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Gros succès pour les cahiers de doléances en Val-de-Marne

Gros succès pour les cahiers de doléances en Val-de-Marne
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Lancée par l’Association des maires d’Ile-de-France (Amif) le 3 décembre, la mise à disposition de cahiers de doléances dans les mairies a connu un immense succès, se propageant largement au-delà de la région. Autant d’expressions qui s’additionnent aux centaines de milliers de contributions publiées sur le site du Grand débat national. En Ile-de-France, le Val-de-Marne est le département de petite couronne qui a recueilli le plus de contributions et ce-sont 37 communes  qui ont envoyé quelques centaines de cahiers à l’Amif. D’autres sont encore en mairie. Vendredi dernier, l’Amif a présenté la synthèse des 2865  contributions (dont un millier en format papier) qui lui étaient remontés. Bilan régional croisé avec lecture directe des cahiers dans les mairies.

Premier constat de l’Amif : la question des retraites constitue le premier sujet. «40% des contributeurs évoquent des questions relatives à la retraite, alors que nous n’avons que de façon très exceptionnelle la mention de demandes pour les publics jeunes. La question du logement est très peu abordée (par moins d’un participant sur 10) au regard de ce à quoi on pourrait s’attendre en Ile-de-France. Lorsque l’on regarde de façon plus détaillée les questions de fiscalité, les fourchettes de revenus qui sont mentionnées par les répondants pour expliquer ce qui relève pour eux de la « classe moyenne » évoquent des revenus sensiblement supérieurs au revenu médian francilien. Enfin, le nombre de contributions émanant de contributeurs issus de quartiers populaires semble relativement faible», constate la synthèse de l’Amif.

Extrait d’un cahier de doléances à Fresnes

Des préoccupations partagées mais une participation différente entre territoires urbains et ruraux

De manière générale, les priorités constatées par l’Amif au niveau régional confirment les cahiers de doléances lus sur place dans des mairies du Val-de-Marne, de Joinville-le-Pont à Cachan en passant par Saint-Maur-des-Fossés, Bonneuil-sur-Marne ou Fresnes. Et aussi (voir reportage précédent) à Saint-Mandé, Fontenay-sous-Bois, Ivry-sur-Seine… L’Amif constate du reste que les préoccupations sont sensiblement les mêmes et dans les mêmes proportions dans les territoires ruraux ou urbains. Le taux de participation, en revanche, diffère. 2% de l’ensemble des doléances sont ainsi issues de Paris alors que respectivement 17%, 19% et 20% viennent de l’Essonne, de la Seine-et-Marne et des Yvelines. Le Val-de-Marne est en tête de la petite couronne, qui représente 16% des 2865 doléances qui sont remontées jusqu’à l’Amif contre 12% dans les Hauts-de-Seine et 5% en Seine-Saint-Denis.

 

 

Collé, dessiné, préparé par ordinateur, écrit à la main…

Dans leur forme, les contributions varient aussi largement, de quelques lignes à plusieurs pages. A Fresnes, le cahier de doléance commence par exemple par une longue lettre de plusieurs pages (voir plus haut). Certains dessinent (voir photo de une). Les coups de gueule s’expriment par les points d’exclamation et les lettres capitales. Les propositions s’offrent parfois la couleur, voir ci-dessous.

Niveau de vie et gouvernance en tête

«Les contributeurs abordent une très grande diversité de sujets, mais on peut constater des points de fixation majeurs qui se cristallisent sur deux grandes thématiques de dimension nationale : le niveau de vie et la gouvernance», constate ensuite le rapport de l’Amif. Suivent les services publics et l’environnement.

La question de la fiscalité est le premier sujet, citée par près de 70% des répondants. Parmi les questions relatives à la gouvernance, le train de vie de l’Etat et le fonctionnement des institutions arrivent en tête, avec par exemple un certain nombre de demandes de diminution du nombre de parlementaires.

 

Justice fiscale et pouvoir d’achat

Remettre en place l’ISF, augmenter le SMIC, supprimer la CSG, augmenter les APL… En matière de justice fiscale et de pouvoir d’achat, les propositions ont fusé. «Ils se sont fortement positionnés sur la thématique des niveaux de vie, en demandant une hausse du pouvoir d’achat au travers d’augmentations des salaires et des retraites, de baisses du coût des produits de première nécessité dont l’énergie et de baisse de la fiscalité. Ils expriment le sentiment général d’une difficulté des « classes moyennes » qu’ils considèrent comme pénalisées notamment en matière fiscale. Ils souhaitent que la fiscalité soit mieux répartie avec d’une part, l’augmentation de la fiscalité pour les plus riches et d’autre part, un élargissement de l’assiette fiscale aux plus modestes qui devraient selon eux contribuer « dès le premier euro ». Ils font part d’un fort rejet de la hausse de la CSG pour les retraités et demandent l’annulation de cette hausse ou la suppression pure de la CSG. Les contributeurs réclament un renforcement du contrôle et de la répression de la fraude ou de l’évasion fiscale qu’elle émane des particuliers ou surtout des grandes entreprises. Certains se prononcent pour l’abandon de la progressivité de l’impôt au profit de la proportionnalité», analyse le rapport de l’Amif.  Pour donner du pouvoir d’achat aux retraités, un citoyen souhaite « réduire le coût du billet des transports en commun pendant les heures creuses.» Un habitant de Cachan propose  en revanche de « taxer à 20% (comme la TVA) les retraités non-résidents puisqu’ils ne contribuent pas à l’économie du pays.» Il faut « rétablir l’ISF et une fiscalité plus juste où les plus riches et les plus grosses entreprises participent réellement à la solidarité nationale » propose un Saint-maurien. Nombreux sont ceux qui demandent un « renforcement de la lutte contre la fraude fiscale » et la « suppression des niches fiscales ». « Augmenter le SMIC à 1800€ » est une proposition récurrente. Certains souhaitent lisser les écarts de revenus, en interdisant « les salaires au-dessus de 20 000 euros.» Un Saint-maurien demande « un allègement des taxes sur l’essence et le gazole ». Un autre souhaite « supprimer la TVA pour les produits de première nécessité ».

Beaucoup de demandes concernent la taxe d’habitation. A l’image de celle de cet habitant de Fresnes, qui s’agace : « Une question sur la taxe d’habitation : elle devait être supprimée, désormais on ignore qui devra la payer. Loin de moi l’idée de penser que vous prenez les français-e-s pour des cons, mais c’est tout comme !!! »

Fonctionnement de l’Etat, transparence de la vie publique et participation des citoyens

De très nombreux contributeurs s’insurgent contre les « privilèges » des dirigeants. Nombreux sont ceux qui demandent la suppression du Sénat et la diminution du nombre de députés. Une habitante de Joinville veut « diminuer de moitié le nombre d’élus aux deux assemblées, et restreindre les réunions et assemblées qui nous coûtent un bras ». Elle poursuit : « la démocratie ça ne s’écrit pas ni ne se dit. Ça se partage ». « Tolérance zéro vis-à-vis des élus ! Il faut mettre en place un conseil de surveillance » s’insurge un contributeur. Beaucoup demandent à faire des économies sur les rémunérations des élus et des hauts fonctionnaires. Dans le cahier de Bonneuil, on peut lire qu’il faut « faire cesser le système des lobbies, dont l’influence sur nos législations est insupportable.» Plusieurs contributeurs demandent également une reconnaissance du vote blanc, à l’image de ce saint-maurien, pour qui « les citoyens ne peuvent plus, ne doivent plus, voter contre un candidat, en votant par défaut, en donnant sa voix à un autre ». Certains sont également partisans du vote obligatoire. A Cachan, un habitant souhaite augmenter la durée du mandat présidentiel « pour que le président travaille pour l’intérêt général et non pas en vue d’une éventuelle réélection ». D’autres vont plus loin. Un citoyen souhaite limiter le nombre de mandats « dans la vie », pour « empêcher les politiques de faire carrière ». Selon lui, il faut « prendre des élus tirés au sort, ils ne seront pas déconnectés de la vie réelle comme les élus actuels ! » 

Les citoyens veulent aussi être plus impliqués dans la vie citoyenne. Certains demandent la tenue de référendum sur des sujets variés, « la légalisation du cannabis » ou « l’euthanasie » par exemple. Un habitant de Cachan souhaite la tenue « d’un référendum avant chaque privatisation ». Un autre voudrait qu’il y ait « plus de participation citoyenne dans les grands projets de construction ». Une contributrice veut « rendre obligatoire les conseils de quartier dans les villes de plus de 1000 habitants ». Elle s’étonne que « certaines villes attendent plusieurs mois pour publier les comptes-rendus du conseil municipal, c’est inadmissible » et plaide pour plus de transparence « il faut rappeler que les citoyens ont accès aux délibérations ».

«S’agissant de la question de la gouvernance, les contributeurs expriment un point de vue très critique. Ils appellent à plus d’exemplarité et de considération de la part de l’exécutif et des parlementaires. Ils dénoncent les « avantages » et « privilèges » des élus nationaux, anciens
élus et des Hauts fonctionnaires. Ils réclament une plus forte participation des citoyens aux décisions via une démocratie plus directe (référendum) et plus participative, et se prononcent pour la prise en compte du vote blanc et la mise en place d’une dose plus importante de proportionnelle dans les scrutins (voire pour la propositionnelle intégrale)», analyse le rapport de l’Amif.

« Arrêtez de bétonner. Plantez des arbres. »

Si elle n’est pas en tête, la lutte contre le changement climatique est présente dans de nombreuses contributions. Une retraitée de Joinville demande à protéger les espaces verts : « La nature est à préserver. Arrêtez de bétonner. Plantez des arbres. ». D’autres contributeurs demandent au gouvernement de « se préoccupe sérieusement de l’environnement » tout en cessant « d’opposer écologie et économie ». Il faut « lutter contre le gaspillage, en interdisant l’obsolescence programmée » et « prendre des mesures pour éviter le suremballage et favoriser le transport par le rail ». L’interdiction du glyphosate et des pesticides revient fréquemment. Une retraitée écrit qu’il faut « interdire définitivement les pesticides. Il n’y a pas que le rendement agricole qui compte, notre santé et celle de nos enfants sont bien plus importantes ».

 «La dimension environnementale est mise en avant par un peu moins du quart des participants qui appellent à un plan d’ampleur pour renforcer la transition écologique et énergétique. Ils souhaitent que les agriculteurs soient accompagnés pour que la transition agricole permette la production d’une alimentation plus saine et plus durable», résume sur cette question le rapport de l’Amif.

Plus de services publics

Pour une habitante de Joinville, il faut « cesser cette politique de réduction des fonctionnaires qui conduit à une déshumanisation du service public ». Un habitant réclame « de la formation et des recrutements massifs dans les hôpitaux publics ». Un autre contributeur veut « donner aux policiers, pompiers et personnels hospitaliers, qui ont un dévouement exemplaire, les moyens d’exercer leur profession dans de bonnes conditions et en sécurité ». Nombreux sont ceux qui demandent « plus de moyens pour l’éducation nationale » ou « le développement de l’aide aux devoirs pour les enfants des quartiers difficiles ». La lutte contre les déserts médicaux et l’engorgement des services d’urgence sont des sujets récurrents.

 «Un quart des contributeurs évoquent les services publics en concentrant leurs propos sur l’accès au soin de proximité et sur l’augmentation des moyens de l’hôpital public. Ils réclament un renforcement des conditions de sécurité en général et une justice plus impartiale. Ils se prononcent souvent pour une réforme de l’éducation et pour une amélioration des moyens qui y sont dédiés», détaille le rapport de l’Amif.

Sur les autres sujets, lire l’intégralité du rapport de l’Amif sur les cahiers de doléances

A lire aussi :

Val-de-Marne : ce que les citoyens écrivent sur les cahiers de doléance

Grand débat national en Val-de-Marne : 84 réunions annoncées

Présentation de la synthèse des cahiers de doléances par l’Amif en présence du préfet de région, vendredi 15 février.

 

 

 

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