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Disparition de Lionel D, vitriot, pionnier du rap français

Disparition de Lionel D, vitriot, pionnier du rap français © Clip Y a pas de probleme

C’est son pote Dee Nasty qui a annoncé la nouvelle sur les réseaux sociaux ce mardi matin. Lionel D, ancien gamin de la cité Couzy de Vitry-sur-Seine, parmi les pionniers oubliés du rap français, a succombé d’une crise cardiaque dans la nuit du 26 février, à l’âge de 60 ans, dans un hôpital de Londres où il résidait.

Trente-six ans plus tôt, alors que le rap et le hip-hop émergent à peine, ce responsable sécurité de supermarché va en devenir l’un des premirs passeurs. En ce début des années 1980, les radios libres se développent et c’est là qu’il démarre avec Dee Nasty et d’autres précurseurs, avant d’officier sur radio Nova à partir de 1988, dans l’émission Deenastyle. De NTM à MC Solaar en passant par Assassin, les complices jouent les éclaireurs du rap, portant aux oreilles de toute une génération ses nouveaux talents.

Lionel D, de son vrai nom Lionel Eguienta, rappe aussi lui-même, d’abord dans les Fresh MC Four, avec JND (alias Jean-Noël Delmont) un autre pionner du rap vitriot, puis dans le PLatinum Squad de Dee Nasty. En 1990, il sort son propre album « Y a pas de problème » produit par Sony via son label Squatt. Il s’agit alors du premier album de rap français produit par une major. Mais le succès de masse n’est pas au rendez-vous et la carrière musicale produite de Lionel D s’arrêtera dès 1991 avec « Il y a des gens ».

Sombré dans l’oubli

« Lionel D était trop sincère dans une industrie où l’on vendait un produit mais aussi du rêve. Son style vestimentaire de monsieur tout-le-monde tranchait avec le talent lyriciste de l’artiste. Il n’avait pas son pareil pour faire des freestyles sans fin improvisant sur la casquette de son voisin jusqu’à ses chaussures », raconte Vincent Piolet dans son ouvrage « Regarde ta jeunesse dan les yeux. Naissance du hip-hop français 1980-1990 ».

Passé progressivement dans l’oubli, l’artiste part s’installer à Londres à la fin des années 1990. En 2011, une rumeur le dit même mort, qu’il est obligé de démentir avec des photos puis une interview. Ce mardi, il est mort pour de vrai aux urgences du Princess Royal University Hospital, victime d’une crise cardiaque.

« Il vivait à Londres depuis le début des années 2000 principalement à cause de l’hostilité du milieu Hip Hop français à son égard. Il venait juste de faire les démarches auprès du Consulat de France pour obtenir un passeport dans le but de revenir en France où il espérait enfin refaire sa vie », témoigne son ami Dee Nasty dans le post Facebook annonçant sa disparition.

Obsèques à Vitry-sur-Seine ?

Dans son message, Dee Nasty s’inquiète pour les obsèques de son ami. « Lionel n’ayant plus de famille, il est considéré là-bas comme un vulgaire clandestin et pourrait être incinéré dans les jours qui viennent et ses cendres jetées avec celles des précaires anonymes. Ce n’est pas acceptable et surtout très injuste pour quelqu’un que la vie n’a pas gâté ni épargné. Que sa mort soit digne et à la hauteur de l’artiste qu’il fut. C’est pour cette raison que nous avons sollicité tous ceux qui peuvent contribuer à ce qu’il repose en paix et que sa légende lui survive. Nous espérons que les personnes qui ont le poids et le pouvoir que je n’ai pas (ministère de la Culture ? et autres institutions) fassent au mieux pour mc Lionel D le pionner du rap en France et en français », appelle le rappeur. Un appel relayé largement tandis que sur les réseaux sociaux, fans de son émission culte et parfois amis d’enfance partagent leurs souvenir. Dans un tweet adressé à Blue Magic Factory, qui promeut le rappeur orlysien Carson, Mokobe a d’ores et déjà répondu présent. « On a appelé le maire de Vitry on s’occupe de tout pour son enterrement à Vitry et pour qu’il puisse avoir un hommage à la hauteur de son talent et de son amour pour le Hip hop et de sa gentillesse hors norme », promet le rappeur vitriot. De son côté, le maire de Vitry-sur-Seine a publié un communiqué pour rendre au hommage à l’ancien gamin de la cité Couzy: « Nous perdons aujourd’hui une grande figure de notre ville qui a contribué à enrichir le patrimoine musical, artistique et culturel de notre époque. »

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