Reportage | Paris | 23/11/2020
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Paris: manifestations suivies contre la loi de Sécurité globale

Paris: manifestations suivies contre la loi de Sécurité globale

Mardi 17 novembre puis samedi 21 novembre, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Paris pour dénoncer la loi dite de Sécurité globale, à l’appel de syndicats de journalistes et d’organisations de défense des droits et des libertés comme la LDH, Amnesty International. Reportage.

C’est ce mardi 17 novembre que démarrait la discussion autour du projet de loi dite de Sécurité globale. Ses dispositions prévoient notamment un élargissement de l’accès aux images des caméras de vidéosurveillance ou encore l’usage des drones pour effectuer des prises de vue. L’un des articles qui a suscité le plus la controverse, allant jusqu’à un rappel à l’ordre du Conseil des droits de l’Homme de l’Onu (Organisation des Nations unies), est le 24ème, qui pénalise le fait de diffuser des images non floutées d’un policier ou d’un militaire “dans le but manifeste qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique”. Peine encourue : 45 000 euros d’amende et un an de prison. “L’information du public et la publication d’images et d’enregistrements relatifs à des interventions de police sont non seulement essentiels pour le respect du droit à l’information, mais elles sont en outre légitimes dans le cadre du contrôle démocratique des institutions publiques”, a réagi l’Onu dans un rapport publié le 12 novembre, après avoir été saisie par la LDH (Ligue des Droits de l’Homme).

Devant l’Assemblée Nationale, les rues étaient pleines ce mardi soir. “Comment prouver une intention, qu’elle soit bonne ou mauvaise ?“, questionnent Anna, Sarah et Lydia qui estiment que la loi est une réponse directe aux vidéos dénonçant les bavures policières dans les quartiers populaires et lors des manifestations. “Déjà, je n’ai appris qu’assez récemment que l’on pouvait filmer les policiers. Je le sais grâce au travail des militants. Il y a encore quelque temps, un policier m’aurait dit de ne pas le filmer, je l’aurais cru”, confie l’une d’elles.

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Anna (à gauche), Sarah (au centre), et Lydia manifestent car elles estiment que leurs libertés sont menacées.

Le recours aux drones et la modification du cadre légal d’utilisation des caméras mobiles des policiers inquiète aussi les trois amies. Autorisés à utiliser des caméras mobiles depuis 2016, les policiers n’ont en revanche pas accès aux images qu’ils filment eux-mêmes (voir la loi). L’article 21 de l’actuel projet de loi supprimerait cette interdiction, et autoriserait la transmission des images en direct au poste de commandement (voir le projet de loi). Comme la Défenseure des Droits ou l’association de défense des libertés numériques “la Quadrature du Net”, les trois amies craignent que ces nouvelles règles ne permettent un élargissement de la reconnaissance faciale lors de manifestations, menaçant la vie privée des miltantes et militants. Référente famille dans un centre social à La Courneuve, Anna est particulièrement sensible au sujet des violences policières : c’est l’affaire Adama qui l’a “réveillée”. Depuis cet été, elle anime un groupe Whatsapp d’une dizaine de personnes qu’elle tente de mobiliser pour venir manifester. Pour elle, cette loi témoigne également de l’écart grandissant entre la population et la sphère politique. “Ces derniers temps, les gens ont vraiment commencé à prendre conscience du problème des violences policières. Mais du point de vue politique, c’est de pire en pire…”

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Rita considère que, s’il est adopté, le projet de loi sur la sécurité globale marquera un basculement vers un État autoritaire.

Une analyse que partage Marine, 24 ans. “C’est une loi qui est faite pour empêcher tous les mouvements sociaux à venir.” Rita, la cinquantaine, affiche son message via une large pancarte : “Une loi par la police pour la police = État policier.” “Le projet de loi a été rédigé par Jean-Michel Fauvergues, qui est l’ancien chef du RAID. C’est donc bien une loi rédigée par la police, pour la police ! Je n’ai jamais été aussi choquée par un projet de loi. On est vraiment en train de basculer vers un état autoritaire. La vidéo, c’est notre seul contre-pouvoir contre la police. Une police qui n’a rien à se reprocher ne devrait pas avoir peur d’être filmée”, explose-t-elle.

Premiers concernés par ce projet de loi, les preneurs d’image et de son ne sont pas en reste. Comme à chaque manifestation, ils sont plusieurs dizaines à arpenter le rassemblement. Cadreur débutant, Yuri écume les manifestations avec un ami depuis la fin du confinement. Il couvre notamment les manifestations pour les droits des personnes LGBT, contre le racisme et contre les violences policières. Déjà en possession de plusieurs heures de rush, il espère monter un film, “si cela est encore possible”, ajoute-t-il. “Je trouve ce projet d’autant plus anormal qu’à titre personnel, je n’ai pas d’a priori contre la police. J’ai filmé beaucoup de violences parce que j’en ai vu beaucoup, mais je montre aussi quand ça se passe bien.” Comme les autres manifestants, il estime le projet de loi en contresens avec le contexte actuel. “C’est incroyable qu’ils osent vouloir faire passer cette loi, après toutes les affaires révélées dernièrement par Mediapart, StreetPress ou Arte Radio par exemple… Imaginez le nombre de scandales qui n’auraient pas pu sortir si cette loi avait déjà été votée !”

En soirée, des échauffourées entre manifestants et forces de l’ordre ont mouvementé la fin de manifestation et les agents ont fait usage de gaz lacrymogènes et canons à eau pour disperser la foule. Au total la préfecture de police de Paris a indiqué avoir effectué 33 interpellations le soir de la manifestation. Un journaliste de France 3 Ile-de-France qui couvrait ces interpellations a lui même été placé en garde à vue jusqu’au lendemain après-midi.

Deux heures après le début du rassemblement, la police tente de disperser les manifestants avec canons à eau et gaz lacrymogènes.

Ce samedi 21 novembre, quelque 7000 personnes se sont à nouveau rassemblées à Paris, place du Trocadéro, pour protester contre cette nouvelle loi, alors que l’article 24 venait d’être voté la veille au soir, légèrement amendé pour préciser que l’intention doit être “manifeste” et pour inclure dans les forces de l’ordre concernées les agents de police municipale.

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