Société | Val-de-Marne | 08/04
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Eviter l’hécatombe et tenir dans la durée: le double défi des Ehpads en Val-de-Marne

Eviter l’hécatombe et tenir dans la durée: le double défi des Ehpads en Val-de-Marne © Stocklib dimaberkut
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Progression des décès et des pensionnaires symptomatiques du coronavirus Covid 19 en Ehpad, tensions sur le personnel et certains approvisionnements, questions sur le maintien du confinement et son impact sur la santé et le moral des résidents. Le point sur la situation des Ehpads en Val-de-Marne.

Au niveau national, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a annoncé hier soir le chiffre de 3237 morts dans les Ehpads et établissements médico-sociaux à date du 7 avril, à ajouter aux 7 091 personnes décédées à l’hôpital. A l’échelle du pays, les morts en Ehpads et établissements médico-sociaux représentent donc un gros 30% de l’ensemble des décès et un ratio de 45% par rapport au nombre de décès à l’hôpital.

L’estimation difficile du nombre de décès

Au niveau local, aucune donnée concernant la situation globale des Ehpads en Val-de-Marne n’a pour l’heure été communiquée officiellement mais plusieurs élus confient avoir été appelés par des médecins manquant de certificats de décès, essentiellement dans des Ehpads, avec des concentrations de cas dans certains établissements. Alors que le nombre de morts du coronavirus à l’hôpital en Val-de-Marne était de 400 au 7 avril, une extrapolation du ratio national entre décès à l’Ehpad et décès à l’hôpital permet d’estimer très imparfaitement le nombre de personnes décédées en Ehpad entre 150 et 200. D’autant plus imparfaitement que les hôpitaux du département accueillent un certain nombre de patients d’autres départements. Seul chiffre précis, celui du Groupement des Ehpads publics du Val-de-Marne, dont le directeur, Dominique Perriot, a dénombré 40 décès de résidents en lien avec le covid 19 sur un total de 1140 lits. A lui seul, le groupement des Ehpads publics, qui représente 13 sites, accueille un sixième des places d’Ehpad du département qui en comptait 6 558 selon les données Drees, Finess, SAE et Insee à fin 2017. En extrapolant ce ratio à l’ensemble des places d’Ehpad, on peut également estimer près de 200 décès en Ehpad en Val-de-Marne. Ce chiffrage reste néanmoins une estimation à prendre avec beaucoup de pincettes car la situation d’un établissement à l’autre est très hétérogène. Certains ne sont pas du tout concernés tandis que d’autres sont durement touchés comme l’Ehpad de la fondation Favier à Bry-sur-Marne, qui a connu 15 décès sur un peu plus de 300 personnes, majoritairement très âgées et très dépendantes, soit plus d’un tiers des décès de l’ensemble du groupement, ce qui a fortement pesé sur le ratio global. Seul un décompte officiel permettra d’objectiver les données.

Pas d’hôpital pour les résidents d’Ehpad

Tous les résidents d’Ehpad symptomatiques du coronavirus ne sont pas gravement malades, souligne toutefois le directeur du Groupement des Ehpads publics du 94. Il y a même aussi des guérisons après des passages sévères. Peu de résidents, en revanche, sont admis à l’hôpital. « Il y en a eu quelques uns au début mais il n’y en a quasiment plus, sauf exception. Nous avons heureusement des médecins sur place et des concentrateurs d’oxygène. Nous pouvons donc mettre les pensionnaires sous oxygène mais cela devient compliqué d’avoir l’oxygène dans les quantités souhaitées car nous en utilisons dix fois plus que d’habitude », détaille le directeur qui s’inquiète aussi sur l’approvisionnement de certains médicaments, notamment les antibiotiques agissant spécifiquement sur les poumons comme le zithromax.

Un décès de soignante
Chez les personnels, un seul décès est connu à ce jour dans les Ehpads du Val-de-Marne, celui d’une infirmière de 51 ans qui travaillait à la Résidence Sévigné à Saint-Maur-des-Fossés. Voir article Le groupe LNA Santé, qui a communiqué immédiatement sur la situation, indique en revanche qu’aucun décès lié à l’épidémie n’est à déplorer parmi les résidents. « Les premiers cas qui sont survenus dans l’établissement ont pu être testés au départ (4 ont été diagnostiqués). Depuis, plusieurs résidents présentent ou ont pu présenter des symptômes de Covid 19 et chaque fois les familles ont été  prévenues individuellement », indique le groupe qui ajoute que « une dizaine de salariés, présentant des symptômes pouvant correspondre au Covid-19 ont été, par précaution, arrêtés et confinés à leur domicile. » Au Groupement des Ehpads publics du Val-de-Marne, la personne qui avait été hospitalisée, sans aller jusqu’à la réanimation, a pu regagner son domicile.

Gestion des masques

Concernant le matériel, la distribution des masques en Ehpad et dans les services de soins à domicile, un temps dans l’angle mort du dispositif national, est revenue dans le champ de vision et les stocks sont désormais au rendez-vous, entre les approvisionnements prévus par la filière sanitaire nationale et ceux du Conseil régional et du Conseil départemental. « Nous ne sommes plus en pénurie mais on nous rationne quand même. Ils ont tellement manqué qu’ils mettent en danger le personnel avec une gestion non réglementaire des stocks. Des cuisinières et lingères se retrouvent avec un masque par jour, déplore Barbara Filhol, déléguée CGT et secrétaire générale des Ehpads du Val-de-Marne, en poste à l’Ehpad des Lilas à Vitry-sur-Seine. « Les personnes en contact avec les résidents ont un masque pour quatre heures mais ceux qui n’ont aucun contact comme par exemple les chauffeurs livreurs n’ont qu’un seul masque par jour », indique sur ce sujet le directeur du Groupement des Ehpads publics.

Système D pour les sur-blouses

Si les stocks de masques ont été reconstitués, les blouses manquent en revanche cruellement à l’appel, et, à l’instar des centres Covid, c’est le système débrouille qui prévaut. Au Groupement des Ehpads publics, on lave les blouses en coton à 60 degrés tandis que la blanchisserie interne s’est lancée dans la fabrication de sur-blouses jetables avec un don de voile d’hivernage pour les plantes! A l’Ehpad des Lilas à Vitry-sur-Seine, la déléguée CGT Barbara Filhol confie avoir appelé son collégue délégué chez Sanofi pour récupérer un peu de stock.

Lire aussi : Centres coronavirus en Val-de-Marne: soignants au rendez-vous, système D pour le matériel

Livraisons

Le père Grégoire Bellut, ancien directeur de l’Ehpad Africa à Nogent-sur-Marne, correspondant régional de l’Association des directeurs d’Ehpad, indique de son côté avoir eu quelques remontées de difficultés concernant les livraisons, qu’il s’agisse d’alimentation ou de matériel, faisant état par exemple d’établissements ayant du revoir leur menu. « Les problèmes de livraison touchent aussi les personnes suivies à domicile. A Joinville, un foyer est ainsi resté une semaine sans fioul », indique-t-il.

Personnel réduit et fatigué

Au-delà des questions matérielles, c’est surtout la gestion des ressources humaines qui se tend après ces premières semaines d’épidémie et de confinement qui ont mis sur le carreau un certain nombre de salariés, même s’ils n’ont pas tous contracté de formes sévères du coronavirus. « 30% du personnel est absent. Nous avons eu quelques personnes de la réserve sanitaire et une infirmière mise à disposition par le rectorat. Les mairies ont aussi mis à disposition du personnel pour la préparation des plateaux repas et nous avons embauché pour une durée déterminée. La présence auprès des résidents est plus que jamais nécessaire. Or, les soignants qui travaillent sont hyper fatigués, la difficulté va être de tenir dans la durée », indique Dominique Perriot.

L’Intersyndicale des personnes âgées (CGT, FO, Solidaires, FSU, FGR-FP) demande plus de matériel et de personnel ainsi qu’une information transparente ainsi que la saisie du Conseil départemental de la citoyenneté et de l’autonomie

Dans un courrier adressé au préfet du Val-de-Marne, l’intersyndicale des retraités du Val-de-Marne demande« que tous les personnels soignants ou non, dans les EHPAD et services à domicile, puissent bénéficier de toutes les protections dans les plus brefs délais, ainsi que les aidants familiaux pour qu’ils puissent visiter leurs parents. » Les syndicats demandent aussi « que soit garantie la mise en oeuvre du Plan d’alerte et d’urgence permettant d’identifier les besoins des personnes agrées avec un numéro d’urgence à appeler en cas de besoin, ainsi que la possibilité d’avoir accès au portage des courses, des repas et des médicaments. » Ils demandent par ailleurs un renfort du personnel et une information transparente.

Dans un autre courrier adressé au président du Conseil départemental, l’intersyndicale demande la saisie du Conseil départemental de la citoyenneté et de l’autonomie (CDCA). « La gravité de la situation justifie que les personnes âgées et leurs proches disposent en toute transparence des informations sur l’évolution de l’épidémie dans le département, et des conditions d’accès aux soins. Cela relève de la compétence du Conseil Départemental de la Citoyenneté et de l’Autonomie que vous présidez. C’est pourquoi nous vous sollicitons pour que sa formation spécialisée pour les questions relatives aux personnes âgées s’auto-saisisse de cette question comme le prévoit le règlement intérieur. »

Quelle vie pour les résidents confinés ?

L’ensemble de cette organisation de crise ne doit pas éclipser l’essentiel : non seulement le maintien en vie des résidents mais aussi leurs conditions de vie. Confinés dans leur chambre après déjà plusieurs semaines sans voir leur famille, beaucoup de pensionnaires perdent leur appétit et, petit à petit, leur envie de vivre. « Entre l’isolement du confinement et bientôt la chaleur, les décès ne seront pas seulement liés aux covid 19 », s’alarme Barbara Filhol. « Nous constatons des pertes d’appétit et il y a aussi des risques de déshydratation. Le challenge est d’inventer des menus qui donnent envie, peut-être avec plus d’odeur », abonde Dominique Perriot. Pour le père Grégoire Bellut, ce confinement généralisé sans distinction n’est pas une solution durable non plus. « Nous considérons que l’interdiction des visites des proches n’est pas adaptée aux personnes accueillies en Ehpad, qui sont souvent en perte cognitive : des spécialistes indiquent que cela annihile tout le travail effectué auparavant et peut conduire à une aggravation des troubles cognitifs, voire au refus de s’alimenter et à terme au décès », insiste également l’intersyndicale des retraits du Val-de-Marne (CGT, FO, Solidaires, FSU, FGR-FP) dont beaucoup de membres sont des aidants familiaux.

Dépistage massif, comment ?

La sortie plus tôt de cet isolement violent pour les résidents devrait passer par les tests de dépistage massif, annoncés par le ministre de la Santé, Olivier Véran, lundi 6 avril. L’annonce est toute fraîche et le mode d’emploi, qui n’a rien d’évident étant donné l’échelle, n’a pas été détaillé, mais les attentes sont très fortes du côté des établissements. « C’est la solution pour pouvoir apporter des réponses proportionnées et des mesures appropriées comme cela est déjà pratiqué lors des épidémies de grippe ou de gastro », estime Romain Gizolme, directeur de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA).

Et après la crise ?

« Il y aura un après », prévient Barbara Filhol, qui pointe déjà les tensions sur la trésorerie des Ehpads que fait peser la crise, et réclame un un vrai bilan pris en compte dans la future loi Grand âge, rappelant que la situation était déjà dégradée avant la crise. « Les équipes étaient déjà sous-dotées », reconnaît Romain Gizolme qui espère que le « coûte que coûte » du président de la République concernera aussi ce secteur. « Depuis le début de la crise, nous sommes face à une ministre qui nous écoute et prend en compte ce que nous lui disons. Après, il faudra revenir sur les 20-25 ans de politique qui ont régi le secteur du médico-social. Pour l’heure, nous sommes dans l’action. Le temps des bilans viendra. »

Lire aussi nos précédents points sur les Ehpads en Val-de-Marne
Ehpads publics du Val-de-Marne: gestion tendue mais engagement maximal
Ehpad et Covid 19 en Val-de-Marne: la CGT s’alarme

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