Education | Fontenay-sous-Bois | 06/03
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Mana, une école du troisième type à Fontenay-sous-Bois

Mana, une école du troisième type à Fontenay-sous-Bois © Cédric Thévenot
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Laisser les enfants entièrement libres de ce qu'ils vont apprendre, tel est le principe pédagogique des écoles du troisième type (dans la même veine que les écoles démocratiques ou Sudbury), associé à une gouvernance de l'institution en auto-gestion. A Fontenay-sous-Bois, l'école Mana (Maison des Apprentissages Naturels) creuse ce sillon depuis maintenant trois ans dans la rue Parmentier. Echange avec sa créatrice, Cécile Priou.

Pour l’heure, l’école ne compte qu’une classe unique de cinq élèves âgés de 4 à 9 ans mais elle peut accueillir des enfants de 3 à 11 ans. Deux nouveaux écoliers l’intégreront au cours du mois de mars. Parmi ces quelques élèves, certains vivent leur première expérience scolaire, d’autres ont déjà été scolarisés dans des établissements classiques. «Pour ces derniers, le choix de la Mana s’est fait soit parce qu’ils étaient en souffrance à l’école, soit parce que leurs parents sentaient que ce n’est pas les conditions les plus favorables pour leur permettre de se développer, explique Cécile Priou. L’éducation a besoin de se renouveler, des projets comme le nôtre sont de réelles innovations. On n’a pas forcément la réponse, mais on a notre place, on peut offrir des perspectives» insiste la fondatrice de cette mini structure.

De l’école classique à l’école du troisième type

Cécile Priou a commencé par une formation de professeure des écoles, et commencé à exercer le métier dans des écoles classiques, pendant un an et demi, mais en pratiquant la pédagogie Freinet (initiée a début du 20ème siècle par le pédagogue Célestin Freinet parmi les différents courants de l’éducation nouvelle s’appuyant sur l’expression libre des enfants et les pédagogies actives).  La jeune professeure rencontre alors Bernard Collot, pédagogue et ancien instituteur qui a pensé le concept d’école du troisième type comme « une école sans horaires, sans leçons, sans cahiers, sans programme, sans évaluation, ouverte en permanence aux parents, à d’autres adultes pendant et hors du temps scolaire, y compris pendant les vacances», développe la fondatrice de l’école fontenaysienne. «Rapidement, j’ai démissionné de l’éducation nationale. Je trouvais que le système traditionnel ne laissait pas assez de place au relationnel» explique-t-elle.  L’enseignante rejoint alors la Maison des enfants à la Cartoucherie du bois de Vincennes, un projet créé dès la fin des années 1970 par les comédiens du Théâtre du Soleil pour garder leurs enfants, qui s’est progressivement mué en jardin d’enfants avec agrément PMI puis en école explorant les différentes pédagogies actives et finalement en école du troisième type.  «J’y ai vu un système différent de l’école traditionnelle, géré par un collectif. J’ai vu la richesse de la gestion mais aussi ses limites. De mon point de vue, ce type d’établissement ne laisse pas assez de place aux professionnels. Je devais par exemple rendre des comptes aux parents alors qu’ici, à la Mana, nous nous positionnons comme des garants. Nous pouvons coopérer avec les parents mais ce n’est pas à eux de gérer ce qui se passe dans la classe», développe Cécile Priou qui décide de créer une école dans laquelle le parent joue un rôle majeur mais laisse sa place au professionnel.

Classe unique et enseignement à la demande

Pour expliquer son travail, l’enseignante fait un parallèle avec l’agriculture. «L’agriculture biologique n’agit pas directement sur la plante mais sur les conditions qui l’entourent. De la même manière, nous travaillons sur l’espace pour améliorer l’apprentissage, sur l’environnement familial également.»

 

 

A la Mana, la transmission naît de la demande de l’enfant, expose sa fondatrice. Chaque jour, les élèves arrivent entre 8h40 et 9h30 et se réunissent pour parler des activités qui rythmeront la journée. Le professeur organise celle-ci en fonction de ce qui a été exprimé lors de cette réunion. Les activités se font ensuite individuellement ou en groupe. «C’est comme pour les adultes, parfois on a besoin de travailler seul et parfois on a besoin des autres pour se stimuler.  L’enseignant,lui, se retrouve en position du «sachant»,  uniquement lorsque les conditions d’apprentissage sont favorables, parce que l’enfant a posé une question par exemple.»  

Pas question non plus de segmenter les enfants en fonction de leur âge. «Dans le système classique, on répartit les élèves par classe d’âge en considérant que l’enfant apprend de manière linéaire alors que les centres d’intérêt différent. L’enfant se saisit de l’apprentissage quand il y trouve un intérêt et un besoin et aura par exemple envie de lire plus rapidement s’il voit son grand frère ou sa grande sœur lire.» D’où le concept de classe unique. «Les petits sont attirés par les compétences des grands et les grands élaborent en aidant les petits.»

Trouver la bonne place pour les parents

Les parents doivent aussi avoir toute leur place. «Ici, on estime que l’enfant va apprendre autant à la maison qu’à l’école et qu’il y a une continuité entre les deux environnements. Il faut donc tisser le lien avec les parents pour que l’enfant sente cette cohérence», insiste Cécile Priou. Mais si les parents sont «vraiment actifs», la fondatrice de l’école préfère parler de «contribution» plutôt que de «participation», pour rappeler que s’ils peuvent exprimer leurs avis et leurs envies, ils ne peuvent pas tout remettre en question. «Avec Albin Thévenot (l’instituteur) nous sommes les garants de la structure et de la pédagogie. C’est important que les parents puissent s’exprimer, mais cela ne doit pas entraver la dynamique de fond du projet», précise la directrice.

Ecole hors contrat : 400 euros par mois

Etant hors contrat avec l’éducation nationale, l’école reste en revanche chère à faire fonctionner, qui coûte 400 euros par mois par enfant. Un tarif fixé de manière collective, chaque année, avec les parents. Matériellement, la Mana bénéficie par ailleurs d’un local de 35 m2 mis à disposition par la municipalité de Fontenay-sous-Bois, qu’elle doit libérer deux fois par semaine pour faire place aux répétitions d’une compagnie de théâtre. Pour concilier les deux, un ingénieux système de malle-cabines a été mis en place. Pour pouvoir se développer davantage, l’école recherche néanmoins des soutiens pour s’installer dans un local plus grand.

Réunion portes ouvertes le 19 mars à 18h30

Afin de faire connaître l’école aux parents, une prochaine réunion portes ouvertes se tiendra le  La prochaine réunion aura lieu le mardi 19 mars à 18h30.

Infos pratiques : https://www.maison-des-apprentissages-naturels.org/mana/

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