Reportage | Accueil Val de Marne (94) Champigny-sur-Marne | 14/11
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Lycée Langevin Wallon à Champigny-sur-Marne: pourquoi le droit de retrait est reconduit

Lycée Langevin Wallon à Champigny-sur-Marne: pourquoi le droit de retrait est reconduit
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Toujours en attente de propositions pour reprendre les cours sereinement après qu’une professeure ait été aspergée de gaz lacrymo vendredi dernier, les professeurs du lycée Langevin Wallon de Champigny-sur-Marne ont reconduit leur droit de retrait ce jeudi 14 novembre. Sur place, ils témoignent à la fois de leur enthousiasme à emmener les élèves au bac et de la boule au ventre qu’ils ressentent après une agression.

Pour rappel du contexte, lire : Droit de retrait au lycée à Champigny-sur-Marne: le gaz lacrymo de trop

Ce mercredi, les professeures ont attendu la venue de la directrice académique, déjà venue leur apporter son soutien le mardi, pour connaître les propositions apportées pour éviter qu’un tel incident ne se reproduise. « C’est une proviseure vie scolaire qui est finalement venue l’après-midi, mais sans proposition », relate Jean-Matthias Fleury, enseignant et secrétaire du Snes- Fsu au lycée Langevin wallon.

Pour l’heure, l’agresseur qui se baladait dans les couloirs avec sa bombe lacrymo n’a pas été identifié. Une plainte a été déposée au commissariat et et l’enquête est en cours. « Les personnels d’entretien ont constaté mardi matin dans les toilettes que des serrures avaient été forcées, et des tags inscrits, ce qui n’était pas le cas vendredi matin », témoigne un professeur d’histoire-géographie.

 

 

Un climat de tension élevé dans toute la région

En attendant, l’équipe enseignante entend apporter un soutien sans faille à la professeure qui a ouvert au porteur de la bombe lacrymo. L’objectif est de réagir ensemble, et de ne pas laisser la victime s’effacer en s’arrêtant momentanément. Dans le café non loin de l’établissement, on confie ses angoisses, mais aussi son envie de continuer. « Je ne me mets pas en arrêt car je ne veux pas me mettre en situation de victime. Pourtant, maintenant, j’ai peur dès que l’on toque à la porte. Mais j’ai surtout eu peur pour mes élèves, qu’ils soient blessés. Je veux trouver une solution pour eux, et vite« , témoigne la professeure. « C’est tout à fait possible qu’il ne s’agisse pas d’un élève du lycée. Et ce ne serait pas la première fois. Mardi, la région Île-de-France a envoyé des spécialistes en sécurisation de bâtiments. Ils nous fait part d’un climat de tension élevé dans toute la région », renchérit une autre enseignante.

Demande d’urgence d’un renfort de surveillants…

« Il y a des points de passage partout car il n’y a pas assez de surveillants. Il en faut un minimum. On demande trois postes de surveillants,ainsi que des formations pour eux mais aussi pour nous autres professeurs, afin de pouvoir mener un début d’enquête dans ce genre de situations » développe un professeur de philosophie. En tout, il y a actuellement huit surveillants, mais » ils sont cinq à agir simultanément, sur tous les bâtiments, pour tous les étages qu’ils comportent« , indique une enseignante. Il y a quatre ans de cela, le corps enseignant avait déjà exercé son droit de retrait, et ce durant quinze jours, jusqu’à obtenir le renfort d’un Assistant en Sécurité (AES). « Enfin, il a été recruté un an et demi plus tard… » se souviennent-ils.

… et d’une organisation qui suit mieux les élèves

« Très concrètement, on demande par exemple une salle pour les élèves exclus. Sinon, ils zonent. Et puis, il faut aussi prendre en compte les élèves dont les professeurs ne sont pas remplacés, qui sont eux-aussi susceptibles de zoner. Certains n’ont toujours pas été remplacés depuis la rentrée scolaire, et on parle bien de celle de septembre. » Du personnel administratif est aussi réclamé : « Depuis des années, le personnel est réduit. Il suffit d’un congé maladie pour que la situation soit ingérable. Résultat, cela fait un mois que nous n’avons plus de secrétaire de direction. Les problèmes ne sont donc pas systématiquement communiqués et ne peuvent ainsi se résoudre. Ils s’enlisent, et font monter le niveau d’agitation. On ne peut pas se le permettre, avec un public qui mérite qu’on lui consacre plus d’attention. »

Le mardi précédent l’agression, un échange de gaz lacrymogène était déjà survenu dans les couloirs. Une altercation qui aurait été remontée à la vie scolaire, mais dont la direction n’aurait pas été mise au courant.

« Moi, je ne fais même plus de rapports quand je me fais insulter«

Quatre professeurs d’EPS confient eux aussi avoir peur de reprendre les cours. « Ça fait trois semaines que tous les vendredis, il y a des débordements dans le lycée, qui se finissent par des étranglements entre élèves ou des chaises qui volent. » Pourquoi le vendredi? Car il y a selon eux moins d’enseignants dans l’établissement, et qu’à l’approche du weekend, la crainte que les familles en soient tenues informées est plus faible.

« Un élève a levé la main sur moi, simplement pour lui avoir demandé son carnet » confie l’une d’entre eux. Et pour cela, il n’a pas eu de conseil de discipline malgré ma demande, mais une exclusion de trois jours. Alors, les élèves le savent, et cela banalise la violence. »

« Il y a aussi des élèves qui courent dans les couloirs en tapant sur les portes et qui se montrent insolents« , note encore une prof. « Moi, je ne fais même plus de rapports quand je me fais insulter. Cela reste lettre morte », confie un collègue.

« Un collègue est en arrêt depuis 6 semaines pour avoir été bousculé dans sa classe. Et la sanction n’est là non plus pas à la hauteur : seulement 2 jours d’exclusion pour l’adolescent responsable« , témoigne l’équipe.

« Avec 90% des élèves, cela se passe super bien! »

Professeurs de français, de philo, de sciences et d’histoire-géo plaident pourtant à l’unisson sur le formidable potentiel de leur établissement. « On est super impliqué et avec 90% des élèves, cela se passe super bien! On travaille à fond pour proposer une ouverture culturelle à la hauteur : on fait des voyages en Espagne, en Italie, à la montagne aussi. Des clubs de lecture et notamment de mangas sont animés, on les emmène au théâtre, dans des musées, sur des sites historiques ». Un web-documentaire sur Champigny, « ville-monde », est même en cours de réalisation par les élèves de 1ère et Terminale ES, avec le soutien du Fond Social Européen. Des laboratoires technologiques, avec pour projet de se familiariser notamment aux imprimantes 3D sont pensés pour que les élèves s’insèrent au mieux dans le monde qui les attend.

« On ne demande qu’à bosser, car le temps presse : avec la réforme, les épreuves du contrôle continu du BAC ont lieu en janvier, ajouté à cela que les programmes ont changé, et que notre établissement est passé aux manuels numériques, en l’occurrence défaillants« , résume le professeur d’histoire-géo. « Plus de sanctions n’est pas la solution : il faut qu’elles soient plus justes et de fait, il y en aura moins ». A un système punitif ils préfèrent un système éducatif, et notamment les « mesures de responsabilisation » censées remplacer les jours d’exclusion par des stages dans des associations. « En quelque sorte des travaux d’intérêts généraux, explique une professeure de français qui regrette que lors des derniers incidents, les élèves concernés n’en ont pas bénéficié en raison d’un manque de partenariats associatifs« .

« On veut juste faire notre boulot, et que les élèves s’instruisent dans les conditions adéquates. C’est-à-dire, en sécurité », appellent les enseignants.

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