Politique | Val de Marne | 27/05
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Européennes en Val-de-Marne : les résultats chamboulent les municipales

Européennes en Val-de-Marne : les résultats chamboulent les municipales
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Les grandes tendances nationales (poussée écologiste, ancrage LREM...) se retrouvent aussi dans le Val-de-Marne, avec des nuances spécifiques à chaque commune, explosant les scores traditionnels de ces dernières de différentes manières. Le seul point commun à presque toutes les communes est le chamboulement que cette nouvelle photographie électorale impose dans la campagne des municipales à venir.

Elections européennes 2019: la carte des résultats en Val-de-Marne

La droite éparpillée

La liste LREM – Modem arrive en tête dans 38 villes sur 47, faisant son meilleur score à Saint-Mandé (près de 38%) où elle améliore son score de plusieurs points par rapport au premier tour de la présidentielle (moins de 32%). A l’époque en effet, la ville faisait partie de celles où Les Républicains étaient arrivés en tête, c’est même dans cette commune que François Fillon avait fait son meilleur score, proche de 40%. Ce dimanche, LR a tout juste dépassé les 13,5%, plusieurs points derrière les écologistes qui tutoient les 16%. Consolation, cela reste le meilleur score LR du département. Une chute vertigineuse que l’on retrouve dans des proportions similaires à Nogent-sur-Marne, Saint-Maur-des-Fossés, et dans un même schéma dans  toutes les villes de droite plutôt aisées et proches de Paris. A noter toutefois la décrue de LREM – Modem à Vincennes, où, bien qu’étant en tête, les deux mouvements ont perdu plusieurs points par rapport à avril 2017. Dans 9 villes, l’écart entre LREM et LR est de plus de 20 points, et dans toutes les villes du département sauf Villeneuve-le-Roi, il est supérieur à 10 points. Et ce n’est pas le maigre score des Européens (UDI), avec moins de 3% dans le département, qui change grand chose. La comparaison avec les autres scrutins a certes ses limites mais il va être difficile de ne pas avoir cette photographie en tête alors que la campagne des municipales s’annonce. Si la liste du parti présidentiel n’a pas réussi à s’imposer en tête, elle a en revanche achevé de faire exploser les équilibres traditionnels des partis en faisant voler en éclat la base de l’électorat de droite après avoir catapulté celui de gauche il y a deux ans.

 

 

«A droite, la mobilisation des électeurs a conduit à un vote référendaire ‘utile’ avec d’un côté ceux qui voulaient sanctionner Macron et ont voté RN et de l’autre ceux de la droite et du centre qui voulaient contrer le RN et ont voté LREM-Modem. Nous l’avions senti ces derniers jours sur les marchés. Les gens avaient pourtant adhéré à la candidature de Bellamy  mais il n’y avait pas de place pour une position plus mesurée. Au final, la volonté de duel que le président et le RN ont voulu instaurer a réussi mais c’est Macron qui a échoué puisque le RN est arrivé premier. Mais cette stratégie consistant à tuer toute l’opposition républicaine est dangereuse pour la démocratie», analyse Olivier Capitanio, président du LR Val-de-Marne et maire de Maisons-Alfort. Dans le département, tous les maires LR avaient mouillé leur chemise pour la liste de Bellamy, signant la tribune de soutien dans le JDD.

«Ce n’est pas Emmanuel Macron qui a voulu ce duel, c’est Marine Le Pen qui a appelé les Français à se  servir de cette élection. Si  le président n’avait pas réagi, on lui aurait demandé pourquoi. Emmanuel Macron a parlé de l’Europe dès les élections présidentielles, contrairement à  l’extrême droite qui prend une vingtaine de sièges au parlement européen alors qu’elle n’a rien à en dire»,  réagit sur ce point le député LREM de la 1ere circo (Créteil – Saint-Maur) Frédéric Descrozaille, qui se réjouit par ailleurs de la majorité obtenue par les scores additionnées des listes pro-européennes et voit plutôt positivement l’empreinte écologiste qui s’est dégagée du scrutin.  

Pour Jacques J-P Martin, maire LR de Nogent-sur-Marne et président du territoire PEMB, il y a eu une erreur de casting dans la liste LR. «Je craignais très fort le score de LR au vu de la liste qui était présentée. Un parti politique qui se réclame du gaullisme doit garder le sens des réalités. Cette liste sentait très fort le conservatisme et ne correspondait pas à ce qu’attendent nos concitoyens, envoie l’élu. La stratégie qui consiste à tenter de marcher sur les plates-bandes du voisin ne fonctionne pas car les gens préfèrent toujours l’original à la copie. Il va falloir faire des choix pour se recréer une audience et repréciser nos objectifs. Prenons cela comme une alerte très forte.»

LREM  déplie son tapis rouge pour les municipales

En tête dans 38 villes (dont toutes celles de droite sauf Ablon où elle est quasi -ex-aequo avec le RN), la liste LREM-Modem distance tellement les autres formations dans la majorité des communes qu’elle s’offre un véritable boulevard pour les municipales. A défaut d’y aller systématiquement en solo, le parti présidentiel a dans ses mains tous les atouts pour négocier. «Cette élection montre que notre base ne s’érode pas, pointe Frédéric Descrozaille. Pour les élections, nous allons développer des projets de territoire avec le plus possible d’ouverture.»

Le Rassemblement national se réjouit

Au RN, on ne fait pas grise mine non plus. «Que ce soit au niveau national comme local, nous sommes contents. Dans le Val-de-Marne, nous arrivons en tête dans quelques villes dont quelques unes auxquelles nous ne nous attendions pas comme Villeneuve-le-Roi ou Orly», réagit Gaëtan Marzo, conseiller d’opposition à Créteil et secrétaire départemental du RN. Les municipales, le RN entend y être présent au maximum. «Mais nous allons d’abord prendre le temps d’analyser les scrutins. La campagne des Européennes a été longue et nous allons d’abord souffler pour reprendre activement à la rentrée de septembre.»

A gauche, le réveil des écologistes

A gauche, la nouvelle donne vient des écologistes. Comme le mauvais score des Républicains, les sondages n’avaient pas vu venir la montée des écologistes, et leur apparente stagnation dans les prévisions étonnait même tant les préoccupations écologiques ont pris leur place dans les débats de société. Pour beaucoup d’observateurs, l’afflux de jeunes dans les bureaux de vote constaté ce dimanche a joué en faveur de la liste EELV. Sans tenter de créer une plate-forme politique plus englobante, le parti écologiste a fait campagne sur ses thèmes habituels, tranquillement mais sûrement, sans entrer non plus dans la posture tout sauf Macron. Et si la majorité des partis ont intégré une dimension environnementale plus ou moins importante, attirant parfois des anciens EELV sur leur liste, les électeurs ont, là encore, choisi l’original. Dans le Val-de-Marne, EELV arrive en tête dans trois villes, non seulement Arcueil, dirigée par le maire écologiste Christian Métairie, mais aussi Gentilly et Ivry-sur-Seine. C’est même dans cette ville, où le conflit autour de la reconstruction de l’incinérateur avive les tensions, que les écologistes creusent le plus l’écart avec LREM-Modem (près de 4 points). Le parti y devance aussi largement le PCF qui pourtant résiste bien par rapport à d’autres villes. Globalement, EELV dépasse les Républicains dans toutes les villes du département sauf Santeny, et creuse l’écart à une dizaine de points dans 15 villes. A gauche, les écologistes dominent largement. EELV dépasse LFI partout sauf à Villeneuve-Saint-Georges, Orly et Valenton, de même que le PCF sauf à Bonneuil-sur-Marne et Valenton. Il est en revanche devant le PS- PP dans toutes les villes sans exception. «Nous sommes plus que ravis, ce score nous oblige car nous avons fait naître des espoirs. Au niveau local, nous allons proposer un programme résolument écologiste partout, qui sera ouvert aux partenaires. Nous ne pouvons plus nous contenter d’une green touch. Il faut faire le lien entre le niveau européen et le local. C’est à nous de jouer pour ne pas trahir la confiance des électeurs», développe Sabrina Sebaihi, co-responsable EELV Val-de-Marne et maire-adjointe à Ivry-sur-Seine. Un message clair pour les municipales.

Le PS ne plonge pas plus bas

Déjà relégué en deuxième division lors des présidentielles, le PS allié à Place Publique conserve des scores relativement proches de ceux qu’il avait réalisé en mai 2017, à ceci près qu’il a perdu entre-temps les Hamonistes partis chez Génération-S. Si l’effet Place publique n’a pas eu lieu, questionnant fortement l’avenir de ce mouvement quasi mort-né, l’addition PS-PPS et Génération-S donne un meilleur score qu’en 2017. Explosé entre LREM et LFI en 2017, l’ex-PS dans ses deux composantes re-grignote un peu sur LFI. Dans une trentaine de villes, PS-PP et Generation-S font même un meilleur score que LFI et PCF réunis. L’ex-PS fait en revanche moins qu’EELV même dans les villes PS. «Il est dommage que les écologistes, Génération-S et EELV n’aient pas réussi à se mettre d’accord. J’espère que nous ne resterons pas éparpillés aux prochaines municipales sinon nous allons au devant de graves déconvenues. Nous allons travailler au rassemblement dans des listes de social-écologie», se projette Jonathan Kienzlen, premier fédéral du PS Val-de-Marne et conseiller régional.

Le rapport LFI – PCF diffère d’une ville PCF à l’autre

La France insoumise, elle, dévisse franchement par rapport à ses scores de 2017.  Même additionné au PCF, la formation chute d’environ 10%. Alors que J-L Mélenchon caracolait aux alentours de 40% à Ivry, Bonneuil et Valenton, les deux formations n’y atteignent qu’une trentaine de points. La liste de Manon Aubry ne dépasse les 10% que dans 9 villes, dépassant les 15% à Orly et les 14% à Valenton où le PCF fait encore plus. Alors que beaucoup d’exécutifs des villes à majorité PCF sont composés d’élus PCF et LFI, issus de l’ex Front de Gauche, et que les relations ne sont pas toujours simples, ce scrutin donne des éclairages très différents d’une commune à l’autre, sur le rapport de force entre les deux mouvements, et surtout sur la capacité du PCF, dont le Val-de-Marne est le dernier département à porter les couleurs, à résister à cette nouvelle cornerisation. A Bonneuil-sur-Marne, le PCF semble résister à toutes les intempéries, qui se positionne en tête à 22,37%, devant LREM (15%), faisant également le double d’EELV et dominant très largement LFI (moins de 7%).  Mais si le PCF fait 15 points de plus que LFI à Bonneuil, il en fait près de 7 de moins à Villeneuve-Saint-Georges. Le PCF y descend autour de 5%  et EELV n’y fait pas non plus son meilleur score, qui plafonne en-dessous des 10%. Le grand gagnant est le RN qui fait là son meilleur résultat du Val-de-Marne avec plus de 23%, toisant de près de 7 points LREM. La commune, qui a failli passer sous pavillon divers droite-FN en 2014, à quelques voix près, risque de se trouver à nouveau dans la tourmente. A noter aussi que LR fait son pire score du département dans cette commune, en-dessous de 3,5%.  A Champigny-sur-Marne, les score PCF et LFI s’équilibrent , avec un avantage d’un peu plus d’un point pour le PCF. LREM y est en tête, autour de 20%, mais perd 4 points par rapport au 1er tour des présidentielles de 2017.

«Les résultats n’ont pas été à la hauteur de nos espoirs et de notre travail alors que nous sommes partis très tôt en campagne, mais nous restons la deuxième force dans le Val-de-Marne, en dehors des différences nuances de droite», observe Vianney Orjebin, colistier LFI, qui invite à ne pas faire de comparaison entre les Européennes et les autres scrutins, rappelant l’excellent score EELV en 2009 qui avait fait 14% avant de faire 2% aux présidentielles de 2012. Nous nous ancrons dans le Val-de-Marne et obtenons de bons résultats aux-quels on ne s’attendais pas à Orly, Villeneuve-Saint-Georges et Valenton. Concernant les municipales, nous appelons à une fédération qui aille au-delà des partis et de leur tambouille», poursuit le Fontenaysien.

«Ce n’est évidemment pas le score qu’on espérait, et ce n’est pas à l’image du talent de notre candidat et de son engagement, reconnaît également Fabien Guillaud-Bataille, secrétaire fédéral du PCF Val-de-Marne et conseiller régional, qui dénonce aussi un duel Macron-Le Pen perdu par le président. Une chose est claire, la gauche est touchée et il nous faut reconstruire et rassembler, mais d’abord sur des valeurs et des contenus, pas sur des alliances électorales.»

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