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Dernière veillée avant l’évacuation du campement de Saint-Denis

Dernière veillée avant l’évacuation du campement de Saint-Denis © Raphaël Bernard

Environ 3000 personnes ont été évacuées du campement de l’Ecluse, à Saint-Denis, ce mardi 17 novembre tôt dans la matinée, selon les chiffres de la préfecture. La veille au soir, sur place, les migrants installés depuis l’été, dans cette parcelle coincée entre l’autoroute l’A1 et le canal, étaient partagés entre espoir d’être relogé au chaud et inquiétude de repartir pour un cycle d’errance. Reportage.

Sur ce terrain vague, coincé entre la Porte de Paris et le Stade de France, les plus chanceux dormaient sous la bretelle de l’autoroute A1, les autres à l’air libre, sur un terrain boueux. Certains sous des tentes, d’autres sous des bâches. Dans ce campement de la porte de Paris, formé en août après le démantèlement de celui du Pont de Stains à Aubervilliers, on vient majoritairement d’Afghanistan, mais aussi du Soudan, de Somalie ou d’Érythrée.

Ce lundi soir, à la veille de leur évacuation par la police, la perspective d’être accueilli au chaud, au sec, et avec de quoi manger, donne de l’espoir à certains. Ici, l’ambiance est un peu plombée. Il y a une semaine, c’est Rufus, un Soudanais de 66 ans, qui est décédé dans la nuit. Il avait faim, selon ceux qui le côtoyaient. Avant-hier, c’est Ali, demandeur d’asile probablement afghan, qui est mort à la porte d’Aubervilliers.

Rassemblé autour d’un feu avec une dizaine de ses compatriotes afghans, Niazai, 28 ans, est en France depuis maintenant quatre ans. Domicilié à la Celle-Saint-Cloud, il a une situation stable mais garde des liens avec ses ex-compagnons de route. Il est venu passer une dernière soirée avec eux, avant qu’ils ne soient dispatchés dans les 26 sites de “mise à l’abri” réquisitionnées dans la région parisienne, dans des gymnases, collèges désaffectés et autres salles. Jovial, il se charge de traduire les propos de son ami Sidikola, de trois ans son aîné. “N’importe où sera mieux qu’ici. Nous sommes déjà séparés de nos familles, nous n’avons pas peur d’être séparés entre nous. On peut rester en contact par téléphone”, confie ce dernier.

Niazai (à droite) est venu passer une dernière soirée avant l’évacuation de ses compatriotes. Il se charge de traduire les propos de son ami Sidikola.

Même pour les migrants ayant réussi à rester en famille jusqu’ici, le besoin de trouver un hébergement décent l’emporte. Matin, 34 ans, est accompagné de son neveu Rabiullah, 21 ans. Les deux hommes résident dans le camp de la porte de Paris depuis sa formation en août. Ils s’y sont retrouvés après avoir passé six mois Porte de la Chapelle. Matin s’appuie sur son neveu qui se charge de lui traduire les informations de l’anglais vers le pachtoune, mais ne craint pas la séparation. Malade des reins, il espère pouvoir consulter un docteur après l’évacuation. Il aimerait également rencontrer des travailleurs sociaux pour faire avancer sa demande d’asile, déposée il y a maintenant dix mois et restée sans réponse.

Rabiullah (à droite), et son oncle Matin

Du côté des associations, on se fait pas trop d’espoir. Selon un décompte d’une trentaine d’organisations des droits des étrangers, cette évacuation est la 66ème depuis 2015. Dans un communiqué commun dénonçant “un cycle infernal”, les associations demandent “à ce qu’une vraie réflexion soit engagée par l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration), les préfectures et les mairies afin de trouver de nouvelles solutions” et exigent que “l’accès inconditionnel et pérenne à l’hébergement, aux soins, aux droits et à l’information soit garanti pour toutes les personnes, sans distinction de statut administratif.” Voir le communiqué.

“On est dans un cycle sans fin, où les camps se démantèlent pour se reformer, toujours plus loin de Paris”, soupire Rose, stagiaire chez Utopia 56, une association d’aide aux migrants, entre deux conseils à la dizaine de personnes qui sont venues la solliciter. “Les gymnases sont transformés en structures d’accueil à l’occasion du confinement. Mais une fois le confinement terminé, les maires voudront bien évidemment les récupérer ! Il n’y a aucune volonté de traiter le problème dans le fond”, regrette-t-elle. Dans les villes, la réquisition des équipements publics n’est de fait pas toujours bien perçue.

Lire : Val-de-Marne: réquisitions dans quatre communes pour l’accueil de sans-abris

Dans un rapport d’enquête réalisée entre janvier et juin 2020 auprès d’une centaine de migrants, par les équipes du Cedre, Secours catholique, Utopiae 56 et Action contre la faim, seulement 30% des personnes indiquent avoir pu monter dans les bus à chaque évacuation. Les 70% pourcents restants indiquent avoir, au moins une fois, été laissées sur le carreau, la moitié du temps faute d’avoir pu monter. Concernant l’hébergement, 45% indiquent avoir bénéficié d’une mise à l’abri pendant moins d’un mois.

Voir le rapport d’enquête

Ce mardi 17 novembre, les préfecture de police, d’Ile-de-France et de Seine-Saint-Denis ont indiqué dans un communiqué conjoint que “3000 personnes, dont 400 en famille”, avaient été prises en charge et s’étaient vues proposer une situation d’hébergement d’urgence. “Ces personnes bénéficieront d’un diagnostic social, sanitaire et administratif”, indiquent les préfectures qui ajoutent qu’un test de dépistage antigénique de la Covid-19 sera proposé aux arrivants dans les structures et que les personnes positives seraient transférées dans un centre réservé aux personnes testées positives dont l’état de santé ne requiert pas d’hospitalisation.

Au pic de la crise sanitaire du printemps, 12 centres pour patients COvid sans abri avaient été ouverts dans la région ainsi que des places pour les personnes en attente de résultat. A ce jour, deux centres Covid sont ouverts, à à Athis-Mons dans l’Essonne et à Nanterre dans les Hauts-de-Seine, ainsi que deux centres pour personnes en attente de diagnostic. “Un centre supplémentaire d’une capacité de 86 places a également été ouvert à Paris pour prendre en charge les personnes testées positives à la Covid-19 à l’occasion de la mise à l’abri de ce jour”, précisent les préfectures.

Lire aussi : Aux hôpitaux de Saint-Maurice, un pavillon désaffecté accueille des sans-abris malades du Covid

Concernant l’hébergement, hors patients Covid, les préfectures rappellent que 13 700 places d’hébergement supplémentaires lors du premier confinement. “Depuis le 18 octobre, l’ensemble des places précédemment ouvertes ont été pérennisées, auxquelles ont été ajoutées 1651 nouvelles places ouvertes au titre du « plan hiver 2020-2021» et 648 nuitées hôtelières supplémentaires. Au total, ce sont donc 133 000 places qui sont actuellement mobilisées chaque nuit en Île-de-France”, chiffrent encore les préfectures tout en indiquant que des places supplémentaires pourront être mobilisées “au fil de la crise”.

Lire aussi : Hébergement d’urgence: le centre Emmaüs de Bonneuil-sur-Marne pérennisé

Selon le collectif Solidarité migrants Wilson, le compte n’y était pourtant pas pour permettre de faire monter tout le monde dans les bus.

#EvacDeMerde ! IL N'Y A PLUS DE BUS ! UN MILLIERS DE RÉFUGIÉS SONT CHASSÉS DE FORCE PAR LA #POLICE SUR L'AVENUE WILSON…

Publiée par Solidarité migrants Wilson sur Mardi 17 novembre 2020

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