Histoire | | 24/12/2020
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Il y a 40 ans à Vitry-sur-Seine: le foyer malien passé au bulldozer

Il y a 40 ans à Vitry-sur-Seine: le foyer malien passé au bulldozer © Raphaël Bernard

Il y a quarante ans exactement, le 24 décembre 1980, la dégradation du foyer des Ardoines de Vitry-sur-Seine au bulldozer défrayait la chronique.

Tout commence le 21 décembre 1980. 320 migrants maliens, logés dans le foyer de la rue du Pont de Créteil à Saint-Maur-des-Fossés, sont déplacés vers un foyer de la rue des Fusillés à Vitry-sur-Seine, le foyer Manouchian (également surnommé foyer des Ardoines). L’Adef, organisme gestionnaire à l’origine du déplacement, invoque l’insalubrité du foyer de Saint-Maur.

Un transfert que dénonce Paul Mercieca (PCF), à l’époque maire de Vitry, lequel s’inquiète de la concentration de “ghettos”. Alors que le Val-de-Marne compte 40 foyers, certaines communes en accueillent plusieurs (4 foyers à Champigny-sur-Marne, 3 à Vitry-sur-Seine, Ivry-sur-Seine ou encore Choisy-le-Roi), quand d’autres n’en abritent aucun (Charenton-le-Pont, Nogent-sur-Marne, Joinville-le-Pont…). Pour faire passer le message, la ville organise une opération qui va toutefois susciter polémique et indignation.

Le 24 décembre, plusieurs dizaines d’habitants pénètrent dans le foyer et y commettent des dégradations. Les alimentations en eau, gaz, électricité, ainsi que les systèmes de chaufferie et de téléphone sont mis hors d’état de marche, tandis que le directeur du foyer affirmera avoir été séquestré dans son bureau. Le plus spectaculaire de cette intervention est le recours à un bulldozer qui détruit le perron du foyer. Des amas de terre sont déposés devant l’entrée.

C’est le début de “l’affaire du bulldozer de Vitry”, qui va défrayer la chronique et donner lieu à un certain nombre d’affrontements politiques par journaux interposés. Car le maire de la ville lui-même est présent sur les lieux tandis que Guy Poussy, à l’époque secrétaire de la fédération PCF du Val-de-Marne, enjoint les résidents maliens à coopérer. “Vous ne pouvez pas accepter de prendre des logements qui étaient réservés à de jeunes travailleurs français. Vous devez agir avec nous pour être relogés à Saint-Maur”, appelle-t-il.

Dès le 27 décembre, le journal Libération parle de “la bouffée de haine de la rue des Fusillés” en une, quand, de l’autre côté de l’échiquier politique, le Quotidien de Paris titre sur “l’attaque au bulldozer”. En l’espace de trois semaines, la presse nationale consacrera plus de 150 articles à l’affaire. A l’époque, Internet et les réseaux sociaux n’existent pas…

À quelques mois des élections présidentielles de 1981, les questions relatives à la répartition géographique des travailleurs immigrés en région parisienne s’invitent dans l’actualité politique locale. Début décembre, c’est aussi le bureau municipal d’Ivry-sur-Seine qui annonce une série de mesures pour une « répartition juste et humaine de l’immigration dans toutes les communes ». (Voir le journal de la ville de l’époque)

Pour Paul Mercieca, l’affaire laissera des traces, même si l’élu rappellera avoir gagné ses procès intentés par le foyer et par la Licra. Seize ans plus tard, en 1996, il confiera toutefois qu’il n’était pas “partisan d’utiliser une telle méthode”.

Promise par Jean-Louis Beaumont (DVD), à l’époque maire de Saint-Maur-des-Fossés, la reconstruction du foyer de la rue du Pont de Créteil n’aura, elle, jamais lieu. Le foyer des Ardoines, aujourd’hui foyer Manouchian, continuera pour sa part à fonctionner. En discussion depuis 1997, la rénovation du foyer a démarré en 2015, dans le cadre de la zac des Ardoines. Il devrait bientôt laisser la place à deux résidences sociales, dont l’une est déjà quasiment terminé.

L’une des résidences sociales qui accueillera les résidents du foyer

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