Reportage | | 15/12/2020
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Aubervilliers, Bobigny et Drancy, comment l’arrêt du match PSG-Basaksehir a été vécu par les footeux

Aubervilliers, Bobigny et  Drancy, comment l’arrêt du match PSG-Basaksehir a été vécu par les footeux

C’était l’une des premières actus à la une ce mercredi 9 décembre : l’arrêt du match de Ligue des Champions PSG-Basaksehir après qu’un arbitre ait apostrophé l’entraîneur adjoint du club stambouliote d’un “Le noir là-bas” à la 13ème minute, provoquant un historique départ collectif des joueurs. Sur les terrains de foot amateur, l’épisode a marqué les esprits, même si le sujet n’était pas forcément au centre des conversations le lendemain. Reportage sur des stades de Drancy, Aubervilliers, Bobigny.

Mercredi, un jour synonyme de foot pour beaucoup d’enfants. Sur la pelouse du Football Club Municipal d’Aubervilliers (FCMA), les U10 (joueurs de 9 ans) finissent leur entraînement. Pendant ce temps, les U11 patientent dans les gradins. On tape un peu dans le ballon. On rigole entre copains.

Bema, 10 ans, avoue avoir eu du mal à se rendre compte de ce qui s’eest passé sur le moment. “Je voulais continuer à regarder le match, mais ma maman m’a expliqué que les propos de l’arbitre étaient plus importants que le foot.” Idem pour son cousin Ibrahim, 10 ans lui aussi : “Mes parents m’ont dit de me mettre à la place de l’entraîneur à qui c’était arrivé. C’est vrai que ça se fait pas, il est venu de loin et on l’insulte…” Les deux coéquipiers espèrent que le geste des joueurs pourra “faire réfléchir” le monde du football. En attendant, il n’y a pas de doute : il faut changer d’arbitre.

Yakhub, coach des U12 et U13 depuis 12 ans, se souviendra de ce moment. “D’habitude, le match reprend, mais pas cette fois. J’étais super ému, surtout que c’est un joueur noir qui a pris les devants”, confie le jeune homme de 22 ans, “content” de la solidarité qu’ont montré les 22 acteurs du terrain.

Yakhub, entraîneur des U12 et U1 du FCMA.

Son collègue Olivier, 49 ans, se montre plus mitigé quant aux accusations de racisme : “C’est peut-être un problème de compréhension. Apparemment, “negru” en roumain veut dire “noir”, donc ce n’était pas forcément péjoratif. Mais sans doute que les joueurs l’ont entendu comme “négro”.

Malgré tout, l’entraîneur des gardiens compte demander aux jeunes “ce qu’ils en pensent, sans insister” , rester ouvert à la discussion. “Je ne vais pas essayer de les convaincre. Le but c’est d’entendre ce qu’ils ont à dire, de comprendre pourquoi ils ont ressenti ça. C’est aussi notre rôle. On est là pour essayer de prévenir ces choses-là, au même titre que la violence. À Aubervilliers, on est très mélangés, ce serait dommage d’en faire un tabou. Ceci dit, j’aborderai le sujet avec les ados, mais peut-être pas avec les plus jeunes. En-dessous d’un certain âge, je ne suis pas sûr qu’ils se rendent compte de ce que tout cela signifie.”

Olivier, 49 ans, entraîneur des gardiens.

Chez les U15 du club Jeanne D’Arc Drancy (JAD), la discussion part vite dans tous les sens : “Ce n’est pas normal ! Le foot, c’est pour tout le monde, pas que pour les blancs !”, commence Rayane. “L’arbitre devrait être retiré des terrains, il faut qu’il aille en prison !” surenchérit Abdel. “Moi, je l’aurais cogné”, assure Wayden. “Ils ont été exemplaires, surtout que c’était un match avec un gros enjeu (en gagnant ce match, le PSG avait l’occasion de finir en tête de sa poule, ndlr)”. S’ils devaient rencontrer le même problème lors d’un match, tous déclarent qu’ils quitteraient le terrain. Seul Bilal affirme qu’il préférerait continuer à jouer et gagner, “pour montrer qu’il est plus fort que les insultes”. “Tu penses trop au foot !” lui lance Wayden.

Au niveau amateur, les incidents racistes ne sont pas exceptionnels

Au niveau amateur, l’arrêt des matchs en cas d’incident raciste n’est pas nouveau, explique Faouzi. Coach à Drancy depuis deux ans, il entraîne des joueurs depuis plus d’une dizaine d’années. “Cela m’est arrivé à plusieurs reprises en tournoi. Souvent, des supporters insultent des gosses. Quand ça arrive, on est obligé de stopper le match car les entraîneurs sont seuls à encadrer les jeunes et il devient difficile d’éviter les débordements d’un côté comme de l’autre. Cela crée une grosse rancœur chez les jeunes. Pour le match retour, ils appellent souvent leurs potes pour en découdre…”

Coach depuis plus d’une dizaine d’années, Faouzi confie avoir déjà assisté à de nombreux incidents racistes sur les terrains.

Du côté du stade de la Motte de Bobigny, les sept trentenaires qui attendent leur tour sur le bord du terrain semblent plus fatalistes. “Moi, le racisme dans le foot, ça ne me choque même plus”, affirme l’un d’entre eux, citant les cas de Samuel Eto’o et Mario Balotelli, joueurs stars insultés en raison de leur couleur de peau. Il n’empêche que l’incident reste grave à leurs yeux. L’un d’entre eux tente de relativiser les faits : “Ce n’est pas forcément raciste de désigner quelqu’un par sa couleur de peau. Regarde nous, on est tous noirs. Parfois, on joue contre des équipes où il n’y a que des rebeux (beurs). Quand ça nous arrive, on dit qu’on joue contre les rebeux, on ne dit pas ça pour être racistes !” Un de ses coéquipiers l’interrompt. “Mais c’est pas la même chose ! Là, on parle d’un événement médiatisé, d’un match professionnel ! Un arbitre n’a pas à dire ça !” Tous s’accordent sur un point : tout historique qu’il soit, le geste des joueurs a peu de chances de changer les choses en profondeur. Comment faire évoluer les mentalités ? Les sept amis citent à nouveau Samuel Eto’o : “Il faudrait que tous les joueurs décident de ne plus jouer. Les instances du football perdraient tellement d’argent qu’elles seraient obligées de trouver des solutions.”

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