Vélo | Val-de-Marne | 19/06
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Pistes cyclables provisoires: le Val-de-Marne entre dans la difficile phase d’ajustement

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Après avoir aménagé des pistes cyclables provisoires en un temps record le long des principaux axes de transport en commun, donnant un coup d’accélérateur au projet de RER V demandé par les associations de cyclistes, les départements de l’agglomération parisienne doivent désormais ajuster dans la finesse. Stop ou encore? Comment ? Le Val-de-Marne a planché sur la question en réunissant les maires ce mardi, bilan chiffré à l’appui, et va désormais affiner axe par axe.

Si l’usage du vélo a bondi, les automobilistes aussi ont commencé à reprendre la route et en ville, la cohabitation n’est pas toujours simple. Sur les réseaux sociaux, les partages de photos de cyclistes agacés par les obstructions de pistes rivalisent avec celles des automobilistes bloqués dans les bouchons à côté d’une coronapiste peu fréquentée.

Des élus intéressés mais qui exigent de la concertation

Du côté des élus, on est partagé, à l’écoute des électeurs à vélo comme en auto. Globalement toutefois, on s’affiche plutôt bienveillant alors que la dimension environnementale a été massivement mise en avant dans quasiment tous les programmes électoraux. Plusieurs villes ont du reste développé leurs propres pistes sanitaires en complément du réseau départemental et des plans vélo intercommunaux sont en cours d’élaboration sous l’égide des territoires.

« Je souhaitais cette expérience depuis longtemps. Elle va dans le sens de l’histoire, pose ainsi Olivier Dosne (LR), maire de Joinville-le-Pont. A Nogent-sur-Marne et à Saint-Maur-des-Fossés, on traverse déjà la ville sur une seule voie, pourquoi cela ne serait-il pas le cas à Joinville? Cela permet de s’arrêter et pas simplement de traverser d’une traite. J’aimerais aller plus loin avec des îlots centraux et des aires piétonnes pour développer les relations inter-quartiers », développe l’édile qui témoigne de changement d’habitudes des habitants, citant une personne qui va désormais travailler à la Défense en vélo électrique, en 1h15 top chrono. L’élu met aussi en avant le contexte sanitaire de ce déploiement, persuadé qu’il y aura une « deuxième vague de coronavirus » à l’automne. Ceci étant posé, le maire relaie tout autant l’agacement suscité par les bouchons qui se forment sur le pont de Joinville « dès 15 heures » et réclame des ajustements et de la concertation, détaillant les problèmes de court-circuitage d’un tourne-à-gauche automobile sur tel carrefour, la nécessité de revoir le fonctionnement des feux et les circulations pour atténuer les bouchons ou encore de préserver les emplacements pour le marché. Un oui sous condition qui reflète l’avis majoritaire des édiles.

« L’intérêt de ces pistes provisoires dans le contexte du déconfinement est indéniable mais la voiture n’est pas morte non plus et il ne faudrait pas se précipiter pour prendre des décisions définitives », témoigne Patrick Beaudouin (LR), maire de Saint-Mandé où la piste sanitaire de la rue de Paris connaît un franc succès mais allonge le temps de trajet en voiture à une demi-heure pour aller du château à la Porte de Vincennes. « Une étude intercommunale a déjà été lancée il y a quelques années pour faire évoluer la RN34, sous l’égide de l’ex-Actep (association des élus de l’Est parisien). Poursuivons-là », enjoint le maire.

Le maire de Créteil, Laurent Cathala (PS), a carrément fait voter une motion pour l’évaluation de la pertinence des pistes cyclables temporaires aménagées sur le territoire communal, lors de son Conseil municipal du 25 mai, très agacé de ne pas avoir été concerté sur ce qui se passe dans son fief, même si les routes départementales ne sont pas de la compétence de la ville. «20 kilomètres de piste cyclable ont été tracés de manière un peu brutale et sans concertation avec notre collectivité. Nous observons un certain nombre d’incohérences comme des discontinuités, des doublons avec des couloirs existants mais aussi des points de blocage notamment au carrefour de l’église où deux pistes s’entrecroisent sur un domaine où la circulation est importante. Il faut arriver à un partage plus équitable de l’espace public parce qu’il serait dommage de créer du ressentiment à l’égard de ces pistes, qui poursuivent une cause louable, le développement des mobilités douces en ville», explique l’édile.

De toutes les villes du département, c’est toutefois au Kremlin-Bicêtre que la réaction du maire, Jean-Marc Nicolle, a été la plus virulente. Ce dernier a lancé une pétition pour demander aux services départementaux de revenir sur l’aménagement réalisé sur l’avenue de Fontainebleau (D7), tout en accusant ses opposants politiques d’en être responsable. « Cette piste qui condamne une voie, crée des bouchons donc de la pollution atmosphérique, de la saturation donc de la nuisance sonore, un conflit d’usage entre automobilistes et cyclistes donc de l’insécurité pour tous », dénonce le maire.

Dans d’autres communes en revanche, on en redemande, comme à Fresnes, Gentilly et Cachan qui aimeraient étudier la faisabilité d’une piste sanitaire le long de la RD127. « Certains tronçons de cette départementale qui va jusqu’à la Porte d’Orléans sont déjà aménagés mais avec des discontinuités et il n’y a pas d’aménagement au niveau de Fresnes pour l’instant », motive Marie Chavanon (PS), maire de Fresnes

Des réunions de travail axe par axe à partir de juillet

« Globalement, la réunion avec les maires a été plus apaisée que ce que j’anticipais. En dehors du Kremlin-Bicêtre où le maire remet en cause les comptages effectués, il y a un intérêt manifeste avec des besoins d’objectivation et d’ajustement, témoigne Pierre Garzon, vice-président du Conseil départemental en charge des transports, lequel insiste sur l’aspect non figé de la carte. Il ne s’agit que d’une première étape. Nous allons désormais zoomer en organisant des réunions de travail axe par axe avec les villes concernées, à partir de début juillet. Il n’y a pas encore de continuité complète et il y a des arbitrages à faire, notamment concernant les suppressions de stationnement ou les basculements de file pour éviter les cisaillements », détaille l’élu. Car pour l’heure, il n’y a pas encore de continuité complète, objectif le plus difficile à atteindre pour un axe cyclable mais gage de son succès. Une étape symbolique a toutefois été franchie : celle de l’aménagement du carrefour Pompadour, cauchemar des usagers de la route.

En attendant ces réunions de travail axe par axe, le département continue d’objectiver au maximum les données pour affiner le grain en connaissance de cause. Comptage des vélos, des voitures, des bouchons, étude des flux… autant d’éléments indispensables pour sortir des impressions ou des positions de principe.

Le trafic automobile n’a pas encore repris complètement

Du côté des voitures, le trafic remonte mais n’a pas encore atteint son niveau d’avant la crise sanitaire. Selon les indicateurs du Conseil départemental, le nombre de véhicules motorisés sur les grands axes reste inférieur aux relevés effectués avant le confinement à l’exception de la RD19 à Ivry-sur-Seine où le volume n’a jamais véritablement fléchi. En revanche, le flux automobile est en train de repartir à la hausse à Créteil sur le RD86 et la RD19, sur la RD34 entre Saint-Mandé et Nogent-sur-Marne ou encore au Kremlin-Bicêtre sur la RD7. A l’échelle régionale, les bouchons ont atteint environ la moitié de leur niveau avant le confinement. Ainsi le 5 mars, Sytadin relevait un pic de 514 kilomètres d’embouteillage contre 218 kilomètres le 11 juin.

Dans le département, la circulation a aussi progressivement reperdu en fluidité, même si la situation reste meilleure que début mars.

La pratique du vélo a explosé

Concernant le trafic à bicyclette, sa part est passée de 7,6% mi-mai à 9,5% en ce début du mois de juin. L’augmentation la plus importante a été relevée sur la RD86, le long du tracé du TVM, où l’on est passé sur le tronçon de Créteil d’environ 350 vélos et trottinettes quotidiens mi-mai à environ 700 aujourd’hui. A Choisy-le-Roi, environ 200 deux roues non motorisées supplémentaires ont été comptés. Bémol en revanche à l’autre extrémité de cette départementale, à Fontenay-sous-Bois, où les usages se sont au contraire réduit de 13% du fait de l’absence de raccordement à la Seine-Saint-Denis mais aussi d’un important maintien en télétravail des salariés du pôle d’affaires.

La circulation vélo s’intensifie à mesure que les voies se rapprochent de Paris. Ainsi sur la RD19 à Créteil, le nombre de vélos et de trottinettes quotidiens oscillait entre 1200 et 1400 alors qu’il était compris entre 2000 et 3000 à Ivry-sur-Seine. Même constat sur la D7 entre Vitry-sur-Seine (près 700 deux roues non motorisées au 2 juin), Villejuif (environ 1400) et au Kremlin-Bicêtre (un peu moins de 4500).

Détail des progressions par axe routier
Comptages effectués entre le 12 mai et le 2 juin.
RD7 : Kremlin-Bicêtre : + 40% ; Vitry : + 59% ; Villejuif : +10%
RD19 : Ivry : +48% ; Créteil : + 33%
RD120 : Vincennes : +47% ; Nogent : +6%
RD 34 : Le Perreux-sur-Marne : +43%
RD4 : Joinville : +35%
RD86 : Fontenay : -13% ; Nogent : +17% ; Choisy : +38% ; Créteil : +91%

Une progression que les associations de cyclistes considèrent très encourageante. «Il faut remettre les chiffres dans le contexte. A Choisy-le-Roi par exemple, lors de notre dernier comptage sur la RD86, nous avons comptabilisé en 20 minutes une vingtaine de vélos pour 200 véhicules. C’est peu mais nous sommes en limite de première couronne. Encore en 2015, il y avait 1,2 véhicule par foyers. Alors, le fait d’être passé de 8% de part modale à 10% grâce à ces pistes est encourageant. C’est autant de personnes convaincues qu’elles n’ont pas besoin de leur voiture pour effectuer leur trajet domicile-travail et qui libèrent donc de la place pour ceux qui sont contraints de se déplacer sur de plus longues distances», estime Sante Consiglio, délégué pour Choisy de l’association MDB Ivry-Vitry-Choisy (MDB : Mieux se déplacer à Bicyclette).

L’explosion des ventes de vélos avec des rayons littéralement pris d’assaut dans les magasins de sport, l’augmentation de 150% d’aide à l’achat de vélo électrique à Ile-de-France Mobilités, et encore l’augmentation des inscriptions à Véligo, l’opérateur de location de vélo de la région (200 par jour depuis le début du déconfinement) et des abonnés Vélib constituent également des indicateurs de l’engouement de la population pour le vélo.

Encore 250 km de pistes cyclables à penser en Val-de-Marne

Au niveau national, l’objectif de l’Etat est d’atteindre une part modale vélo de 9% d’ici à 2024. En Val-de-Marne, un objectif quantitatif a été fixé il y a quelques années : celui de créer 522 km d’aménagements cyclables. Pour l’heure, 247 sont en piste. Il reste donc à franchir l’autre moitié du guet.

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