Donnez votre avis | Val de Marne | 15/01
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Val-de-Marne : ce que les citoyens écrivent sur les cahiers de doléance

Val-de-Marne : ce que les citoyens écrivent sur les cahiers de doléance © Jeanne Peru Gelly
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Suite au mouvement des gilets jaunes, les maires n'ont pas attendu l'instauration du grand débat national pour ouvrir des cahiers de doléances. L'initiative, lancée par l'Association des maires d'Ile-de-France (Amif), s'est répandue dans de nombreuses communes au-delà de la région. Certaines communes ont mis à disposition des registres dans le hall de la mairie, et tous les habitants d'Ile-de-France peuvent aussi directement faire part de leurs attentes sur une plate-forme en ligne. 

« Pour une fois qu’on nous demande notre avis (merci les gilets jaunes !) je le donne », pose un retraité de Saint-Mandé.  Venu à la mairie pour refaire sa carte d’identité, il a repéré le registre bien en vue et a fini par s’asseoir pour noter ses doléances avec application. Certains, plutôt que d’écrire sur place, préfèrent coller leur texte déjà écrit à la maison, pour être sûrs de ne rien oublier, ou être plus discret. « Je suis un nanti ! J’ai 89 ans. Ma génération a connu les affres de la guerre, puis nous avons dû nous retrousser les manches (…). On me reproche aujourd’hui de coûter trop cher à la société et on me ponctionne en CSG, CASA, impôts sur mes cotisations mutualistes, sans savoir réellement où est affecté cet argent », déplore un retraité, de Fontenay-sous-Bois. La fiscalité des retraites et des mutuelles est un sujet récurrent, confirmé aussi dans les revendications en ligne reçues par l’Amif.

Doléance à Ivry-sur-Seine

 

 

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Plus d’un milliers de retours sur la plate-forme en ligne et des préoccupations récurrentes

La semaine dernière, l’association des maires d’Ile-de-France avait déjà reçu plus d’un millier de contributions via son site Internet, et indiquait que 200 communes de la région avaient ouvert un cahier de doléances. Les autres demandes listées par l’association régionale : des rencontres régulières avec le parlementaire du territoire, favoriser l’autonomie financière des handicapés, que le travail et la productivité ne soient pas la seule reconnaissance sociale dans notre société, que les entreprises s’impliquent activement et financièrement dans la lutte pour le climat, le maintien d’un service public de proximité, le rétablissement de l’ISF – un sujet qui a fait l’objet de nombreuses demandes pointe-t-on à l’Amif, l’organisation de référendum – également plébiscité, la participation citoyenne aux lois de notre pays, la lutte contre les déserts médicaux et la création de maisons de santé, l’application du principe pollueur/payeur, la création de transports à la demande, la création de liaisons gares/villages, redonner du pouvoir aux communes, la taxation des transactions financières, la baisse de la CSG, la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité – laquelle a aussi fait l’objet de nombreuses demandes et encore un changement de cap de l’Europe.

Lien vers la plate-forme en ligne des cahiers de doléances de l’Amif

« Vous mettez ce livre de doléance « super » mais j’aimerais qu’il serve ! »

Des demandes qui se retrouvent aussi couchées sur le papier, dans les mairies où nous nous sommes rendus à Ivry-sur-Seine, Fontenay-sous-Bois et Saint-Mandé. Des doléances souvent assorties de propositions concrètes. A Fontenay-sous-Bois, où des registres ont été installés en plusieurs points de la ville, la municipalité indique avoir déjà reçu plus de 200 retours. A Saint-Mandé, une soixantaine de doléances figurent sur le grand cahier à disposition. A Ivry-sur-Seine encore, plusieurs registres ont été noircis de dizaines de commentaires. Alors que les citoyens ont l’occasion de demander leur avis, ils exigent aussi que celui-ci serve à quelque chose (voir le témoignage ci-dessous).

Lire aussi  : Le Kremlin-Bicêtre refuse les cahiers de doléances

Priorité au pouvoir d’achat

Parmi les mesures pour agir directement sur le pouvoir d’achat, de nombreux citoyens réclament une augmentation du SMIC, du point d’indice dans la fonction publique et des pensions de retraites, la mise en place d’un salaire pour les mères au foyer, ou encore la baisse de la taxe sur les produits de première nécessité. « Il ne faut pas oublier les classes moyennes qui touchent un peu plus que le salaire minimum mais pas assez pour obtenir la prime d’activité », insiste un habitant. Beaucoup de demandes concernent également le logement, réclamant de supprimer la taxe d’habitation, abroger la loi ELAN, augmenter les APL, accroître le nombre de logements sociaux…

« Monsieur le maire, j’ai fait un rêve »

 

Rétablir l’ISF mais moins taxer l’héritage ?

Le rétablissement de l’ISF (Impôts sur la fortune), supprimé au début de mandat du chef de l’Etat, fait aussi partie des demandes récurrentes, même si, sur ce sujet, les doléances varient d’une ville à l’autre. « Il faut supprimer la taxe sur les successions, il est anormal que l’on s’endette toute une vie pour ne pas pouvoir transmettre à nos enfants », s’indigne ainsi un habitant de Saint-Mandé. Plusieurs citoyens réclament pour leur part le durcissement des politiques de lutte contre l’évasion fiscale, ciblant en particulier « les GAFA » (Google, Amazon, Facebook, Apple). Au contraire, un participant suggère de taxer les robots qui remplacent les humains. D’autres, surtout, veulent savoir “où vont leurs impôts” et réclament plus de « transparence » dans la redistribution.

« 100 milliards d’euros pour lutter contre le réchauffement climatique »

L’écologie n’est pas absente des préoccupation. Un Ivryen demande ainsi au gouvernement de “consacrer 100 milliards d’euros à la lutte contre le réchauffement climatique“. D’autres réclament davantage de sanctions contre les entreprises qui polluent. “Il faut recourir à des modes alternatifs de transports de marchandises, par exemple par voie ferrée, en encourageant et en permettant à plus de citoyens de privilégier les circuits courts”, pointe un Fontenaysien. Plusieurs proposent un calendrier pour programmer la fin de l’utilisation de pesticides et de perturbateurs endocriniens. Les questions environnementales peuvent aussi être locales comme à Ivry-sur-Seine, où un habitant s’indigne que l’enquête publique sur le nouvel incinérateur ait obtenu un avis favorable malgré les nombreuses pétitions contre le projet.

Immigration

Des habitants ont aussi utilisé ces cahiers de doléances pour demander au gouvernement des clarifications en matière de politique migratoire. « Faire une vraie politique d’immigration assumée et non subie avec des quotas par pays et par profession. Les refoulés de la demande d’asile doivent être effectivement renvoyés dans leurs pays et non rester clandestinement », réclame un participant à Fontenay. D’autres demandent en revanche une politique d’accueil dans la dignité, un respect du droit du sol. Stop aux noyés en méditerranée s’alarme un citoyen d’Ivry qui réclame un pavillon français pour l’Aquarius (voir ci-dessus).

« Arrêter les programmes idiots à la télévision « 

Légitimité des politiques, implication des citoyens

Il est reproché aux élus de ne pas être assez accessibles, voire de faire preuve d’opportunisme dans leurs choix de carrière. Plusieurs indiquent n’avoir « aucune confiance dans nos élus » et veulent « dire stop aux privilèges », en mettant en place des mandats révocables et un « meilleur contrôle » des dépenses des parlementaires. Des habitants appellent aussi à supprimer le Sénat et à diminuer le nombre de parlementaires.  « Il faudrait une représentation de la vraie volonté des votants (ou de ceux qui se déplacent) », propose un habitant de Fontenay. Les participants réclament enfin davantage de scrutins à la proportionnelle. Malgré une certaine colère envers les hommes et femmes politiques, il ressort de la lecture des cahiers la volonté d’impliquer les citoyens dans l’élaboration des politiques publiques. Le référendum d’initiative citoyenne (RIC) est souvent cité. Tout comme la possibilité pour des citoyens tirés au sort de siéger dans les conseils communaux, départementaux et régionaux. Certains en profitent pour faire passer des messages à leurs élus locaux à l’instar de plusieurs fonctionnaires territoriaux qui demandant davantage de considération  ou de propriétaires réclamant des efforts sur la fiscalité. Plusieurs sollicitent également les villes au sujet de la propreté de la voirie ou de l’installation de pistes cyclables.

 

« De grâce, aidez-moi »

Certaines doléances sont aussi poignantes comme celles de sans sans domicile qui témoigne être dans sa onzième année de demande de logement à Ivry-sur-Seine.

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