Initiative | Champigny-sur-Marne | 13/06
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Le travail au long cours de l’Office des migrants à Champigny-sur-Marne

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Se repérer dans la rue ou dans les transports, faire des courses, prendre un rendez-vous, commander à la pharmacie… Autant de démarches du quotidien qui deviennent extrêmement complexes lorsque l’on ne maîtrise pas le français. A Champigny-sur-Marne, l'Office municipal des migrants (OMM) aide à rompre l’isolement en accompagnant, via des cours de langue et autres soutiens, aussi bien des mères ou grand-mères arrivées en France dans les années 1960 que des jeunes réfugiés.

Créée en 1985, l’association développe différents types d’actions : accueil, orientation, aide aux démarches administratives, stages d’insertion professionnelle et, surtout, des ateliers de français. Ce mardi, elle accueillait le préfet du Val-de-Marne, Laurent Prevost, alors que l’Etat fait partie des financeurs de l’OMM

«Nous accompagnons 1000 personnes chaque année», explique Carole Evéraère, directrice de l’OMM, en poste depuis douze ans. La structure fonctionne grâce à 32 bénévoles et cinq salariés. «On a beaucoup d’inscriptions, avec une cinquantaine de personnes sur liste d’attente.»  

Les élèves du jour, une vingtaine, viennent du Maroc, du Pakistan, de Guinée Bisau, de Turquie, du Mali, d’Algérie, du Congo… Certains sont en France depuis les années 1960, d’autres sont arrivés il y a quelques mois. A raison de six heures par semaines, les apprenants, répartis par niveaux, partent de situations de la vie quotidienne pour apprendre à parler, lire et écrire.

 

 

«Pour quelqu’un qui n’est jamais allé à l’école dans sa propre langue, il faut compter de 2000 à 3000 heures de cours»

Le niveau, très hétérogène, n’est absolument pas corrélé au temps passé en France. Certains nouveaux arrivants s’expriment avec aisance, alors que d’autres, en France depuis des dizaines d’années, peinent à aligner quelques mots. Beaucoup des élèves sont des dames d’âge mûr qui prennent du temps pour elles maintenant que leurs enfants ont grandi. «Ces dames de sont pas sorties, elles restaient dans l’appartement pour élever leurs enfants» explique Carole Evéraère. Même insérée dans le monde professionnel, les femmes migrantes restent plus isolées que les hommes : faire des ménages ou garder des enfants implique de travailler seule, alors que les hommes sont amenés à croiser plus de monde, explique la directrice de l’association. «Dans les cours de français on a à peu près 70% de femme et 30% d’hommes.»

La durée de la formation est variable, mais excède rarement plus de quatre ans. «Pour quelqu’un qui n’est jamais allé à l’école dans sa propre langue, il faut compter de 2000 à 3000 heures de cours», explique Anne-Marie, une enseignante bénévole. «Il faut tout reprendre, il y a des réflexes qui ne sont pas acquis. Par exemple, ils ne vont pas comprendre qu’il ne faut pas s’asseoir dos au tableau», témoigne Francine, une autre enseignante. «Il faut oublier et réapprendre», résume-t-elle.

«Je comprenais oui, non et merci»

«Je n’ai pas été à l’école au Maroc. Je travaillais quand j’étais petit. Maintenant je veux apprendre» explique Mauricio, 19 ans, le cadet du groupe. Arrivé en France en 2018, il a vécu dans la rue sans parler un mot de français. «Je comprenais oui, non et merci» se rappelle-t-il,  fier de ses progrès. «Il apprend très très vite» encourage Karima, 62 ans, qui suit les cours dispensés par l’association depuis quatre ans. «Je suis en France depuis 2001. Je gardais des enfants mais je ne savais pas leur lire des histoires. C’est pour ça que je suis venue ici.»  

L’association doit mettre en place des ateliers spécifiques pour permettre aux élèves de s’emparer des outils numériques mais un cambriolage en début d’année a retardé la mise en place du projet. Quand la question de la numérisation des démarches administratives est soulevée, les participants sont unanimes : «C’est très dur !» Le préfet admet qu’il faut travailler sur cette question, d’autant que les démarches se font «dans un français très compliqué, très administratif.» L’une des pistes évoquées par Laurent Prevost concerne la transposition des sites de démarches administratives sur smartphones, souvent plus faciles d’utilisation qu’un ordinateur traditionnel.

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