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Justice | Fresnes | 31/01
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Comment Fresnes vit avec sa prison

Comment Fresnes vit avec sa prison
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Inaugurée en 1898, construite pour remplacer notamment l’ancienne prison de Mazas qui se trouvait près de la gare de Lyon, la maison d’arrêt de Fresnes s’est imposée dans le paysage depuis 120 ans. Deuxième plus grand centre pénitentiaire de France derrière Fleury Mérogis, elle enferme près de 2700 détenus. En ville, on compose avec cet établissement d’un genre particulier.

«Fresnes s’est construite autour de sa prison, pose Marie Chavanon, maire PS de la ville. C’est sûr que l’on ne choisit pas ce type d’équipement en priorité, par rapport à un centre de recherche ou un équipement sportif, et que ces 20 hectares complètement fermés constituent une coupure, mais nous faisons avec et essayons au maximum d’intégrer les personnels qui résident sur place et sont des Fresnois à part entière. Nous essayons de les rencontrer régulièrement. Nous accueillons aussi parfois des personnes condamnées qui exécutent des peines d’intérêt général. Pour nous, il est important de faire place à cet établissement et les problèmes de surpopulation, d’hygiène et de sécurité dans la maison d’arrêt nous préoccupent beaucoup. J’espère que la rénovation de cet établissement sera rapidement effective», détaille l’élue. L’édile reconnaît aussi que pendant des années, les promoteurs venaient moins mais remarque que la situation a changé car l’espace alentours s’est raréfié.

De l’avis des agents immobiliers, la réticence concerne essentiellement les appartements avec vue. « La grande majorité des gens ne posent pas la question de la prison au premier abord mais même si les prix sont attractifs (de l’ordre de moins 20% pour un appartement qui donne directement sur la maison d’arrêt), quatre clients sur cinq refusent une fois qu’ils ont visité», estime David, 23 ans, agent immobilier dans le centre-ville. «On nous pose la question c’est vrai, et les prix sont un peu plus bas, mais ce qui joue sur le marché immobilier fresnois  est surtout la proximité avec Antony, pas la prison. Mais la ville reste connotée. Quand on pense Fleury-Merogis on pense prison. Quand on pense Fresnes on pense prison. Il est recevable d’avoir peur mais si un client est inquiet, on lui dit que justement le quartier est très surveillé!», ajoute Stéphanie, 31 ans, agent immobilier elle aussi.

Dans le quartier, les habitants acceptent le compromis, à l’instar d’Hadjim Messaoud, 36 ans, au chômage, qui habite dans le quartier depuis 6 mois. Il confie « avoir eu du mal à trouver un appartement et s’être installé dans le quartier sans trop se poser de question.» Certes, depuis sa fenêtre, il voit un mirador, mais, pour lui, la prison fait partie du décor.  «On n’y pense pas vraiment», confie-t-il. Idem pour Sakou, une femme au foyer qui habite dans le quartier depuis 8 ans. « On n’y pense pas trop, sauf quand on entend parler d’une évasion à la télévision», explique-t-elle.

Nuisances liées aux visiteurs

Retraités, Monique et Christian habitent dans le quartier depuis des dizaines d’années. Pour eux, le problème principal ne concerne pas les détenus en tant que tel mais leurs proches, qui se garent sur le parking de leur immeuble. « Les après-midis, les parkings sont bondés » et puis «il y a des visites quasiment tous les jours. » Malgré des nuisances réduites, ils comprennent que les gens aient peur de venir s’installer ici : « Notre voisin avait hésité à prendre l’appartement, il avait peur. Finalement il n’a pas regretté » explique Christian.  Pour Monique, « c’est plus à cause de l’état des locaux que de la présence de la prison que certaines personnes refusent de loger ici. Le quartier s’est beaucoup dégradé, il est mal entretenu.»  Annie, elle, est gênée par les dialogues avec l’extérieur. L’immeuble de cette retraitée donne directement sur la prison et de sa fenêtre, on peut voir les chambres des détenus. Or l’été, les femmes des prisonniers se placent derrière les grillages pour leur parler. « Ils crient tous très fort pour se faire entendre. Parfois c’est insupportable, confite-t-elle tout en relativisant.Pour ceux qui ont des avions ou des trains qui passent toutes les deux minutes, je suis sûre que c’est bien pire! » Même en plein hiver, quand les fenêtres sont fermées, on peut entendre des cris de prisonniers. Depuis la rue des Frères Lumières, qui surplombe la prison, des voix étouffées par la distance témoignent des dialogues entre les détenus qui s’appellent et s’interpellent depuis les différentes cours de promenade.

Nadia a 30 ans et est employée commerciale. Elle promène son chien sur l’avenue de la liberté qui borde le flanc sud de la prison. Mère de deux enfants, elle habite dans le quartier depuis 2001. La présence de la prison ne la dérange pas particulièrement, « sauf parfois, lorsqu’il y a beaucoup de voiture de police qui passent.» Elle se souvient en revanche d’avoir été réveillée il y a quelques années « vers 4h du matin » par un grand bruit, « comme un coup de feu ou une explosion de bombe.»  « C’était un prisonnier qui s’évadait. Là c’est sûr, ça fait peur! » Nadia habite à proximité de la prison, mais son immeuble n’est pas mitoyen des murs du centre de rétention. « Il y a quelques années, avec mon mari on a voulu acheter. Mais pas juste en face de la prison, même si c’est moins cher. Pour la sécurité, mais aussi parce que bon, quand on invite quelqu’un…ça ne le fait pas trop ! » confie l’habitante. «C’est vrai que quand il y a un match de foot, ça gueule! Mais il n’y a aucun danger. Et même si les prisonniers s’enfuient c’est pour se carapater, pas pour rester à Fresnes !» lance Serge, un gardien d’école de 58 ans qui a toujours vécu dans le quartier. Annie partage son avis : « J’habite dans le quartier depuis 60 ans, aucun prisonnier n’a jamais sonné chez moi ! » plaisante-t-elle.

Sous un auvent en béton, à deux pas des arrêts de bus qui desservent le centre pénitencier, sont installés quelques commerces : une boulangerie, une pharmacie, une petite supérette, et un coiffeur. Aissam, 36 ans, a ouvert son salon de coiffure il y a un an et demi. Pour lui, « la question ne s’est pas posée » lorsqu’il a acheté le local. « La prison, ça ne change rien pour nous, il n’y a pas de problème de sécurité », explique-t-il. Pour le gérant de la boulangerie voisine, la prison « n’est pas un problème » non plus. « Au contraire c’est positif. Avec les visiteurs, on a de la clientèle en plus! »

 

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