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Education | Villejuif | 08/02
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Fusion des écoles Paul Vaillant-Couturier sous haute tension à Villejuif

Fusion des écoles Paul Vaillant-Couturier sous haute tension à Villejuif
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C’est ce vendredi 8 février que le Conseil municipal de Villejuif doit voter la fusion des écoles maternelle et élémentaire Paul Vaillant-Couturier pour constituer une école de 21 classes et plus de 500 élèves, un record départemental. Une proposition qui fait l’unanimité contre dans les deux conseils d’école concernés. 

Bien que fréquentées par des familles aux caractéristiques socio-économiques fragiles, les deux écoles ne sont pas situées en REP et REP + (réseaux d’éducation prioritaire et très prioritaire) et ne bénéficient pas des conditions d’encadrement prioritaires, qu’il s’agisse du nombre d’élèves par classe ou du nombre de classes par école pour que la direction soit déchargée complètement. Pendant quatre ans, l’école a toutefois bénéficié de ce que l’Education nationale appelle une «attention particulière» mais cela s’arrête à la rentrée 2019. De même, les seuils de décharge des directions, qui était plus bas dans le département, ont rejoint les normes nationales qui sont de 12 classes en zone banale.

«Même si ces deux établissements scolaires ne sont pas classés en REP, des enfants issus de familles défavorisées et en grande précarité sociale y sont scolarisés», constate le rapport de délibération du Conseil municipal. C’est dans ce contexte que la municipalité a décidé de fusionner les deux écoles, pour constituer un ensemble de 21 classes.  «La direction maternelle bénéficie d’un tiers de décharge de direction pour 9 classes et celle de l’élémentaire d’une demi-décharge pour 12 classes pour exercer les responsabilités que comporte la fonction de directeur d’école en matière de pilotage pédagogique, de fonctionnement de l’école et de relations avec les parents et les partenaires de l’école.Pour les deux directions d’écoles, il semble difficile d’assurer les missions de pilotage en ayant très peu de temps à y consacrer au regard du contexte difficile du quartier et des attentes des familles. Aussi, il convient de demander à la Direction Académique des Services de l’Education Nationale de fusionner les deux directions des écoles Paul Vaillant Couturier en une direction unique. Ainsi, le directeur, nommé par la DASEN, sera placé en décharge totale pour assurer le pilotage d’un groupe scolaire de 21 classes. Il pourra ainsi assurer une animation pédagogique auprès de l’équipe enseignante, faire un suivi rigoureux du fonctionnement de l’école primaire, et veiller à entretenir d’excellentes relations avec les parents et les partenaires de l’école. Ce dernier point est essentiel dans cet établissement scolaire où les relations parents-école sont primordiales pour assurer un suivi de qualité des enfants en difficultés. Le directeur du groupe scolaire Paul Vaillant Couturier pourra ainsi suivre un enfant de son entrée en maternelle jusqu’à la fin du cycle élémentaire», détaille le rapport qui motive cette décision soumise au vote ce vendredi.

Lettre ouvert des 23 directeurs et directrices d’école de la ville

Une fausse bonne idée de l’avis unanime des parents et des enseignants qui ont prévu de manifester ce vendredi devant le Conseil municipal. Dans une lettre ouverte aux conseillers municipaux, les 23 directrices et directeurs d’écoles de Villejuif s’alarment de cette solution. «Une école bienveillante, c’est avant tout une école à taille humaine où les adultes sont disponibles pour répondre aux besoins des enfants et de leurs familles. Ceci est vrai pour toutes les écoles, c’est d’autant plus crucial dans des quartiers défavorisés comme c’est le cas de celui des écoles Paul-Vaillant-Couturier, où les enfants ont besoin d’un encadrement renforcé et leurs familles d’un accompagnement individualisé. Nous nous adressons à vous aujourd’hui de manière solennelle puisque vous êtes sollicités pour voter une délibération qui conduirait à la fusion des écoles maternelle et élémentaire Paul Vaillant Couturier pour constituer un école primaire de 21 classes et 525 élèves. Nous voudrions attirer votre attention sur le fait que dans notre département il n’existe aucune école primaire de cette taille et que regrouper deux écoles en supprimant un poste de direction d’école a des conséquences très importantes. En effet, directeurs d’écoles, nous sommes tous confrontés à des situations complexes qui nécessitent pour les résoudre du temps et une parfaite connaissance des enfants qui nous sont confiés et de leurs familles. Ces situations sont démultipliées par le nombre d’élèves et de classes. Nous avons notamment dans nos missions : la gestion des rendez vous avec les familles au quotidien (rendez-vous qui se déroulent essentiellement le matin et le soir en dehors du temps de classe), les inscriptions des nouveaux élèves et accueils des enfants et leurs familles en maternelle, la mise à jour quotidienne pour chaque élève des informations figurant sur le logiciel ONDE (nouvelle version de base élèves), l ’accueil des familles dont les enfants présentent une situation de handicap, l’accueil des familles et des élèves non francophones, la gestion des Projets d’Accueil Individualisés et la transmission des informations au médecin scolaire et aux enseignants, la gestion des situations de conflits au quotidien, l’organisation pédagogique, l’organisation des équipes éducatives, de suivi pour les élèves en difficultés et élèves en situation de handicap (…) Les regroupements d’écoles n’ont jamais apporté de moyens supplémentaires. Au contraire, il s’agit le plus souvent de diminuer ceux qui existent dans chacun des établissements (et qui ne sont le plus souvent pas suffisants) au nom de la mutualisation. Les écoles Paul-Vaillant-Couturier n’ont jamais été classées en ZEP ou en REP, mais ont été retenues sur demande de l’Inspectrice d’Académie précédente dans l’enquête sur la grande pauvreté à l’école. A ce titre jusqu’à juin 2018, elles ont bénéficié d’un regard particulier leur permettant d’avoir des classes à effectifs moins importants qu’en zone banale et de conserver leurs décharges de direction. L’abandon dans les faits, depuis la rentrée de ce « regard particulier », conduit à des effectifs de 31 dans certaines classes de l’élémentaire et de 30 en maternelle, et à une diminution des décharges de direction. Aucune donnée objective ne justifie cet abandon. Les parents et les enseignants se sont d’ailleurs mobilisés, ont sollicité l’aide de la municipalité. A ce jour, aucun moyen n’a été dégagé (les 2 services civiques annoncés par monsieur le Maire en octobre n’ont toujours pas été nommés). (…) La très grande majorité des parents des écoles Paul Vaillant Couturier ont exprimé leur refus de la fusion, la totalité des enseignants des deux écoles l’ont aussi signifié, les deux conseils d’écoles ont voté à une très grande majorité contre et aujourd’hui, nous directeurs d’écoles des 23 écoles de Villejuif, nous nous adressons solennellement à vous : la prise en compte de l’intérêt supérieur de l’enfant doit amener chacun à ne pas prendre de décision irréversible et ne pas condamner les enfants de ce quartier à être scolarisés dans un établissement dans lequel plus aucune prise en compte individualisée de leur situation ne sera possible. Nous vous demandons de rejeter toute décision de fusion afin de conserver ces 2 écoles avec 2 directeurs et de trouver ensemble par un dialogue constructif les moyens d’obtenir le rétablissement du regard particulier pour ce groupe scolaire permettant que soient rétablies la décharge complète pour la direction de l’école élémentaire et la demi décharge pour celle de la maternelle», demandent les enseignants.

La Fcpe rappelle les conditions réglementaires d’une fusion

De son côté, la Fcpe locale met également en garde. «Le groupe scolaire PVC attend pour la rentrée prochaine 300 élèves en élémentaire et 236 en maternelle, soit 536 élèves au total, pour 21 classes dont une UPE2A. Il serait préjudiciable de gérer une école de cette taille avec une seule direction compte tenu des effectifs semblables à ceux d’un collège mais sans les moyens humains dont bénéficient les établissements du second degré. Nous nous opposons à une gestion purement comptable qui aurait des conséquences néfastes sur les apprentissages des enfants. La circulaire N° 2003 – 104 du 3 juillet 2003 précise que: « La fusion de deux écoles, et en particulier d’une école maternelle et d’une école élémentaire, ne doit pas conduire à créer un ensemble d’une taille trop élevée, notamment en zone d’éducation prioritaire, et ne doit pas avoir pour effet de remettre en cause la spécificité de l’école maternelle. » Ces écoles reçoivent justement un public de profil REP et par ailleurs bénéficient de moyens alloués par la municipalité pour les projets théâtre et création vocale (projets dont bénéficient les écoles REP). De plus, la spécificité de l’école maternelle doit être préservée. Ainsi, nous redoutons : un temps réduit pour l’accueil spécifique des petits qui requiert la présence d’une direction d’école afin de gérer le quotidien et les familles, un risque de fermetures de classes par simple calcul d’une moyenne d’effectifs par classe, élémentaire et maternelle confondues, la possibilité de classes à double niveau (GS/CP, MS/CP,…) avec cette nouvelle configuration, une expression démocratique réduite avec des temps de parole limités lors des conseils d’écoles», motivent les parents d’élèves.

Les élus d’opposition voteront contre

Un message reçu 5/5 par les élus d’opposition. Du côté du PCF – Front de Gauche, on fait savoir que des élus ont déjà été manifester aux côtés des parents la semaine dernière. «Ces écoles n’ont pas été classées en REP en 2015 car elles dépendent du collège Jean Lurçat qui n’est pas une tête de réseau prioritaire mais les conditions sociales des familles ne sont pourtant pas plus favorables que dans les écoles de REP. Il y a notamment beaucoup d’enfants de demandeurs d’asile. Cette fusion est le coup de grâce!», estime Claudine Cordillot, ancienne maire de la ville.
Même position chez les écologistes qui pointent que rapport calcule le ratio de décharge sur la situation actuelle mais qu’en comparant avec la situation qui prévalait jusqu’à l’année dernière avec une décharge complète en élémentaire et une demi-décharge en maternelle, soit 1,5 décharge pour le groupe scolaire, soit un demi-poste de plus que la nouvelle école fusionnée. Les écologistes pointent aussi le rôle d’animation pédagogique rarement commun entre l’équipe de maternelle et l’équipe d’élémentaire. Philippe Vidal, du groupe Villejuif notre ville, insiste pour sa part sur la nécessité de faire confiance aux professionnels, rappelant le courrier cosigné par les 33 directrices et directeurs d’école, et rappelle le caractère sensible de l’école, considérant que ce n’est pas l’établissement le plus approprié pour mener des expériences pilotes. Idem encore au groupe PS. «C’est une absurdité pure!», lâche également Jean-François Harel, opposant de centre-droit, qui votera également contre.

La directrice académique approuve et la mairie dénonce une posture syndicale

Du côté de l’Education nationale, la directrice académique du Val-de-Marne, Guylène Mouquet-Burtin, qui donnait une conférence de presse ce jeudi en amont du CTSD (Comité départemental paritaire de concertation autour de la carte scolaire) qui doit se tenir lundi 11 février, a insisté sur la continuité de la liaison entre maternelle et élémentaire, la décharge complète, et rappelé qu’il revenait au Conseil municipal de délibérer. En mairie, on assure que de bons échanges ont eu lieu avec les parents d’élèves et que l’argument de la décharge a fait mouche. Concernant l’opposition des deux conseils d’école au projet, et la lettre des enseignants, on indique qu’il s’agit «d’une posture syndicale» et que la ville agit, elle, «en tenant compte de l’intérêt supérieur de l’enfant.»

A quand une reconsidération de la géographie prioritaire ?

La directrice académique a par ailleurs indiqué qu’un rapport avait été commandité au niveau national pour évaluer la pertinence de la carte des réseaux d’éducation prioritaire définie en 2015, par rapport à la situation actuelle. Les conclusions devraient être rendues courant 2019. Peut-être cela augurera-t-il d’une refonte de la carte d’éducation prioritaire d’ici la rentrée 2020.

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