’est pas parce qu’ils ont placé leurs revenus dans des paradis fiscaux mais parce qu’ils tirent tous les jours le diable par la queue. Enfin, la construction métropolitaine imposée par la loi NOTRe, n’est pas la notre. Elle n’a fait que mettre à mal ce que nous avons construit depuis 20 ans avec nos coopératives de ville. Il faut revenir aux fondamentaux, à la commune, à la loi.» Patricia Tordjman a également profité de son face-à-face pour confier au président plusieurs cahiers de doléances remplis par les habitants de Gentilly au cours des dernières semaines.

 

 

Vincent Jeanbrun (LR), maire de L’Haÿ-les-Roses : comment un quartier s’est ghettoïsé

«J’ai la chance d’être le maire de la commune qui m’a vu grandir dans un quartier de 800 logements avec des tours de plus de 18 étages, 75% de logements sociaux et qui n’a jamais été la priorité de personne. Je l’ai vu changer, sombrer et sortir peu à peu de la République avec la désertification médicale, la fermeture des commerces, le communautarisme, la radicalisation. Je l’ai vu se ghettoïser. A mon époque déjà, ce n’était pas le paradis, mais c’était un quartier rempli de rêves. Avec les copains, nous voulions dévorer le monde et croyions à l’ascenseur social. Aujourd’hui, il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus d’ascenseur. Avec mon équipe municipale, nous essayons d’en redonner mais que peut-on faire quand même l’État revient sur les subventions de programme de réussite éducative qui sont de véritables remparts laïques et de véritables tremplins pour la réussite? Je pense qu’il est grand temps d’un plan Marshall pour la banlieue, un plan anti-ghetto pour aller au-delà de ce que fait l’Anru qui est parfois sous-dotée financièrement au regard de l’ampleur des enjeux et parfois d’une complexité repoussante. Il faut attaquer sur tous les fronts, pas simplement l’urbanisme, il faut investir dans le développement économique et culturel de ces quartiers en dotant les maires de structures pour piloter la reconstruction de ces quartiers», a enjoint l’élu, également conseiller délégué au Conseil régional.

Françoise Lecoufle (LR), maire de Limeil-Brévannes :le Val-de-Marne département des prisons?

«Je voulais interroger sur la capacité de dialogue de l’État dans la mise en œuvre de ses politiques publiques que ce soit avec la population ou les élus locaux. Je vous donne un exemple. Le 22 février 2018, en consultant un document administratif, j’ai appris que l’État souhaitait implanter une structure pénitentiaire dans ma ville, ni vu ni connu. Pas d’information, pas de consultation et des contours encore opaque. Depuis un an, avec les Brevannais et les élus du département de tout bord confondu, nous essayons d’expliquer à l’État que l’on veut désenclaver notre ville en accueillant le premier téléphérique urbain d’Île-de-France, mais nous avons cette épée de Damoclès toujours au-dessus. Ce type d’initiative est fait pour décourager les maires qui travaillent pour développer les mobilités et l’emploi dans des quartiers difficiles. D’autres mairies se sont portées volontaires pour accueillir ces structures alors est-ce qu’il y en aura une à Limeil, et est-ce que le Val-de-Marne va devenir le département des prisons ?» a attaqué l’élue, également conseillère départementale d’opposition.

Jacques-Alain Bénisti (LR), maire de Villiers-sur-Marne : le recul financier de la politique de la ville

«Notre belle région est composée de villes riches et pauvres. Ces dernières ont de faibles potentiels fiscaux et financiers et malheureusement, elles ne sont pas traitées de la même manière par l’État. Dans ces quartiers prioritaires, 30% des administrés payent l’impôt sur le revenu. Alors, quand j’ai accepté le projet de renouvellement urbain de l’Anru, j’ai anticipé cela en créant l’Escale pour s’occuper de la réinsertion et de l’intégration de toutes les familles dans la précarité que l’on nous envoie. Au départ, l’État nous accordait des financements. Aujourd’hui, il ne nous aide plus , et en plus, il nous demande de payer 3,5 millions et demi d’euros de recettes alors que l’Escale nous coûte 5 millions d’euros. Je vous demande aujourd’hui de prendre la décision de rendre cet argent à toutes les villes à faible potentiel fiscal pour que l’on puisse encore accueillir ces familles orientées par les préfectures et que nous devons porter à bout de bras.»

Quelques éléments de réponse du président

Prison à Limeil : «il y a d’autres villes candidates»

«La concertation continue, c’est ce qui m’a été dit. Aucune décision n’a été arrêtée de manière définitive. Il y a d’autres villes candidates et je suis aussi étonné de la situation. Si vous n’en voulez pas et qu’il n’y a pas de consensus, nous pourrons trouver une solution différente.»

Anru (Rénovation urbaine) : l’Etat a ajouté 10 millions d’euros

«L’Anru, ça a été une formidable idée. La première génération a connu un formidable succès, puis, on a stratifié les choses, c’est devenu plus long, plus compliqué et nous avons moins dépensé d’argent. Je ne peux pas vous laisser dire qu’il ne s’est rien passé depuis le 22 mai dernier [date à laquelle le président Macron avait désavoué Jean-Louis Borloo auteur d’un rapport pour un plan banlieue], nous avons remis 10 milliards pour l’Anru 2. Nous allons partir beaucoup plus vite et nous allons réduire les délais avant la pose de la première pierre.»

Loi SRU (qui impose un quota de logements sociaux par ville avec sanctions à l’appui) : travailler à l’échelle intercommunale

«Je ne veux pas que les mairies qui jouent le jeu se découragent en pensant que l’on cède avec les communes carencées. Honnêtement, je ne pense pas qu’un assouplissement de la loi soit la solution. Travaillons à l’échelle intercommunale pour rendre aux acteurs de terrain une marge de manœuvre et s’adapter.»

Services publics : oui il y a un problème

Le chef de l’Etat a également reconnu que la banlieue, à l’instar des zones rurales avait payé un lourd tribut aux économies sur la présence des services publics et qu’il souhaitait y remédier.

Education : le dédoublement se poursuivra au-delà des réseaux d’éducation prioritaire

Le président a également exprimé sa volonté de poursuivre la mécanique du dédoublement des classes au-delà du zonage REP et REP +.

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