Initiative | Champigny-sur-Marne | 24/01
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Donner envie de littérature par le vécu : pari gagné à Champigny-sur-Marne

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« C’est un écrivain et vous voyez, un écrivain peut être vivant », lance le proviseur du lycée Louise Michel de Champigny-sur-Marne. Ce mardi,  le romancier Sylvain Prudhomme est venu donner une leçon de littérature vécue aux élèves de première, dans le cadre d'une initiative du Conseil régional d'Ile-de-France, mise en place par la Maison des écrivains. A 39 ans, l’écrivain qui a déjà écrit une dizaine de romans est venu pour transmettre sa passion.

Régulièrement primé, l’auteur est venu en tant que passeur. Pendant deux heures, il témoigne de son parcours, évoque les auteurs qui l’inspirent, donne sa vision de la littérature, confie ses méthodes d’écriture, invite au dialogue. Les questions s’enchaînent et n’en finissent plus.  « Ils ne se sont même pas levés pour la sonnerie », s’étonne une professeure.

Dans les coulisses de l’écriture 

« La vie a toujours plus d’imagination que nous », enjoint l’auteur qui explique comment  identifier une histoire intéressante,  tirer les fils, rencontrer les témoins, s’imprégner de l’ambiance des lieux. En exemple, il a choisi l’histoire de Là avait dit Bahi (prix Louis Guilloux 2012), inspiré de la vie de son grand père pied noir qui a échappé à la mort grâce à l’intervention de l’un de ses ouvriers, membre du FLN. Des dizaines d’années plus tard, Sylvain Prudhomme s’est rendu en Algérie pour interroger les témoins, ressentir les lieux. Une histoire qui impressionne fortement les élèves. Qui était cet homme ? Comment vivait-il ? Comment n’a-t-il jamais rien su des sacrifices consentis par ses employés pour qu’il ait la vie sauve? Les élèves en redemandent.  « J’ai l’impression d’avoir vu l’envers du décor. J’aimerais avoir l’auteur à côté de moi à chaque fois que je lis un livre, pour qu’il puisse expliquer ce qu’il y a derrière » commente Elena.

Amener les lycéens à la création littéraire

Le discours du romancier se veut décomplexant. « La force d’un livre n’est pas sa complexité, c’est une affaire de regard, de sincérité » explique-t-il. « Pas besoin d’être hyper fort en orthographe » pour être écrivain, décomplexe même l’auteur, qui,  bien qu’ayant suivi une formation littéraire, s’affranchit de certains codes, n’employant par exemple que très peu de points d’interrogation dans ses textes. «Pourquoi ?» demande une élève. «On n’entend que rarement le ton interrogatif d’un interlocuteur. Avec des signes de ponctuation, l’ambiguïté est levée, mais le dialogue ne ressemble pas à la musique de la vie.» Longuement, Sylvain Prudhomme parle de la naissance de sa vocation à l’adolescence.  S’il évoque les épreuves à surmonter avant de réussir à vivre de sa passion, pas question de décourager. De quoi inviter les ados à se livrer. Sana, en première S, confie « déjà écrire des trucs sur ordinateur : de la fantaisie, des aventures… » Ce message « l’a motivée pour continuer.» Tidjan, lui, promet de persévérer dans l’écriture de poèmes tandis que Léo évoque ses scénarios.

Donner le goût de la lecture aux adolescents

Sylvain Prudhomme insiste :  «Il est  important de déconstruire le mythe de l’écriture et de l’écrivain auprès des jeunes.» L’auteur se plait dans cet exercice, très différent d’une séance de dédicace auprès d’un public déjà acquis. « Là c’est beaucoup plus fort, il y a plus d’enjeux.»

Malgré la bataille de boules de neige qui anime la cour, deux élèves reviennent dans la salle après quelques minutes, rognant sur la récré. « On voulait vous remercier pour ce moment. Cela nous a donné envie de lire vos livres.» 

 

 

 

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