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L’Arlésienne du déplacement des dépôts pétroliers de Vitry-sur-Seine et Villeneuve-le-Roi

L’Arlésienne du déplacement des dépôts pétroliers de Vitry-sur-Seine et Villeneuve-le-Roi © Google Earth
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Depuis 2007, date de la création par l’Etat de l’Opération d’intérêt national Orly Rungis Seine Amont (OIN Orsa), les dépôts pétroliers de Vitry-Sur-Seine et Villeneuve-le-Roi sont voués à être déplacés hors de ces deux centre-villes. Douze ans plus tard, on ne voit toujours rien venir.

Télescopé dans les actualités par la mort de Jacques Chirac, l’incendie à Rouen de l’usine Lubrizol, fabricant d’additifs pour lubrifiants et carburants classé Sévéso seuil haut, a nécessité le concours de près de 250 pompiers pendant une journée pour être éteint, et a conduit au confinement de treize communes. Un accident qui a relancé le débat sur deux sites Sévéso seuil haut que sont les dépôts pétroliers de Villeneuve-le-Roi et Vitry-sur-Seine.

Conseiller départemental de Villeneuve-le-Roi, Daniel Guérin n’a pas tardé à réagir, alertant sur le présence du dépôt SPVM « implanté à moins de 100 mètres d’une zone résidentielle en cours de densification » et adressant une nouvelle demande au préfet de relancer sa relocalisation. « Je réafffirme que son transfert sur le site pétrolier déjà existant à Grandpuits aurait tout son sens », insiste l’élu.

Sur ce sujet, le maire de Villeneuve-le-Roi, Didier Gonzales, n’est pas en reste, qui rappelle que la relocalisation des dépôts pétroliers de Villeneuve et Vitry figuraient noir sur blanc sur les objectifs de l’OIN Orsa, tout comme la construction de deux nouveaux ponts sur la Seine. « Pour l’instant, ce-sont restés des voeux pieux. Je relance le sujet régulièrement lorsque les instances de l’Epa Orsa (l’Etablissement public maître d’ouvrage de l’OIN, aujourd’hui rattaché à Grand Paris Aménagement), mais il n’y a pas de répondant », regrette l’élu. « Le dépôt pétrolier de Villeneuve-le-Roi est pourtant situé dans l’alignement des pistes d’Orly et en zone inondable, en amont du périmètre de captage de l’usine des eaux », reprend le maire, qui, à défaut d’un transfert immédiat, suggère aussi de recompacter le site dont plusieurs cuves sont aujourd’hui inutilisées.

 

 

Même sujet de préoccupation à Vitry-sur-Seine où le maire, Jean-Claude Kennedy, a prévenu au printemps dernier qu’il appuyait sur le bouton pause concernant la poursuite des projets urbains pour discuter avec l’Etat de sa participation aux investissements publics, incluant aussi bien les problématiques d’aménagement que de dépollution des anciens sites industriels. (Lire : Vitry-sur-Seine menace l’État de bloquer les projets urbains aux Ardoines) « Nous avons sollicité le préfet qui viendra à Vitry en octobre. Nous mettrons tous ces sujets sur la table », indique-t-on à son cabinet, rappelant également que la délocalisation du dépôt vitriote était prévue à l’origine même de l’OIN Orsa.

« Nous restons mobilisés et avons interpellé le préfet de région pour lui rappeler les engagements de l’Etat inscrits dans le CIN« , indique-t-on également au Conseil départemental.

Pourquoi l’EPA Orsa a-t-il échoué à avancer sur la question ? L’établissement public d’aménagement, maître d’ouvrage de nombreux projets d’aménagement sur ce territoire longeant la Seine des portes de Paris à Orly, n’est pas resté complètement inactif sur le sujet. Des études ont notamment été réalisées par Technip, spécialiste de l’ingénierie dans le secteur de l’énergie, pour évaluer les possibilités de relocalisation. « Celles-ci ont conclu à la pertinence de transférer les dépôts sur la plate-forme aéroportuaire d’Orly où se trouve déjà un dépôt. Cette relocalisation permettait de réduire le périmètre du PPRT (Plan de prévention des risques technologiques) au seul site de l’aéroport », indique le maire de Villeneuve-le-Roi. « Si le site d’Athis-Villeneuve est implanté sur l’aéroport, le risque de chute d’avions a été calculé comme étant 22 fois moins important que celui qui plane sur le site GPVM (situé en plein dans l’axe des pistes et à 2 000 mètres de distance seulement) », défendait l’élu en 2009, dans un document à l’attention de la population. « L’implantation sur ce site des deux autres dépôts permettrait de rationaliser les risques. Les nouvelles cuves n’auraient aucun impact supplémentaire pour les rares habitations proches du site SMCA actuel. En revanche, le départ des sites de Villeneuve et Vitry ferait disparaître les risques qui pèsent actuellement sur plus de 6 000 habitants de Villeneuve et 15 000 autour de Vitry », détaillait le maire qui reste persuadé que cela serait la meilleure solution, également en termes d’accès au site pour les camions qui viennent s’approvisionner en essence. La proposition, à l’époque, avait suscité l’indignation du maire d’Athis-Mons qui suggérait au contraire de relocaliser les sites loin des zones urbanisées.

Pas de consensus, pas de financements, pas de soutien de l’Etat

Depuis cette passe d’armes, la relocalisation, sensible, n’a pas trouvé d’alternative, même si est aussi évoquée la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, principal lieu de stockage de la région. Au-delà des questions de lieu d’accueil, se posent aussi celles du financement. Qui doit payer ? Les propriétaires ? L’Etat doit-il participer ? Le sujet n’a pas été clarifié. Ne restent donc que des objectifs réaffirmés à chaque nouveau document de contractualisation entre l’Etat et les collectivités, changeant de sigle au gré des gouvernements. Se-sont ainsi succédé le CDT (Contrat de développement territorial) début 2012 et le CIN (Contrat d’intérêt national) début 2017. Des signatures permettant de rassembler sur la photo ministres et élus locaux, et d’annoncer des dates suffisamment lointaines pour sembler crédibles. A l’occasion du CDT, fut ainsi annoncé 2020…

Des engagements écrits pas toujours confirmés par les ministres. Sollicitée sur le sujet par le sénateur Christian Cambon, en 2015, Ségolène Royal, alors ministre de l’Ecologie, avait ainsi botté en touche en indiquant qu’« outre le rôle stratégique de ce dépôt pour garantir l’approvisionnement en hydrocarbures de la région,  la délocalisation de ce site industriel ne peut être imposée par voie réglementaire. »

Le sujet n’est toutefois pas enterré et côté EPA Orsa, on indique que la réflexion est toujours en cours.

Contexte logistique. On ne déplace pas un dépôt pétrolier au hasard et pour comprendre les contraintes de localisation, il faut se plonger dans la logistique pétrolière, stratégique pour le pays comme en témoigne l’impact des blocages de dépôts pétroliers sur les stations essence. Les dépôts pétroliers, qui représentent près de la moitié des capacités de stockage de pétrole du pays, doivent à la fois être situés à côté des pipelines qui s’approvisionnent auprès des raffineries, et aussi à proximité des agglomérations pour limiter les trajets des camions qui desservent les stations. Les dépôts de Villeneuve-le-Roi et Vitry sont situé sur le pipeline Le Havre/Paris (LHP) du Trapil (Société des Transports Pétroliers par Pipeline), spécialisé dans le transport des produits raffinés (contrairement au pipeline d’Ile-de-France (Plif) qui lui transporte du brut).

Détail du réseau Le Havre – Paris (document Trapil)

Réorganisation du réseau – Si les dépôts doivent se situer à proximité des lieux ce vie, la tendance est néanmoins qu regroupement. Le pays est ainsi passé de 300 dépôts au début des années 2000 à environ 300 aujourd’hui. « On constate que le maillage du territoire s’est distendu au profit de dépôts de grande capacité avec une fermeture accrue des petits dépôts », indique un panorama de la logistique pétrolière réalisé en 2016 par le ministère de la Transition écologique.

En Ile-de-France – La région compte 11 dépôts et une raffinerie (Grandpuits en Seine-et-Marne). Dans le détail, les Hauts-de-Seine comptent 3 dépôts, la Seine-et-Marne 2, les Yvelines 2, le Val-de-Marne 2 et l’Essonne 2. La région dispose ainsi d’une capacité de stockage de 1,4 million de M3 (20% de la consommation annuelle). Les 11 dépôts et la raffinerie desservent environ un millier de stations service via 1700 rotations de camions citerne par jour, « 2400 en période de pointe« , chiffre un document de la Driee (Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie).

Dans le Val-de-Marne – Le dépôt pétrolier de Villeneuve-Le-Roi dispose d’une capacité de stockage de 85 000 m3. Celui de Vitry-sur-Seine dispose de 69 400 m3. (Source : https://www.euro-petrole.com) L’aéroport d’Orly abrite aussi un dépôt de 59 330 m3.

Hasard du calendrier, la préfecture du Val-de-Marne a procédé à une simulation d’accident au dépôt pétrolier de Villeneuve-le-Roi pas plus tard que ce mercredi pour tester le plan de secours, de la coordination de la chaîne d’alerte à l’organisation de crise entre les services de l’État (Brigade des Pompiers de Paris, Police, ARS, DRIEE), SAMU…) et les collectivités locales.

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