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Bicêtre, Mondor… les hospitaliers du Val-de-Marne ont donné de la voix

Bicêtre, Mondor… les hospitaliers du Val-de-Marne ont donné de la voix
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Personnels soignants, médecins, infirmiers, psychiatres, et mêmes pompiers ont rejoint ce jeudi le cortège de la manifestation pour les hôpitaux publics depuis le CHU Mondor. 

Dans le hall du centre hospitalier et universitaire Henri Mondor, les médecins et soignants sont dans les starting blocks depuis la fin de matinée, pour partir ensemble au rendez-vous de Port Royal. Les infirmiers du bloc opératoire enfilent leurs blouses bleues et leurs masques pour ce midi. À l’instar de Camille, 21 ans, étudiante en deuxième année de médecine générale. “On a les moyens de changer les choses, si tout le monde baisse les bras on aura rien!” enjoint-elle.

“Un infirmier fait cinq ans d’études et il commence à 1700 euros par mois pour des journées de travail de dix heures, sans compter les week-ends et les jours de garde. Nous allons continuer à manifester jusqu’à qu’ils entendent”, la rejoint Odile, infirmière de bloc, en aidant ses collègues à attacher leur blouse dans le hall du CHU.

Début de la manifestation pour l’hôpital public

Les praticiens sont aussi du mouvement. “Je manifeste en solidarité avec les personnes non-médicales. Ils subissent un éloignement de leurs missions de soins. En plus, il n’y a aucune incitation salariale à rester dans le public. L’objectif aujourd’hui est d’attirer l’œil sur la fragilité du système. L’AP-HP a une triple mission : l’enseignement, la recherche et les soins, mais les tâches administratives prennent le dessus. Les médecins finissent par fuir. A Henri-Mondor, il y a déjà 5 à 6 PU-PH (professeurs universitaires -praticiens hospitaliers) qui sont partis. Personnellement, je reste car il faut défendre l’AP-HP. Il y a eu plusieurs réunions du conseil d’administration au sujet du regroupement des services mais au quotidien dans mon travail, je n’en ressens pas l’impact. Je conteste tout de même la gestion purement comptable. L’homme ne se résume pas à un chiffre”, expose Christophe Duvoux, gastro-entérologue et hépatologue, PU-PH à Mondor.

 

 

Christophe Duvoux, Professeur des universités-praticien hospitalier dans le cortège

Du coté des infirmiers, l’hémorragie est plus importante. « Quand un stagiaire vient, il n’a pas envie de revenir par la suite, on compte même deux-tiers des infirmiers en fin de cursus qui ne travaillent pas en AP-HP. Car les conditions de travail sont mauvaises. Le budget de l’Ondam a été réduit de 5 à 2 milliards, alors qu’on avait déjà des problèmes avant cette baisse. Un infirmier fait une garde tous les quatre jours, la concentration est à 200 %, c’est une autre façon de travailler à laquelle on s’est adapté. On ne devrait pas s’habituer justement, car s’adapter, c’est valider ces méthodes. Nous avions l’espoir que les choses allaient s’améliorer car la ministre de la Santé Agnès Buzyn était médecin auparavant mais cela n’a rien donné. Au lieu de cela, le gouvernement répond avec des supra GH (groupes hospitaliers issus de regroupement d’hôpitaux) », témoigne Eric Tricot, infirmier de bloc à Mondor et délégué Sud Santé.

Eric Triot, infirmier à Henri Mondor

A CHU Bicêtre, même combat

Même mobilisation à l’hôpital Bicêtre. « On assiste à un glissement des tâches entre le médical et le paramédical. Le regroupement de plusieurs services en un seul XXL n’est pas une bonne idée car les spécialisations ne sont plus mises en avant. Et puis, les référents qui sont à la tête de ces services regroupés sont des personnes de l’administration. Ils n’ont pas la notion du terrain comme les infirmiers. Depuis la T2A (Tarification à l’acte mise en place au début des années 2000), on veut rendre l’hôpital public rentable. Ils veulent du chiffre alors qu’on est dans de l’humain. Aujourd’hui, les médecins sont avec nous, il y a eu une prise de conscience. Il ne manque plus que les usagers. On n’a pas assez de soutien de ce côté-là, il y a ce cliché du fonctionnaire qui râle encore », note Audrey, infirmière et délégué CGT à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre . « Hier, des patients sont venus proposer leur soutien pendant que je collais les affiches », tempère Eric Tricot.

Et aussi dans les structures médico-pédagogiques

Anne-Sylvie, médecin social dans un externat médico-pédagogique à Fontenay-Sous-Bois, manifeste avec une collègue, pancarte en main.

Anne-Sylvie, médecin social dans un externat médico-pédagogique

“On reçoit des enfants de 5 à 16 ans avec des troubles du comportement. Le problème, c’est qu’on a moins de moyens et de personnel comme partout ailleurs. On a une pression de la part de nos supérieurs qui eux même doivent rendre des comptes à leur hiérarchie. Ce que je demande aujourd’hui, c’est d’avoir un meilleur climat au travail, qu’on arrête de nous mettre la pression. J’aimerais également améliorer la liaison entre les écoles et les EMP (externats médico-pédagogiques). Pour certains parents, on croirait que l’inclusion sociale est magique, mais ce n’est pas le cas. À cause de cela, on accueille tardivement des enfants âgés de 12 ans, au lieu de 5-6 ans”, développe la praticienne.

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