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Entreprendre | Sucy-en-Brie | 23/06
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A Sucy-en-Brie, Bluepollen forme à la sécurité routière par immersion virtuelle

A Sucy-en-Brie, Bluepollen forme à la sécurité routière par immersion virtuelle
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XRoad, tel est le nom de la formation innovante lancée par la société Bluepollen de Sucy-en-Brie pour former à la sécurité routière par immersion virtuelle.

cci-val-de-marneCet article s’inscrit dans le cadre de la rubrique Histoires d’entreprises et d’entrepreneurs, rédigée grâce au soutien de la CCI du Val-de-Marne, pour donner à voir la géographie entrepreneuriale du département. Voir tous les articles publiés dans cette rubrique. 

Dans une salle de conférence, une dizaine de collaborateurs munis de manettes de consoles de jeux conduisent chacun leur véhicule dans le même espace virtuel,  reproduction exacte d’un réseau routier en milieu urbain. En fonction des modules, ils peuvent expérimenter la conduite dans différentes conditions, sous l’emprise de l’alcool, du cannabis ou autre substance altérant les facultés intellectuelles et les réflexes, à différents niveaux de vitesse, en étant collé au téléphone ou encore au volant d’une voiture mal entretenue. Une approche ludique mais très sérieuse pour prendre conscience des risques que l’on fait encourir à soi-même et aux autres. A l’initiative de cette formation, animée par des formateurs et psychologues diplômés en sécurité routière, Xavier Schoenlaub et Michaël Douaud, deux entrepreneurs de Sucy-en-Brie, qui ont travaillé d’arrache-pied pendant deux ans et traversé des périodes de doute.

«Sous l’effet du stress, les automobilistes pensent à leur retard, se projettent sur leur journée à venir»

Pour eux, cette aventure a commencé fin 2016. Les deux papas quinquas font connaissance après avoir déposé leur enfant à l’école. Ils sympathisent et se retrouvent régulièrement pour aller prendre un café et refaire le monde. «Nous avions chacun une vingtaine d’années d’expérience. Michaël est diplômé de l’école supérieur Estienne des Arts et Industries Graphiques spécialisé en modélisation 3D et a d’abord travaillé dans des grands groupes avant de se mettre à son compte en tant que prestataire graphiste. Quant à moi, après mes études à l’institut polytechnique de Grenoble, j’ai exercé la totalité de ma carrière dans le secteur automobile, ma passion, dans un groupe international spécialisé dans les systèmes de freinage», explique Xavier Schoenlaub. Régulièrement, les deux pères s’agacent du comportement des parents qui déposent leur enfant en voiture. «Lorsque l’on est au volant, il faut être dans l’instant présent pour être attentif à ce qu’il se passe autour de soi. Or, c’est tout le contraire que l’on observe. Sous l’effet du stress, les automobilistes pensent à leur retard, se projettent sur leur journée à venir. La conduite aujourd’hui est vécue de manière anecdotique et c’est dangereux», insiste Xavier Schoenlaub.

Se lancer à cinquante ans : il faut oser

Pour Xavier et Michaël, la prise de conscience est telle qu’ils décident d’agir en se lançant eux-mêmes dans la prévention routière, à leur manière, en créant leur propre entreprise à partir d’un concept original, pédagogique. Pas facile toutefois de plonger dans l’inconnu en repartant quasiment de zéro à cinquante ans. «Monter sa société à 24 ans lorsque l’on vit encore chez ses parents cela peut sembler peut-être plus facile. Mais à 50 ans passé avec les crédits immobiliers, les enfants et les pensions alimentaires, il faut assumer! Nous savions que ce serait difficile et qu’il allait falloir de l’argent et de la sueur, mais que si nous nous entourions bien et que nous conservions nos convictions, nous y arriverions», se remémore le copilote de cette aventure entrepreneuriale.

Rencontres déterminantes

Les deux associés se divisent le travail. A l’ex-ingénieur automobile les aspects administratifs et financiers tandis que le créatif se lance dans le développement graphique de l’environnement virtuel et s’attaque au développement informatique. Les rencontres sont aussi déterminantes, comme celle de Francis Salva, expert-comptable et Aymeric Berger, juriste, tous deux de Sucy-en-Brie, qui veillent sur le projet et nous conseillent. Il y a aussi la formation 5 jours pour entreprendre à la CCI du Val-de-Marne au printemps 2017. Dès l’automne suivant, en octobre 2017, Bluepollen est créée. Le bleu symbolisant le ciel et l’optimisme, le pollen la transmission de savoir. Les associés contactent aussi BPI France pour candidater à la bourse French Tech. «Nos interlocuteurs de BPI France à la direction régionale IDF-Est ont rapidement été convaincus par notre projet et nos innovations pour ensuite nous soutenir, et faire en sorte qu’on obtienne la bourse pour lancer nos développements» Le produit, lui, est clairement défini : une formation innovante animée grâce à une intelligence artificielle, jouant sur l’aspect coopératif et immersif.

Un lancement en B to B

En termes de marché, les deux associés ciblent d’abord les employeurs des secteurs publics et privés, puisque que 44% de la mortalité en entreprise est due aux accidents de la route. Des drames qui surviennent le plus souvent pendant le trajet domicile-travail et sur des routes très familières aux conducteurs. «Ces accidents sont liés au conducteur lui-même qui a tendance à développer une sur-confiance du fait qu’il ne lui arrive jamais rien malgré des comportements à risque. Lorsqu’on lit un SMS au volant, on quitte la route des yeux en moyenne pendant 5 secondes. Aucun conducteur n’oserait garder les yeux fermés en conduisant ! Si nous n’avons pas systématiquement un accident, c’est parce que les autres conducteurs font attention pour nous, jusqu’au jour où le pépin finit par arriver», prévient le co-dirigeant.

Pas d’argent, pas de prototype. Pas de prototype, pas d’argent

Le projet démarre. Bluepollen recrute trois stagiaires de l’Epitech en 5e année pour leur stage d’approfondissement et se donne un semestre pour aboutir à une « preuve de concept », une réalisation expérimentale permettant de démontrer la faisabilité du projet. L’entreprise sollicite également une société d’expertise cognitive pour mettre l’humain au cœur de leur produit et éviter l’écueil d’un produit de e-learning un peu froid. Michaël Douaud et les trois stagiaires passent alors par six mois intenses de recherche et développement pour créer un écosystème routier appétant visuellement et pour imaginer des scénarios d’accidentologie. Pendant ce temps, Xavier Schoenlaub s’occupe de l’administratif, de la recherche de financement et de l’indispensable réseautage. Il entre ainsi dans les clubs d’entrepreneurs de Sucy en Brie, puis au CECAP de Créteil qui décerne à la startup le prix de l’innovation en mai 2018. La jeune pousse passe également devant un comité d’étude de projet à la CCI du Val-de-Marne. Mais la période est délicate. «Nous approchions de l’été 2018 et nos stagiaires développeurs allaient passer en CDD alors que nous n’avions pas encore notre prototype. Il nous manquait un bon semestre pour basculer vers une appétence marché. Mais nous n’avions plus d’argent. Ce fut un grand moment de solitude!» se souvient le co-fondateur qui entreprend alors un tour des banques et des business angels, en vain.

Un nouvel apport personnel vient donner un peu de répit, après la première mise de départ de 40 000 euros, mais il faut déjà trouver une nouvelle source de financement pour obtenir le fameux prototype. Sauf que sans démonstration de la viabilité du produit, impossible de lever des fonds. C’est le serpent qui se mord la queue. Le sauve-conduit viendra de Initiative France qui a ouvert son programme croissance initiative, jusqu’alors réservé aux entreprises de 3 ans, à des sociétés plus jeunes. «Il y a un prêt d’honneur de 75000 euros à la clé conditionné à l’obtention d’un prêt bancaire, c’est ce qu’il nous faut pour passer l’année et commencer la commercialisation mais il faut encore convaincre. VMAPI est d’accord mais me dit qu’il faut maintenant aller convaincre Initiative France et que ça ne sera pas facile parce que nous ne générons aucun chiffre d’affaires. Ils m’ont aidé à monter un dossier avant de passer devant le comité d’engagement. J’ai demandé à Michaël de me faire un prototype, quelque chose que je puisse montrer. Cette fois, le jury a été conquis et a accepté de nous soutenir.» L’entrepreneur parvient aussi à obtenir un prêt la banque LCL après avoir passé, il l’avoue, quelques mauvaises nuits.

Début 2019, le produit, baptisé XRoad, est fin prêt à la commercialisation. Entre-temps, la société déménage à l’hôtel d’entreprise du territoire Grand Paris Sud Est Avenir (GPSEA) à Chennevières-sur-Marne. Xavier passe à la prospection commerciale et vise les sociétés qui ont signé une charte d’engagement gouvernementale en 2016 pour la prévention des risques routiers de leurs employés. «Les groupes avec lesquels je suis en contact souhaitent notamment une alternative au e-learning. L’utilisateur est acteur de sa formation. C’est de la pédagogie inversée.»  Une autre rencontre sera déterminante pour le lancement du projet, celle de Valérie Kreel-Miège, docteur en psychologie sociale, animatrice de stages de récupération des points, qui leur explique avoir de plus en plus de mal à faire passer les messages de prévention tant l’acte de conduite et ses mauvaises habitudes se sont banalisés. «Elle a été convaincue par XRoad et nous a rejoint pour nous aider à achever le projet et réaliser les premières formations. Comme elle est reconnue au niveau du ministère de l’Intérieur, cela nous a permis de prendre contact avec les responsables nationaux de la sécurité routière, qui nous ont nommé pour le prix innovation 2019.»

La semaine dernière, Bluepollen a ouvert son site vitrine pour lancer officiellement XRoad et s’apprête à dispenser les premières formations.

Site internet de XRoad

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