Santé | | 28/06/2019
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Villejuif: licenciement, alerte… malaise au département radiothérapie de l’IGR

Villejuif: licenciement, alerte… malaise au département radiothérapie de l’IGR © Besopha

Licenciement, droit d’alerte, arrêts maladie, l’ambiance est particulièrement tendue ces derniers mois dans le service de physique médicale rattaché au département radiothérapie de l’Institut Gustave Roussy, centre de lutte contre le cancer basé à Villejuif. Les physiciens qui calculent les doses de rayons dénoncent une concurrence entre deux partenariats, qui pourrait nuire aux patients. La direction s’en défend.  

Si les traitements des cancers par radiothérapies ont considérablement gagné en efficacité au cours des dernières décennies, c’est grâce à des logiciels de plus en plus précis dans le criblage des cellules à soigner, les TPS, un acronyme anglo-saxon que l’on pourrait traduire par “système de planification de traitement”. «Grâce à cette technologie, nous pouvons identifier des zones très précises d’organes sur lesquelles nous allons envoyer la dose maximale. Ce-sont des outils très importants pour la qualité des soins parce que la morphologie du patient peut évoluer entre plusieurs séances et qu’il faut à chaque fois adapter le traitement», explique un physicien de l’IGR. Quelques grands laboratoires se partagent le marché des TPS et, il y a quatre ans, l’Institut Gustave Roussy décide de faire l’acquisition du produit proposé par RaySearch Laboratories, une société suédoise.

Soupçons d’espionnage industriel et de concurrence entre deux solutions

Les physiciens s’approprient rapidement le nouvel outil et espèrent que le TPS va devenir de plus en plus performant grâce au partenariat noué entre l’Institut Gustave Roussy et le laboratoire pour exploiter des données des patients et améliorer certains modules. Mais en 2018, Raysearch Laboratories commence à montrer des signes de réticence sur sa collaboration avec l’IGR. «En gros, ils nous ont fait comprendre qu’ils se pensaient espionnés. Que nous ne jouions pas le jeu. Ils ont refusé de nous donner un adaptatif de leur logiciel !» témoigne le physicien. «Nous avons également reçu des demandes de sortie de données sensibles. Nous avons demandé à voir les contrats mais cela nous a été refusé. Alors nous avons dit non», ajoute le physicien. Le chef du service physique médicale demande alors à sa hiérarchie une clarification sur la sortie de données cliniques patients réalisées dans le cadre d’activités de recherche et réclame la mise en place d’un comité de suivi. Il signale également qu’un projet de recherche avec la société TheraPanacea, issue des laboratoires de recherche d’Inria et de Centrale Supélec, risque de porter préjudice à la relation partenariale avec Raysearch Laboratories. La jeune pousse, dont l’Institut Gustave Roussy a pris une participation au capital en octobre 2018,  via sa filiale Gustave Roussy Transfert, est spécialisée dans les technologies médicales en intelligence artificielle et travaille sur son propre TPS. Elle ambitionne notamment de rendre possible la radiothérapie  adaptative à la volée pour doser en temps réel la radiothérapie en fonction des changements anatomiques ou des mouvements des organes pendant les séances d’irradiation. En décembre 2018, les physiciens obtiennent une réponse du directeur adjoint de l’IGR qui indique qu’il n’y a aucun obstacle au projet clinique entre l’IGR et Raysearch et que chaque partenariat fait l’objet d’un contrat propre.

Pour les physiciens, il y a une concurrence qui nuit au patient du fait d’une moindre coopération entre Raysearch et l’IGR. «Concrètement, les patients auraient pu bénéficier d’un traitement encore plus performant», s’indigne un physicien. Ce que récuse la direction de l’Institut Gustave Roussy qui assure le contraire.  «Ce contexte n’a pas d’impact sur la qualité des traitements administrés en radiothérapie à nos patients. Ils continuent de recevoir leur traitement comme prévu dans des conditions sécurisées», fait savoir l’IGR. Concernant la collecte de données sensibles, le centre de lutte contre le cancer indique prendre cet enjeu très au sérieux et avoir respecté les protocoles. «L’ensemble des contrats en discussion à Gustave Roussy emportant un impact en termes de données personnelles, que ce soit dans le cadre de la recherche, d’activités cliniques ou de la simple fourniture de biens et services permettant le fonctionnement hospitalier, sont revus par le délégué afin de s’assurer du respect du corpus réglementaire applicable. Cela inclut notamment le partage sécurisé des données avec des tiers tout en veillant en amont à l’information des patients».

Licenciement du chef de service, alerte, CHSCT, expertise en cours

Début 2019, la tension monte encore d’un cran quand le chef du service physique médicale se voit investi de la mission de valider le TPS de TheraPanacea. «La validation d’un TPS est une étape qui consiste à vérifier à travers des calculs très compliqué l’efficacité du produit pour qu’il soit ensuite soumis à approbation de mise sur le marché. Dans les sociétés qui commercialisent ces outils technologiques, des dizaines de physiciens se consacrent à cette tâche à temps plein. Le laboratoire Raysearch emploie des centaines de développeurs pour travailler sur ses produits. Nous ne sommes qu’une quinzaine de physiciens et avons déjà énormément de travail avec les patients de l’IGR», éclaire un physicien. Le chef de service demande à la direction de consulter le cahier des charges pour chiffrer le temps nécessaire. «On lui a répondu qu’il faudrait mettre à disposition un physicien pendant dix jours. C’est une blague !», poursuit le physicien. Ebranlé, le chef de service se tourne vers le syndicat CGT qui dépose un droit d’alerte signé des physiciens en février. «Nous avions déjà été en conflit avec lui par le passé et nous avons été un peu étonnés qu’il vienne nous voir. Nous en avons aussi conclu que c’était grave!», indique une déléguée CGT. Suite à cette alerte, un CHSCT extraordinaire se réunit le 15 mars et  décide d’une expertise par un cabinet indépendant, sous l’égide du CSE (Comité social économique de l’établissement, équivalent du comité d’entreprise). L’expertise a débuté la semaine dernière avec les auditions du personnel. Entre temps, le chef de service, depuis 17 ans dans la maison, a été licencié pour insuffisance professionnelle, en mai 2019. Licenciement contesté par ce dernier.

 

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