Décès | National | 03/02
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Hommages après la disparition de Josette Audin

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Ce mardi  8 janvier, Josette Audin, 87 ans, était l'invitée d'honneur des voeux du département du Val-de-Marne, alors qu'un futur collège de Vitry-sur-Seine doit porter le nom de son mari et le sien. La veuve du mathématicien Maurice Audin est morte ce dimanche, quelques mois après la reconnaissance officielle de la responsabilité de l'Etat dans l'assassinat de son mari pendant la guerre d'Algérie. 

« C’est avec une profonde tristesse que j’apprends la disparition de Madame Josette Audin, à l’âge de 87 ans. Je présente, au nom du Conseil départemental du Val-de-Marne, mes sincères condoléances à Michèle et Pierre Audin, ses enfants ainsi qu’à toute sa famille, a réagi ce dimanche le président du Conseil départemental, Christian Favier. Josette Audin aura consacrée sa vie à la reconnaissance de l’assassinat en Algérie, en 1957, de son époux, Maurice Audin, militant communiste et anti-colonialiste. Ce combat d’une vie aura permis de faire jaillir la vérité. Il entraînera, en 2018, la reconnaissance par le Président de la République de la responsabilité de la France dans l’assassinat de Maurice Audin. Le combat de Josette Audin contre l’injustice et le colonialisme restera un exemple. Il perdurera. Il est de notre responsabilité de le faire connaître largement et notamment auprès des jeunes générations. Dans cet esprit, le 105ème collège du Val-de-Marne portera le nom de Josette et Maurice Audin. »

Le président de la République a aussi réagi dès ce dimanche. « Josette Audin était la veuve de Maurice Audin, un jeune assistant de mathématiques à la Faculté d’Alger qui militait pour l’indépendance algérienne. Arrêté à son domicile par des militaires français le 11 juin 1957, Maurice Audin ne revint jamais. Il avait été torturé puis exécuté ou torturé à mort par ceux qui l’avaient arrêté. Josette Audin, restée seule avec leurs trois jeunes enfants, fit tout pour le retrouver. On lui livra alors ce qui allait rester pour des décennies la version officielle : son mari s’était évadé. La plainte pour enlèvement et séquestration que Josette Audin déposa alors achoppa, comme d’autres, sur le silence ou le mensonge des témoins-clés. L’enquête fut définitivement close en 1962 par un non-lieu, en raison des décrets d’amnistie pris à la fin de la guerre d’Algérie, qui mirent fin à toute possibilité de poursuite. Déplaçant alors son combat pour la justice sur le terrain de l’établissement et de la reconnaissance de la vérité, des faits historiques et des responsabilités politiques, Josette Audin continua à se battre avec une détermination inébranlable pour savoir ce qui était arrivé à son époux, puis pour que cette histoire soit connue, et, plus généralement, pour que l’histoire complexe et douloureuse de la guerre d’Algérie soit regardée avec courage et lucidité. Durant plus de soixante ans, avec ses enfants, avec l’Association Maurice Audin, avec le soutien d’historiens comme Pierre Vidal-Naquet, de mathématiciens et de journalistes, Josette Audin s’est inlassablement mobilisée pour que jamais le souvenir de Maurice Audin et la mémoire de son sort ne s’éteignent. Mais aussi pour que l’Etat reconnaisse la responsabilité des gouvernements français qui, durant la guerre d’Algérie, échouèrent à prévenir et à punir le recours à la torture, faillirent à cette mission fondamentale qui incombe à toute autorité démocratique d’assurer la sauvegarde des droits humains et, en premier lieu, l’intégrité physique de celles et de ceux qui sont détenus sous leur souveraineté. L’année dernière, à 87 ans, Josette Audin se battait encore, toujours. Le 13 septembre 2018, la République française a reconnu le rôle de la France dans l’assassinat de son mari et la pratique de la torture durant la guerre d’Algérie. Le Président de la République salue le courage immense d’une femme qui, par amour et par conviction, ne cessa jamais de se battre pour la justice et la vérité. Il adresse ses plus sincères condoléances à ses enfants, Michèle et Pierre, ses petits-enfants, et tous ceux qui l’ont accompagnée et soutenue dans son engagement. La vie de Madame Audin fut une vie d’amour et de combat pour son mari et pour la vérité. C’est son viatique et la source de notre profond respect »,  a déclaré le président.

La direction nationale de l’ARAC a également réagi en adressant « ses plus vives et affectueuses condoléances à son fils Pierre et à toute la famille. L’ARAC s’incline avec respect devant la mémoire d’une sœur, dans le combat commun, anticolonialiste, antifasciste, dans le combat permanent qu’elle a mené pour le devoir de vérité et de justice, pour la totale reconnaissance officielle des crimes d’Etat, dont son mari, notre camarade Maurice Audin, fut l’objet. L’ARAC poursuivra, aux côtés d’autres – plus que jamais – l’approfondissement du travail de mémoire, du travail de vérité, indispensable au devoir d’histoire et propice à une meilleure compréhension mutuelle et une meilleure coopération entre les peuples de France et d’Algérie« , déclare l’Association républicaine des anciens combattants.

« C’est avec émotion et beaucoup de tristesse que j’ai appris le décès de Josette Audin. Grande dame et grande militante, elle a lutté sans relâche durant 60 ans pour que la vérité soit faite sur la disparition de son mari, Maurice Audin, ainsi que sur la pratique de la torture durant la guerre d’Algérie. Combat qu’elle a remporté il y a peu. Elle restera un exemple de dignité et de détermination pour toutes les générations. Je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour Maurice Audin, militant communiste, militant pour une Algérie indépendante, et tué par les forces armées françaises. C’est la raison pour laquelle, en accord avec le département du Val-de-Marne, nous avons proposé que le prochain collège qui ouvrira à Vitry porte le nom de Josette et Maurice Audin. Je garde en souvenir sa belle présence lors de notre conseil municipal du 17 octobre dernier qui a voté, à l’unanimité, cette proposition« , a pour sa part réagi le maire PCF de Vitry-sur-Seine, Jean-Claude Kennedy.

 

 

 

 

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