Santé | Val-de-Marne | 03/04
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Centres coronavirus en Val-de-Marne: soignants au rendez-vous, système D pour le matériel

Centres coronavirus en Val-de-Marne: soignants au rendez-vous, système D pour le matériel
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Accueillir les patients symptomatiques du coronavirus et maintenir le suivi des autres pathologies en évitant de mélanger les deux, tel est l’enjeu des huit centres de consultation Covid 19 installés en Val-de-Marne. Une organisation qui s’est rodée à toute vitesse grâce à beaucoup de bonnes volontés mais qui reste suspendue à un approvisionnement pérenne en matériel. Enquête.

L’afflux de patients Covid et le confinement invitant à éviter au maximum d’aller voir son médecin, sauf urgence, a vidé les salles d’attente des cabinets médicaux. Pour autant, l’épidémie de coronavirus n’empêche pas les autres maladies d’exister. Préserver le suivi des patients chroniques et diagnostiquer sans tarder les pathologies potentiellement graves constitue donc un enjeu crucial pour éviter des drames. “Beaucoup de médecins ont développé la téléconsultation mais, sans examen, il est difficile de poser un diagnostic. Il y a deux jours par exemple, un patient s’est présenté avec de la fièvre et des douleurs abdominales, ce qui laissait suspecter le covid. A l’examen, il s’est avéré qu’il s’agissait d’une appendicite et il a été emmené aux urgences. Sans opération rapide, il serait mort d’une péritonite. En mettant de côté les actes reportables comme les certificats médicaux, il est donc nécessaire de relancer la filière ‘froide’ tout en gérant la filière ‘chaude'”, explique le docteur Jean-Noël Lépront, secrétaire général de l’Ordre des médecins du Val-de-Marne.

Problème : difficile d’accueillir dans une même salle d’attente des patients covid et non covid, étant donné la contagiosité du coronavirus. “Il nous est rapidement devenu évident qu’il fallait monter des structures spécifiques”, pointe Jean-Brice de Bary, médecin à Mandres-les-Roses et coordinateur du centre Covid de la commune avec la docteure Jessica Langlois de Santeny.

C’est dans ce contexte que les médecins libéraux se sont organisés en plusieurs lieux du département, avec le soutien des villes, de l’ARS (Agence régionale de santé) et de l’Assurance Maladie, pour créer des centres de consultation réservés aux patients covid.

8 centres Covid en Val-de-Marne

A ce jour, sept centres ont ouvert à Champigny-sur-Marne, Limeil-Brévannes, Mandres-les-Roses (photo de une), Nogent-sur-Marne, Saint-Mandé, Créteil et Choisy-le-Roi. Un huitième ouvrira au Plessis-Trévise à partir du 6 avril. Deux autres projets sont également en réflexion à Chevilly-Larue et à Vitry-sur-Seine. La plupart sont ouverts 7 jours sur 7.

Pas de centre Covid mais double circuit à Ivry-sur-Seine
A Ivry-sur-Seine, le centre municipal de santé Fanny Dewerpe, qui devait achever ce printemps sa rénovation après une extension de 1000 m2, a organisé deux circuits au sein même de l’établissement, pour accueillir tous les patients. “Dès l’entrée, deux infirmiers désinfectent les mains de toutes les personnes qui entrent, prennent leur température et leur posent quelques questions. Les patients susceptibles d’avoir le coronavirus sont conduits dans une salle d’attente spécifique, c’est ce que l’on appelle le circuit chaud. Ceux qui viennent pour d’autres pathologies sont accueillis dans une autre, c’est le circuit froid. Toutes les personnes qui appellent le centre et décrivent des symptômes de Covid sont par ailleurs transférées à un médecin régulateur dédié qui les oriente en consultation si nécessaire, voire vers le 15”, détaille la docteure Marianne Petit, directrice du centre.

Pas d’accueil direct du public

Afin d’éviter les effets de foule, les patients ne peuvent se rendre directement au centre mais doivent être envoyés par des médecins, infirmiers, pharmaciens, par le centre 15 ou encore les urgences. “A Champigny-sur-Marne, environ la moitié des patients sont envoyés par le centre 15, l’autre par les professionnels de santé. A ce jour, environ 300 sont passés dont 10 à 15% ont été réorientés vers les urgences. Les autres sont renvoyés chez eux, suivis par un médecin qui les rappelle régulièrement et leur propose si nécessaire un nouveau rendez-vous pour faire le point”, détaille Jean-Noël Lépront. A Nogent-sur-Marne, une centaine de personnes étaient déjà venues consulter, à date du 1er avril. “Les patients viennent d’un peu partout. Nous en avons même eu un de Sèvres!” détaille Elisabeth Bossetti, bénévole en charge de la coordination logistique du centre nogentais.

A noter que les centres Covid 19 ne sont pas non plus des centres de dépistage du coronavirus, le nombre de tests disponibles étant en quantité largement insuffisante. “Nous avons quelques tests que nous destinons au personnel soignant”, indique Elisabeth Bossetti.

Mobilisation immédiate des soignants et bénévoles

Tout le monde étant conscient de l’urgence avec l’envie d’aider, l’organisation de cette nouvelle filière s’est effectuée en un temps record, entre les médecins libéraux et professionnels de santé parfois déjà organisés en réseaux dans le cadre des CPTS (Communautés territoriales des professionnels de santé) naissantes (voir article sur le sujet), ou des Sami (des systèmes d’accueil d’urgence locaux spécifiques au Val-de-Marne). Les villes ont pour leur part mis à disposition locaux, mobilier, services de nettoyage et désinfection, voire une partie du matériel, tandis que l’Agence régionale de santé qui a accompagné et validé les initiatives, a œuvré avec l’Assurance Maladie pour proposer une rémunération des vacations de médecin au forfait plutôt qu’à l’acte afin de simplifier l’administration. “Cette initiative, née des professionnels de santé, ne constitue pas une réponse unique, elle s’inscrit dans un ensemble. Il s’agit d’être pragmatique”, motive Eric Véchard, directeur de la délégation Val-de-Marne de l’Agence régionale de santé.

“J’ai envoyé un appel à volontaires à 10h. A 18h, le planning du mois était plié”

Du côté des professionnels de santé, la réponse a été immédiate. “Le dimanche matin, tout était en place pour ouvrir mais nous n’avions pas encore les soignants. J’ai envoyé un mail à 10 heures à l’ensemble des professionnels de santé de la CPTS. A 18 heures, j’avais reçu 150 propositions. Le planning du mois état plié!”, se souvient Jean-Noël Lépront, en charge de la coordination du centre campinois avec le docteur Frédéric Lebrun, directeur des centres municipaux de santé. L’hôpital voisin de ce centre Covid, installé au gymnase Tabanelli, est aussi complètement partie prenante. “Nous avons une réunion tous les matins avec les urgentistes de l’hôpital Paul Egine pour faire le point sur les lits disponibles. Certains patients en état de sortir de l’hôpital mais encore fragiles viennent ensuite au centre pour continuer à être suivis”, détaille le médecin campinois.

A Nogent-sur-Marne, c’est aussi sur la CPTS émergente que s’est appuyé le centre, installé dans l’espace des associations Simone Veil, sous l’égide du docteur Frédéric Thibault, président de la CME (Communauté médicale d’établissement) de l’hôpital Armand Brillard, et du docteur Bechara. “Il y a une salle de consultation et une salle de téléconsultation avec en permanence deux médecins et deux infirmiers. Les soignants ont été au rendez-vous et nous avons aussi des bénévoles pour tenir l’accueil”, explique Elisabeth Bossetti. Dans la salle d’attente, 16 chaises ont été disposées, espacées de 2 mètres chacune, et un box a été ajouté cette semaine, dans lequel une infirmière prend les constantes des patients.

Dans le centre Covid de Nogent, un bowe a été aménagé dans la salle d’attente pour prendre les constantes

Dans le sud Val-de-Marne, c’est dans le périmètre du Sami de Limeil-Brévannes que les choses se sont organisées, en partenariat avec la Croix Rouge. La ville a mis à disposition le gymnase du lycée Guillaume Budé, le tout coordonné par le docteur Romain Blondel qui est également conseiller délégué à la santé. Comme le périmètre du Sami de Limeil est grand, qui couvre Valenton, Villeneuve-Saint-Georges, Boissy-Saint-Léger et les villes du plateau briard, un autre centre a ouvert à Mandres-les-Roses, dans une salle du par Beauséjour. Là encore, les soignants ont répondu à l’appel. “La plupart des médecins se sont motives pour participer, y compris les remplaçants, et aussi les internes en appui logistique. Nous avons aussi des retraités et des spécialistes ayant fermé leur cabinet qui sont venus. Cela crée une dynamique professionnelle et interprofessionnelle”, constate Jean-Brice de Bary.

Le centre de Limeil-Brévannes

Matériel : le système D

D’un centre à l’autre du département, la disponibilité du matériel va en revanche moins de soi et un peu partout, c’est la débrouille. On rivalise d’imagination et de coups de fil à son réseau pour récupérer tout ce que l’on peut. “On s’est tourné vers l’ARS qui a débloqué ce qu’elle pouvait. Sinon, on a reçu beaucoup de dons d’entreprises et de particuliers. Nous avons même eu des dons de l’hôpital privé Claude Galien de Quincy-sous-Sénart. Nous avons aussi décidé de passer commande via le Sami, chez notre approvisionneur, pour le matériel complémentaire. Et puis, plusieurs personnes nous ont fabriqué des visières”, décrit Jean-Brice de Bary, dont le centre mandrion a accueilli une centaine de patients.

A Nogent-sur-Marne, ce-sont l’ARS, la ville et le Conseil de l’Ordre qui ont fourni les masques, tandis que l’hôpital Armand Brillard mais aussi plusieurs kiné ont prêté leurs brancards. “Concernant les blouses, nous avons récupéré celles de la cantine, dans les écoles”, précise Elisabeth Bossetti.

“On entend le ministre nous promettre des livraisons de masques tous les jours mais pour l’instant c’est le système D, confirme Jean-Noël Lépront. L’ARS fait de son mieux et j’ai encore 200 masques FFP2 à aller chercher à l’a délégation du 94, mais les besoins sont importants avec 11 soignants sur place chaque jour. Nous avons eu heureusement pas mal d’entreprises qui ont retrouvé des stocks, périmés mais encore utilisables. Il y a quelques jours, j’ai ainsi récupéré 4000 masques dans une société basée à Brie-Comte-Robert. Comme c’était en Seine-et-Marne, j’ai partagé ensuite avec mes confrères de l’Ordre des médecins du 77. Sinon, c’est plutôt 200 par ici, 100 par là. Idem pour les blouses et les sur-blouses. Le centre de santé avait anticipé mais le stock se réduit et là encore, ce-sont des entreprises de peinture ou des industriels qui nous fournissent.”

A Ivry-sur-Seine, le centre municipal de santé se débrouille aussi comme il peut. “Nous aurions besoin du double de ce qui est prévu comme quota de masques, chiffre Marianne Petit. Concernant blouses et sur-blouses, l’entreprise en charge du chantier du centre nous a donné des combinaisons de protection contre l’amiante. Ce qui est assez sécurisant!”

Les élus alertent sur les besoins en masques et autres protections

Une pénurie de matériel de nature à refroidir les initiatives à venir, comme à Chevilly-Larue et à Vitry-sur-Seine où les communes confirment que la réflexion est engagée pour ouvrir un centre mais que les questions demeurent concernant la capacité à approvisionner en matériel de manière pérenne. Dans un courrier au préfet, le maire de Champigny, Christian Fautré, réclame une dotation urgente de matériel, rappelant l’annonce par le gouvernement de la livraison des dix premiers millions de masques par pont aérien avec la Chine. Une demande également formulée dans un courrier au Premier ministre par une vingtaine d’élus du département.

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