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A Ivry-sur-Seine, l’Ufal rend hommage à Charlie Hebdo et ose un débat clivant

A Ivry-sur-Seine, l’Ufal rend hommage à Charlie Hebdo et ose un débat clivant
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« Je suis Charlie mais ». Il y a cinq ans déjà, lors de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo qui a tué douze personnes, le 7 janvier 2015, les réactions recueillies dans la rue témoignaient de la réserve ressentie face à la liberté de rire du sacré revendiquée par la rédaction. Cinq ans après, la question reste clivante.

Si toutes les personnes interrogées condamnent toujours l’attentat meurtrier, elles ne défendent pas souvent cette revendication de la rédaction. « Non je ne suis pas Charlie. Il faut tenir compte de la religion des gens, ne pas se permettre de rigoler sur tout. Ils n’ont pas mérité pour autant ce qui est arrivé, c’est la vie des gens qu’ils ont enlevés, ils ont mis pour toujours des familles dans la peine. Je ne suis juste pas d’accord avec leur critique du politiquement correct, avec le flux des médias et des réseaux ça dépasse les limites », témoigne ainsi Priscilla, 25 ans, à Ivry-sur-Seine. Croisé devant la mairie d’Ivry, Maikoll, 41 ans, abonde. « Il faut être Charlie. Par contre, pour la liberté d’expression, il y a des limites comme la religion par exemple. Le respect est important car certains peuvent se sentir frustrés, vexés et le prendre au premier degré ».

Elu sans étiquette de la ville, un autre passant n’est lui pas d’accord avec ce point de vue, tout en dénonçant les amalgames qui ont été faits à propos des Musulmans. « Bien sûr que je suis Charlie! Pour le travail de ces journalistes. Maintenant il y a un manque de liberté, on doit surveiller ce que l’ont dit et ce que l’on fait », regrette l’élu, conducteur de métro. « Mais après l’attentat, des collègues se sont lâchés sur un autre collègue musulman et nous avons dû faire bloc. Il faut le dire : c’est malheureux d’être musulman en France aujourd’hui car il existe des amalgames. Le plus important c’est la liberté d’autrui! », plaide-t-il. « Je suis toujours Charlie, cela fait toujours mal, même 5 ou 10 ans plus tard. Ce qui est arrivé est et restera choquant », défend aussi Kanney, 45 ans. A Maisons-Alfort, deux jeunes femmes se demandent ce que veut dire « être Charlie ». « On est Charlie si cela signifie une liberté de la presse », résument-elles.

Hommage et débat à Ivry-sur-Seine

A Ivry-sur-Seine, ceux qui souhaitent commémorer les massacres terroristes de 2015, de celui de Charlie à celui de l’Hypercacher, pourront se retrouver ce mardi 7 janvier à 19 heures devant l’hôtel de ville où une commémoration est organisée à l’initiative de l’Ufal (Union des familles laïques) d’Ivry et Les Emancipé.es, une association qui milite pour lier combat laïque et combat social.

 

 

Concilier les émancipations : un débat qui fracture la gauche

L’hommage sera suivi à 20 heures d’une conférence débat autour du livre à paraître « La gauche contre les lumières » à l’espace Robespierre, en compagnie de son autrice Stéphanie Roza, docteure en philosophie politique et chercheuse rattachée au CHSPM (Paris I Panthéon-Sorbonne) spécialiste notamment de l’histoire de la pensée républicaine en lien avec les origines du socialisme moderne, et l’archéologie des sciences sociales. Dans son ouvrage, à paraître le 22 janvier aux éditions Fayard, la chercheuse explore la faille qui traverse les courants de gauche en opposant l’émancipation des dominés et l’universalisme. « Depuis plusieurs années déjà s’élèvent des critiques d’une radicalité inouïe contre le cœur même de l’héritage des Lumières : le rationalisme, le progressisme, l’universalisme. Ces critiques se revendiquent de l’émancipation des dominés, marqueur traditionnel des différents courants de gauche. Mais s’inscrivent-elles dans le prolongement de celles qui, depuis l’émergence des mouvements socialiste, communiste ou anarchiste, avaient pour horizon un prolongement et un élargissement des combats des Lumières « bourgeoises » ? Il est malheureusement à craindre que non. Une partie de la gauche est-elle dès lors en train de se renier elle-même ? », questionne le livre.

« C’est la quatrième année que nous organisons un hommage avec un débat, explique Mourad Tagzout, coorganisateur de la soirée, par ailleurs élu LFI. Nous avons donné une pièce de Tignous au théâtre Aleph, mais aussi le texte de Charb, (ndlr « Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes » paru à titre posthume en avril 2015 et qui a fait l’objet de plusieurs déprogrammations dans des universités). C’était un acte militant et nous avons fait salle comble les deux soirs de la représentation, occasionnant un débat très intéressant. En janvier 2018, nous avons débattu de la laïcité et l’an dernier de la liberté de penser. Notre position est d’allier tous les combats pour l’émancipation. Sur ces questions là malheureusement, la gauche se regarde en chien de faïence », motive Mourad Tagzout.

Ventes de Charlie Hebdo : le soufflet est retombé

Les ventes de l’hebdomadaire, elles, ont replongé après le pic d’abonnements et d’achats en kiosque sous le coup de l’émotion. Passées de 30 000 exemplaires vendus à 120 000, les ventes sont retombées à une moyenne de 60 000 depuis 2018, indiquait La Lettre A en août dernier. « Les ventes stagnent autour de 4 ou 5 Charlie vendus par mois », témoigne le kiosquier de la place Aristide Briand de Charenton-le-Pont. « Alors que je vends 70 Canard Enchaînés par mois. Peut-être dû à la différence de prix? Charlie, c’est quand même 3 euros alors que le Canard lui c’est 1,20 euros », tente d’expliquer le marchand. « Ce matin, on n’a rien vendu, même pas un exemplaire, alors que le numéro du cinquième anniversaire est paru. Mais normalement, on le reçoit le mercredi alors peut-être que les gens ne savaient pas qu’on l’avait déjà aujourd’hui », avance Abi, kiosquier près du métro de Vincennes. « Je ne l’achète pas régulièrement, mais quand je le fais c’est pour rendre hommage aux victimes, pour ne pas oublier », défend une passante.

Dans son numéro des cinq ans après l’attentat, Charlie Hebdo rend hommage à ses disparus et s’attaque aux nouvelles censures du « tyranniquement correct ambiant » selon l’expression de leur avocat Richard Malka. « Hier, on disait merde à Dieu, à l’armée, à l’Église, à l’État. Aujourd’hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blogueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d’école… « , y signe Riss, directeur de la rédaction, dans son éditorial.

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