Publicité
Publicité : Les Trophées du Territoire CCI 94
Justice | | 06/12/2020
Réagir Par

Affaire du club de foot d’Alfortville: Luc Carvounas attaque le journal Streetpress

Affaire du club de foot d’Alfortville: Luc Carvounas attaque le journal Streetpress

L’affaire du club de foot disgracié d’Alfortville, dont l’ex directeur était candidat sur la liste LREM aux municipales 2020, prend un deuxième tour juridique, qui n’oppose plus seulement la ville et le club mais son maire et le site d’information Streetpress. Explications.

Depuis la rentrée, le club de foot historique d’Alfortville n’a plus droit de cité dans les équipements sportifs de la ville et a perdu son partenariat avec la commune, laquelle a invité les familles à inscrire leurs enfants dans un autre club. La municipalité motive ce changement de pied par une gestion défectueuse du club de longue date malgré des tentatives d’accompagnement par la ville quand les défenseurs de l’US Alfortville dénoncent un règlement de compte politique suite à la candidature aux municipales d’Abdoulaye Diakite, ancien directeur du club, sur la liste du candidat LREM Jonathan Rosenblum. Entre la ville et le club historique, la relation passe donc désormais par les tribunaux tandis que l’USA tente de poursuivre l’aventure en s’appuyant sur ses soutiens. Un brunch de support était ainsi organisé le 18 octobre.

Lire à ce sujet :
Alfortville, Limeil-Brévannes: clubs de foot en disgrâce après les élections
La mairie d’Alfortville discrédite son club de foot historique
L’US Alfortville Football perd son premier match juridique contre la mairie

La conversation de novembre 2019

L’affaire a pris un nouveau tour avec la parution, le 21 octobre, d’un article du site d’information Streetpress, faisant état d’un entretien entre Luc Carvounas, Abdoulaye Diakite et un collaborateur de cabinet, le 18 novembre 2019.

A l’époque, Luc Carvounas n’est plus maire car il passé le témoin à Michel Gerchinovitz lors de son élection comme député en juin 2017 pour éviter le cumul des mandats. L’ancien sénateur (de 2011 à 2017) est en revanche candidat à nouveau pour 2020, préférant la ville à l’hémicycle. C’est son adjointe Isabelle Santiago qui sera élue députée de la circonscription à sa suite en septembre à l’occasion d’une législative partielle. De son côté, Abdoulaye Diakite s’est déjà présenté une fois aux municipales d’Alfortville, en 2014, récoltant 6,74% des suffrages au premier tour. L’entretien a trait aux municipales de 2020.

“L’entretien a duré plus d’une heure et a été très courtois. Abdoulaye Diakite m’a indiqué qu’il voulait faire de la politique, je lui ait fait savoir qu’il ne serait pas sur ma liste mais qu’il y avait mille façons de s’investir dans la ville. Je l’ai invité à venir me voir s’il avait des projets”, s’en souvient Luc Carvounas. Après voir également discuté avec l’équipe préparant la liste citoyenne soutenue par LFI, Abdoulaye Diakite rejoindra finalement la liste LREM de Jonathan Rosenblum. Luc Carvounas sera élu dès le premier tour avec 57% des voix.

Dans son article du 21 octobre, Steetpress, qui indique s’être “procuré un enregistrement de 26 minutes qui couvre l’intégralité des échanges”, rend compte de cet entretien en citant des propos du maire actuel pouvant s’apparenter à une pression politique pour faire campagne dans son camp.

Extrait de l'article - "Si le futur édile indique clairement qu’il ne « propose pas [à Abdoulaye Diakité, ndlr] d’être sur la liste », il lui assure qu’il y a « mille façons de faire de la politique » et qu’il connaît « des cadres associatifs qui sont aussi puissants qu’un maire-adjoint ». Luc Carvounas se permet même une blague sur leur précédent duel : « Dans ma vie, ceux avec qui je me suis fighté lourdement, quand on démarre quelque chose, c’est là qu’il y a les plus belles histoires ». L’élu confie même qu’Abdoulaye Diakité l’a fait « transpirer en 2014 », avant d’enchaîner sur une phrase lourde de sous-entendus : «Après, tout le monde peut être contre moi… Mais faut gagner ! Quand on perd… ». 

Voir l’article complet de Streetpress du 21 octobre

L’article relève par ailleurs qu’une autre association dont Abdoulaye Diakite était membre, La Compagnie des Parents, a fait les frais de la campagne de 2014 l’année suivante, se voyant retirer le local qui était à sa disposition. Il revient ensuite sur le revirement financier de la ville vis-à-vis du club, citant un autre extrait de l’enregistrement dans lequel l’actuel maire promet d’éponger la dette.

Luc Carvounas attaque le journal en justice

Alors qu’une bataille est déjà engagée devant les tribunaux entre la ville et le club, cet article a donné lieu à un nouveau front juridique. Après avoir tenté de récupérer la bande son par huissier, Luc Carvounas a non seulement attaqué le journal en diffamation devant la 17ème Chambre du Tribunal de Paris (la Chambre de la Presse), mais également fait une citation directe à comparaître devant le Tribunal correctionnel de Créteil contre celui qu’il présume être l’auteur principal d’une collecte frauduleuse de données à caractère personnel et StreetPress comme receleur de ce délit. “L’entretien a duré plus d’une heure et non 26 minutes. Il s’agit d’un montage. J’ai reçu Abdoulaye Diakite à sa demande, et avec un témoin. Je demande à ce que soit diffusé l’intégralité de l’échange. Je souhaite laver mon honneur”, réclame Luc Carvounas pour qui la protection des sources ne peut tenir car il n’y avait qu’Abdoulaye Diakite dans la pièce – en plus de lui et de son collaborateur de cabinet. L’élu affirme par ailleurs avoir reçu ces derniers jours un texto de l’ancien directeur du club, lequel souhaiterait enterrer la hache de guerre.

“Tous les propos que nous avons cités ont été dits. Nous avons écouté les 26 minutes et la teneur générale de l’enregistrement consiste bien à négocier un certain nombre d’avantages directs ou indirect pour le club de foot en échange d’une non agression pendant la campagne électorale. Les quelques passages que nous avons cités illustrent la teneur générale de cet enregistrement”, réagit pour sa part Mathieu Molard, rédacteur en chef de Streetpress, rappelant la jurisprudence de juillet 2013 qui limite la diffusion d’enregistrements clandestins, même dans le but d’informer. Cette jurisprudence avait obligé Médiapart à arrêter la diffusion des enregistrements qui avaient permis de révéler l’affaire Bettencourt,

Une attaque qui prend de biais la loi sur la liberté de la presse

Concernant la forme de l’attaque en justice, le journal s’étonne de la citation directe à comparaître (procédure qui permet de convoquer directement l’auteur présumé devant le tribunal, sans enquête préalable) pour recel de collecte frauduleuse de données à caractère personnel. “Il invente des pirouettes juridiques pour aller sur un autre terrain, pour ne pas contester les propos tenus. Il sort de la loi sur la presse. C’est un terrain glissant qui vise à s’attaquer aux sources en supprimant le droit de citer une bande son. C’est quoi l’étape d’après ?”, questionne Mathieu Molard. “Street Press doit affronter 3 à 4 procès chaque année. Je n’en ai jamais perdu un seul mais ce n’est pas parce que l’on gagne que l’on ne perd pas de l’argent car cela prend du temps, occupe plusieurs mois de salaires de journalistes qui ne sont pas consacrés à produire des enquêtes. Je me demande si Luc Carvounas va, lui, financer ses attaques sur ses deniers personnels ou demander la protection fonctionnelle. Si c’était le cas, ce serait de mauvais goût”, lâche le rédacteur en chef qui a lancé un “Carvounathon” pour financer cette nouvelle procédure.

Abonnez-vous pour pouvoir télécharger l'article au format PDF. Déjà abonné ? Cliquez ici.
3 commentaires pour Affaire du club de foot d’Alfortville: Luc Carvounas attaque le journal Streetpress
Ajouter une photo

N'envoyez que des photos que vous avez prises vous-même, ou libres de tout droit. Les photos sont publiées sous votre responsabilité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A lire aussi